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Primes dues aux policiers: le malaise refait surface

Neuf milliards de Francs CFA alimentent la colère des policiers astreints à des postes fixes à travers le Cameroun

« Est-ce normal de guerroyer pour entrer en possession de nos primes? Quel est ce type de comptabilité qui n’obéit à aucune lisibilité, à aucune traçabilité? » Plus qu’une grande fresque échevelée ou un petit traité sur le malaise actuel dans la flicaille du pays, ces mots prononcés ce 14 septembre 2016 par un élément du Groupement mobile d’intervention (GMI) de Yaoundé, proposent une lecture irrévérencieuse de la situation.

Depuis près de trois mois, une chronique amère se déploie en silence parmi les policiers astreints à la garde de certains édifices publics, privés et parapublics du Cameroun. Autour du thème « primes dues aux policiers », gardiens de la paix et inspecteurs (tous grades confondus) piaillent une triste litanie chaque jour. Celle-ci enchaîne colère, révolte, ennui et surtout un désir d’en savoir plus sur la trajectoire prise par les paiements supposés être reversés à la Délégation générale à la Sûreté nationale (DGSN). Le trait schématique de cet ensemble appelle au secours le président de la République. « En sa qualité de chef de toutes les unités de la police camerounaise, c’est lui qui peut nous sortir de cette injustice », espère sous anonymat, un inspecteur de police de premier grade.

Retour en surface
L’affaire qui revient se greffer à l’ambiance dans les rangs des «fonctionnaires-cerbères» a une origine: 09 milliards de primes impayées. « C’est ce pactole que nous réclamons. Nous n’avons perçu que quatre mois de primes sur les neuf gelés par on ne sait qui! », Renseigne un élément en poste devant une agence de téléphonie mobile à Yaoundé. A décrypter les mots captés auprès de ses collègues, la DGSN a effectué un paiement à la mi-juin 2016. Mais, les sommes déchargées à cette occasion-là n’ont pas contenté pleinement tout le monde. « Juste un menu fretin, variant entre 100 000 et 136 000 francs CFA ; soit des mensualités arbitrairement situées entre 25 000, 32 500 et 34 000 francs CFA. En violation du dispositif réglementaire en matière des missions de sécurisation des édifices privés dans le pays », apprend-on.

A cette énumération, aucune perspective brillante ne se dessine. Selon un duo de policiers postés devant une agence Express Union de la capitale, l’épuration des 09 milliards de francs CFA semble ne pas préoccuper « en haut lieu ». Aujourd’hui, les flics tendent à leur hiérarchie un bien triste miroir, dans lequel déferlent des promesses trahies. « Lorsque nous passions à la caisse en juin dernier, on nous a promis un autre payement en septembre de cette année. Et voilà, nous y sommes et toujours rien », grommèle un gardien de la paix major.

Cadre règlementaire
D’où la colère actuelle. Labellisée « juste répartition des primes! », celle-ci est appuyée par la conviction que la présence des fonctionnaires de police à des postes fixes est bel et bien payée. Elle fait d’ailleurs l’objet d’une règlementation. Un arrêté du délégué général à la sûreté nationale fixe les modalités de répartition des sommes générées par ces services.

Selon ce texte, la grille de répartition de cet argent est claire: 50% reviennent au policier affecté dans un poste fixe, le reste est réparti entre la DGSN et l’unité à laquelle appartient l’élément. « Jusqu’ici, murmure un inspecteur de police de 1er grade, nous avons accepté, bon gré mal gré, ce qu’on nous donne. Maintenant, l’heure est venue pour enfin réclamer le respect d’une répartition simple et saine des primes ». Selon nos informations, la grogne cherche à s’inscrire dans la durée. Elle aurait déjà des relais parmi les douaniers et des gendarmes. Avant un second round à l’Assemblée nationale et au Sénat.

Droit de savoir
Postés devant les micro-finances, banques, agences de transfert d’argent, casinos et boîtes de nuit, les agents de police rencontrés sont unanimes: la rétribution de leurs dus est pour le moins obscure. Tout aussi obscure est la position de la DGSN sur le sujet. Dans cette institution publique, la presse fait face à des propos rageurs. L’abdication à en parler ressemble à un puits sans fonds. Tout au plus ici, on revendique avoir levé de l’argent (sans en donner ni le montant ni la date, NDLR) et on soupçonne quiconque de regarder le magot d’un il gourmand: « Vous voulez votre part sur çà? En quoi une affaire de policiers vous concerne-t-elle ? », entend-on.


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