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Pourquoi s’engager pour l’alternance est-il un supplice au Cameroun?

Par Abdelaziz Mounde

Tout le monde au Cameroun veut aller au Paradis mais personne ne veut mourir. En s’engageant résolument, les militants du Mrc, molestés hier (vendredi 4 décembre 2015, ndlr) à Yaoundé par les gendarmes, comme éreintés, il y’a quelques temps par le préfet de la Mifi, l’ont compris.

J’ai toujours, comme d’autres compatriotes, peu importe les inimitiés, les représailles, les réflexes d’ostracisation, les affronts et les quolibets, affirmé la conviction qu’en l’état actuel de la situation, parler d’alternance au Cameroun et s’y engager ne seraient pas une sinécure. Pire, le chemin est proche de la dangerosité de nos axes lourds, des pistes sinueuses qu’empruntent les grumiers des compagnies forestières dont certains détruisent notre or vert.

Hier, Jean Marc Bikoko, interpellé, jeté au cachot avec sa famille et les adhérents de Dynamique citoyenne, pour avoir organisé un colloque sur l’alternance et la gouvernance électorale.

Aujourd’hui les militants du Mouvement pour la Renaissance au Cameroun, brutalisés et fracturés alors qu’ils interpellaient sur les incongruités de la loi électorale.

Demain, qui ? Nous serons nombreux à mesure que les camerounais oseront, franchiront le rubicon, dépasseront les lois de la pesanteur politique, cette façade démocratique badigeonnée d’une chaux délébile et si caverneuse à l’intérieur, à en subir les conséquences.

Dans les conditions actuelles, le Code électoral et la collusion flagrante entre l’Administration et le Rdpc, sont tels qu’il n’existe pas de grandes chances pour que les Camerounais puissent envisager des changements profonds dans notre pays.

Jusqu’ici, un consensus de dépit, dérivant de la reprise en main, férule au poing, dérision aux lèvres et rêve de longévité à l’esprit, du pouvoir vacillant dans les années dites de braise, par le président Paul Biya et son système, était presque convenu.

Ses termes : une démocratie dite apaisée, traduite par un endiguement des principales forces d’opposition, une relative tolérance du ton vif de certains journaux, une illusion de parole libre dans les débats télévisés, un pouvoir exorbitant accordé aux autorités administratives en matière d’autorisation de réunion et de manifestation, des médias de service public à la gloire du couple présidentiel, etc.

Mais ce parfum enivrant, cette poudre plus inhibante qu’une prise de tabac et ce breuvage âcre ne peuvent qu’asservir les citoyens et desservir notre démocratie en fragile construction. C’est, le parti de Kamto l’a bien intégré, comme l’Udc de Ndam Njoya hier, le Sdf des débuts et les braves militants politiques de la diaspora des premières heures du Code, dans le sillage de l’Upc de la lutte pour l’Indépendance véritable du Cameroun, l’enjeu majeur de la situation actuelle.

Peu importe le parti, les hommes ou champions de chacun des camerounais, le défi qui interpelle l’ensemble de la communauté nationale est simple : maintenir définitivement le Cameroun dans la contemplation béate de l’éternelle fin de règne de Paul Biya dont le camp prépare différentes hypothèses notamment celle d’une élection présidentielle anticipée ou redonner à la politique tout son sens, orienté vers le développement, l’épanouissement collectif et une véritable construction démocratique en s’engageant résolument pour changer cette situation bloquée.


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