International › APA

Présidentielle bissau-guinéenne : les défis qui attendent le vainqueur

La Guinée-Bissau s’apprête à vivre demain dimanche un tournant dans sa vie de jeune nation avec une élection présidentielle qui, comme le lui souhaitent beaucoup d’observateurs, devrait permettre au vainqueur de s’entourer d’une équipe capable de face aux défis politiques, économiques et sécuritaires, tirant incontestablement le pays vers le bas.Ainsi, le prochain vainqueur de ce scrutin présidentiel, convoité par 12 candidats dont le chef de l’Etat sortant, José Mario Vaz (indépendant), connait d’avance la lourde tâche qui l’attend pour redresser économiquement un pays dont « les perspectives sont très incertaines », selon un rapport de la Banque africaine de développement (Bad) publié en 2019.

Ce présage est imputable, d’après le document, à « l’instabilité politique » de la Guinée-Bissau et aux « fortes variations de prix des noix de cajou, principale source de revenus de plus des deux tiers des ménages » du pays.

En Guinée-Bissau, la croissance du PIB réel, stabilisée à environ 5,3 % en 2018, légèrement en dessous des 5,9 % de 2017, est soutenue par une agriculture (6,3 %) et une industrie de la pêche (8,3 %) «solides», selon la Bad.

Son économie dépend fortement de l’agriculture, notamment le riz et les noix de cajou, qui comptent pour 45,3 % du PIB, près de 85 % de l’emploi, et plus de 90 % des exportations, ajoute la BAD, précisant que la croissance est tirée par les exportations et la consommation des ménages concernant la demande.

Ce tableau est moins reluisant que celui du Cap-Vert, un pays montré aujourd’hui en exemple, après avoir arraché avec la Guinée-Bissau en 1974 son indépendance au Portugal. Les deux pays lusophones ont mené leur guerre de libération via le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) qui est resté aux avant-postes en Guinée-Bissau.

Trajectoires différentes

Pour Abba Seidik, ancien rédacteur en chef du magazine Jeune Afrique, la différence de trajectoires s’explique par le fait que « la Guinée-Bissau n’a pas bénéficié d’élites politiques nationalistes, bien formées. Alors qu’au Cap Vert, les gens ont misé sur la formation ».

S’y ajoute, selon lui, que l’armée s’en est mêlée a commettant plus d’une fois des putschs qui ont fait qu’aucun chef d’Etat élu n’a jamais terminé son mandat, à l’exception de Vaz. Ce dernier a terminé le sien depuis juin et il est intérimaire jusqu’après la présidence, grâce à la feuille de route de la CEDEAO, médiatrice dans la crise bissau-guinéenne.

Pour cette présidentielle, la Cedeao assure la sécurité du processus électoral avec des éléments déployés sur place même si cela ne convainc pas le chef d’Etat des armées bissau-guinéennes. Il a récemment déclaré que que son pays pouvait assurer sa propre sécurité.

Par anticipation, quelque 1600 éléments des forces armées bissau-guinéennes ont voté jeudi, 48h avant le scrutin présidentiel du 24 novembre. Et pour Felisberta Moura Vaz, porte-parole Commission nationale électorale (CNE), les militaires bissau-guinéens peuvent maintenant surveiller le vote de dimanche et ainsi « garantir la sécurité du processus électoral » quelque peu perturbé par la querelle de légitimité entre le Premier ministre Aristides Gomes, soutenu par la communauté internationale dont la Cedeao, et le président Vaz.

Manœuvres souterraines

Le président de la Guinée-Bissau est élu au scrutin uninominal majoritaire à deux tours pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois. Si aucun candidat ne recueille la majorité absolue des suffrages exprimés au premier tour, un second tour est organisé entre les deux candidats arrivés en tête, et celui recueillant le plus de suffrage est déclaré élu.

A 24h du vote, signale le correspondant d’APA à Bissau, la situation politique est « apparemment calme » même si elle « pourrait basculer à tout moment ». En effet, souligne-t-il, on note « des manœuvres souterraines dans l’armée qui est elle-même divisée en plusieurs clans ».

Dans tous les cas, le futur président devra, entre autres chantier, lutter contre l’image d’Etat narcotrafiquant qui colle au pays et ne prospère que dans l’insécurité.

« Bien que la Guinée-Bissau soit surtout connue en raison du trafic de cocaïne né au cours des dix dernières années, le pays a souffert des trafics illicites et de leurs effets délétères sur la stabilité avant l’arrivée des cargaisons de drogue », notait dans un rapport daté de 2013 le Centre d’études stratégiques de l’Afrique, tout en relevant que ce pays n’est pas à l’abri du terrorisme.

Début 2008, deux membres d’AQMI ont été capturés dans un hôtel de catégorie supérieure de Bissau où ils se cachaient à la suite des meurtres de quatre touristes français en Mauritanie en décembre 2007.



À LA UNE


SondageSorry, there are no polls available at the moment.
Retour en haut
error: Contenu protégé