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Pr François kengne Fodouop: « Par l’écriture on exprime des choses que l’on ne peut pas toujours dire autrement »

Il est enseignant de géographie à l’université de Yaoundé 1 et auteur de plusieurs ouvrages

Que peut-on ajouter de plus à votre large biographie?
Je suis géographe, Dr d’état de l’université de Bordeaux 3 en France. J’ai commencé à enseigner à l’université de Yaoundé 1 en 1978 sous son appellation université de Yaoundé. J’y ai commencé comme assistant et j’ai pu gravir les échelons de la hiérarchie universitaire. J’ai été tour à tour chargé d’enseignement, maître de conférences et professeur des universités depuis 2002. J’enseigne la géographie économique et du développement, je m’intéresse aux questions d’urbanisation, des relations villes-campagne, environnement, et surtout des questions d’insertion économique des individus.

A quoi se résume le quotidien de l’enseignant que vous êtes?
Mon activité s’articule autour des enseignements. Elle a commencé par des travaux de recherche que j’ai produit durant mes études supérieurs. D’abord le mémoire de maîtrise ensuite celui de DEA obtenus à l’université de Bordeaux 3, puis la thèse de troisième cycle et la thèse d’Etat. Je fais ainsi partie de la génération des deux thèses. C’est dans le statut des enseignants de produire parallèlement à leur activité d’enseignant des travaux de recherche parce que c’est sur la base des productions scientifiques et des travaux de recherche que nous sommes évalués et que nous sommes promus aux différents grades de l’enseignement supérieur. En plus des articles, je me suis lancé dans la rédaction des ouvrages depuis 1990. Mon premier ouvrage était didactique et consacré à la réalisation des cartes et des diagrammes. Depuis j’ai poursuivi cette activité en produisant un certain nombre d’autres livres sur les activités informelles, les questions d’hommes et de société au Cameroun, sur les producteurs ruraux dans la crise, sur friperie vestimentaire. Cela s’est fait en production individuelle ou en collaboration.

Est-ce que c’est toujours ce que vous avez voulu faire?
J’ai toujours voulu enseigner, parce que je suis friand des contacts humains. Par l’enseignement, on entre en contact non seulement avec des individus plus jeunes que vous mais aussi à peu près des collègues qui essaiment dans le monde entier. Car la science et l’enseignement n’ont pas de frontières. Grâce à l’enseignement on rencontre les gens. Par l’écriture on exprime des choses que l’on ne peut pas toujours dire autrement. J’ai lu comme admirateur, un écrivain américain, mort très jeune qui avait écrit qu’il laissera un rayon bourré de livres et qu’il mourra content.

Etant si friand de rencontres, laquelle vous a le plus marqué?
Il y a eu la rencontre avec celle qui est aujourd’hui la mère de mes trois enfants. Ensuite, il y a la rencontre avec un certain nombre de maîtres qui m’ont marqué notamment mon directeur des deux thèses le Pr Guy Lasserre, rencontre aussi avec d’autres professeurs comme le Pr Etienne Dalmaceau (ancien Directeur de la Cité Internationale à Paris)

Dans vos propos vous revenez toujours à la ville de Bordeaux, quel souvenir gardez-vous de cette ville?
C’est le souvenir d’une ville où les contacts sont très chaleureux, une ville qui accueille beaucoup d’étudiants africains. Je ne souviens avec une certaine nostalgie des quatre années que j’ai passé sur le campus de Talence à taper dans le ballon tous les week-ends avec les camarades d’autres nationalités africaines et même asiatiques. L’université de Bordeaux 3 est l’épicentre de la recherche géographique sur le monde tropical.

Vous n’y enseignez-pas?
J’ai pu y donner des cours pendant un certain temps. Les hommes ayant leur influence, tous les maîtres qui ont dirigé mes travaux ayant quitté la scène, je ne vais pas dire que j’ai changé d’orientation, mais depuis 1998, j’ai davantage de contacts avec l’université de Paris 7, Paris 10, Paris 1, l’université de Bretagne occidentale à Brest, l’Université du Havre.

Parlant de votre livre, Autopsie d’une exception plurielle. pourquoi un tel document?
Ce livre rassemble des textes sur les marques géographiques, historiques, linguistiques, démographiques. Toutes ces marques que le Cameroun s’est forgé au fil du temps et qui font de lui un pays unique en son genre en Afrique. Une sorte d’exception plurielle qui relève du milieu biophysique du Cameroun qui est un milieu varié à l’extrême, qui relève de l’armature urbaine du Cameroun. Cette exception relève aussi du processus d’accession du Cameroun à l’indépendance, dans la mesure où ce pays n’a pas été une colonie comme les autres; sur des aspects historiques, le pays jouit depuis son indépendance d’une relative stabilité politique, même si le revers est que le pays reste confronté à une série de problèmes que sont le chômage et la montée de la pauvreté. Mais avec les atouts dont le pays dispose, l’on ne comprend toujours pas que finalement il soit dans cette situation avec cette épidémie de choléra que l’on a du mal à maîtriser dans la partie nord du pays. Je pense que c’est sur ces chantiers que les autorités doivent s’employer pour améliorer la situation.

Le Pr. François Kengne Fodouop
Journalducameroun.com)/n

Est-ce vous avez un mot pour les auteurs qui ont contribué à la rédaction de ce livre avec vous?
Ils sont nombreux. Quand j’ai eu l’idée d’écrire ce livre, j’ai commencé à établir la méthodologie de sa rédaction. Je me suis rendu compte que bien qu’ayant une formation pluri disciplinaire, je ne pouvais pas rédiger efficacement tout seul un ouvrage sur un sujet aussi varié. Je me suis tourné vers des collègues qui ont accepté ma proposition de collaborer à la réalisation de cet ouvrage. Ils relèvent de huit horizons disciplinaires. Ils ont apporté une large contribution qui sera décisive à la réalisation de l’ouvrage.

Pr., quel intérêt y a-t-il aujourd’hui d’aller à l’université faire de la géographie?
Le jeune qui se lance dans les études universitaires a intérêt à opter pour la géographie, dont l’enseignement ouvre à un certain nombre de débouchés. Outre l’enseignement, avec de bonnes études de géographies jusqu’en maîtrise ou master, on peut déboucher sur la recherche, ouverture d’un cabinet de consultation, travailler dans des ministères tels que ceux du Plan et de l’aménagement du territoire, du Tourisme, de l’Administration territoriale, parce que cette formation pluridisciplinaire permet au géographe d’être un expert, un conseiller. Elle permet aussi d’intervenir sur des questions de géopolitique, de délimitation, de gestion des frontières. Le géographe peut travailler dans des instituts de cartographie, et enfin tout dépend de la spécialisation suivie. Planification urbaine ou rurale, prospective, voire études de projets.

Est-ce que vous avez un autre message sur vous et vos activités?
Mes 13 collègues universitaires et moi, avons commis ce livre dans la ferme intention de mettre à la portée de tous une solide base d’analyse pour mieux appréhender et comprendre les différentes marques que nous avons évoqué géographiques, historiques, démographiques, linguistiques, sociales, politiques diplomatiques et sportives que le Cameroun s’est forgé au fil du temps et qui en font un pays unique en Afrique. Ceci 50 ans après les indépendances. Par rapport à notre métier, je ne regrette pas d’avoir choisi l’enseignement parce que nous autres enseignant exerçons un métier riche. Former des jeunes qui demain deviendront soit des responsables politiques, des responsables dans des entreprises, je crois que cela constitue une grande richesse. Nous vivons à une époque où la richesse d’un individu ne se mesure pas à l’aune des biens matériels qu’il a mais surtout, à sa richesse de formation. Je crois qu’aujourd’hui, a le pouvoir de dominer le monde, l’individu qui est doté d’une forte intensité d’informations.



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