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Prix du Carburant: Le gouvernement discute avec la société civile

Des représentants des organisations syndicales et des consommateurs, convoqués pour une rencontre avec le premier ministre Philémon Yang attendent des explications claires

Le gouvernement parle d’une facture lourde
Le Premier ministre camerounais, Philemon Yang, reçoit ce mardi 24 juillet 2012, des leaders de confédérations syndicales, des partenaires sociaux et des responsables d’organisations de défense des consommateurs pour une «importante consultation», a fait savoir un communiqué diffusé par la radio nationale (CRTV). Le communiqué n’a pas explicitement parlé de l’ordre du jour, mais dans un contexte de débat relatif à la suppression de la subvention du gouvernement sur le prix de l’essence à la pompe, l’ensemble des observateurs s’accordent à dire que le sujet est au centre de la rencontre. Avant le premier ministère, d’autres rencontres ont eu lieu notamment au ministère du Commerce, à qui incombe aussi la responsabilité des prix et de la protection des consommateurs. L’agenda du gouvernement sur le sujet n’est pas connu, mais le rythme et la permanence avec laquelle les média officiels organisent les débats autour de ce sujet indiquent clairement que le gouvernement est engagé. La position des organismes intermédiaires de la société civile est loin d’être unifiée. Jusque-là de nombreux syndicats notamment ceux des transports, promettaient des grèves massives, en cas d’augmentation des prix du carburant. Mais aujourd’hui, les positions semblent moins radicalisées. L’argument du gouvernement, confirmé par les statistiques et aussi par des experts du Fonds Monétaire Internationale (FMI) et de la Banque Mondiale (BM) semble marcher. Selon leurs analyses, la subvention profiterait, au final, aux personnes les plus riches, privant les plus pauvres d’une part importante du budget de l’Etat. Si cet argumentaire est logique, le gouvernement semble vouloir passer en force, en évitant les vraies questions. Selon lui la facture de la subvention pourrait atteindre en cette année 2012 jusqu’à 400 milliards de FCFA, une somme qui aurait construit le barrage de «Lom Pangar» par exemple.

Pourtant la SONARA aura toujours besoin des subventions
De nombreux observateurs estiment que c’est là un faux débat et un faux argumentaire. «En 2008, lorsque les prix du carburant atteignent 590 FCFA, le baril de pétrole lui, avait atteint 140 dollars US pour un Dollar à 510 FCFA, on nous avait fait savoir que la facture de la subvention était de 28 milliards. Aujourd’hui, le prix du baril a considérablement baissé même si le dollar est à 540 FCFA, rien ne justifie que la subvention passe de 28 milliards par an, à 400 milliards, c’est une question sur laquelle le gouvernement doit se montrer transparent», a expliqué Francis B cadre de l’administration camerounaise. D’un autre côté, le gouvernement jusqu’ici ne communique pas sur la structure de formation des prix du carburant et surtout sur la chaine d’approvisionnement du marché international, jusqu’à la pompe. «La vérité c’est que le gouvernement intervient directement à la pompe de deux manières; d’une part, il y a la subvention accordé à la SONARA, la société nationale de raffinerie, et qui ne changera pas, parce que le business plan de cette entreprise est d’être soutenu par l’Etat. D’un autre côté, il y a l’action de stabilisation et de péréquation. La première permet d’équilibrer les variations de prix et la deuxième permet de supporter les surcoûts liés au transport. Le vrai problème du carburant camerounais, c’est que dans la chaine d’approvisionnement, il y a non seulement beaucoup d’intervenants dont le fonctionnement a des coûts énormes, mais aussi de nombreuses taxes qui font augmenter ce prix», explique un expert proche de la SONARA. Selon cette analyse, les subventions à la SONARA, celles qui semblent le plus peser, ne pourront pas être supprimées. Dans la chaine d’approvisionnement, on apprend que cette entreprise achète le pétrole brut, le raffine et revend les divers produits aux marqueteurs. Mais pour emmener les produits de Limbe à Douala situé à 80 kilomètres, on utilise des bateaux, ce qui augmente les charges sur le prix du litre. L’utilisation du bateau implique de payer des taxes au port de Douala, mais aussi toutes les TVA (taxes sur la valeur ajoutée) y afférentes. Les observateurs se demandent pourquoi on n’a jamais pensé à la solution d’un chemin de fer ou d’un pipeline. Dernier élément non discuté et le plus important, la compétitivité des produits raffinés par la SONARA. Cette entreprise a fait plusieurs fois l’objet de réparation, mais des observateurs proches de cette société indiquent que les pertes liés à sa contreperformance technique et un management opaque, sont énormes et facturés à la consommation.

Un retrait irréfléchi de la subvention risque d’entrainer zéro franc d’économie
Pour de nombreux analystes, la logique présentée par le gouvernement de réduire la subvention pour intervenir dans d’autres domaines «sociaux», risque simplement de ne pas marcher. «Regardez les fonds PPTE, normalement destinés à lutter contre la pauvreté, beaucoup n’a pas été utilisé, parce que les dirigeants n’avaient pas trouvé la faille pour voler, ce sera pareil avec la subvention du carburant, ils vont détourner et nous expliquer pourquoi cela a été détourné», argumente Simon K cadre dans l’administration camerounaise. Au-delà du risque de débordement social, le gouvernement devra examiner les autres impacts du retrait irréfléchi de la subvention. Le premier impact est celui de la consommation du carburant par le gouvernement. Ses besoins étant constamment en hausse, une modification du prix à la pompe risque de gonfler la facture «essence» du gouvernement, annihilant une partie de la subvention économisée. D’un autre côté, l’augmentation du prix du carburant aura deux autres conséquences. Le retour du carburant frelaté ou zoua zoua. «Le gouvernement n’a pas les moyens d’empêcher cela ou même de le combattre. La hausse du prix de l’essence à la pompe va provoquer le retour des trafiquants et ce n’est pas la petite taxe sur les trafics qui va régler le problème. Le gouvernement sera obligé encore d’investir pour traquer ces fraudeurs, une action qui nécessite beaucoup d’argent et qui risque encore de plomber l’économie de subvention» explique pour sa part un autre observateur. Enfin même si on limite les effets du trafic de carburant, les consommateurs eux vont réduire leurs achats et la conséquence cumulée avec le trafic, ce sera une baisse significative de la taxe spéciale sur le prix du pétrole. Au final le retrait de la subvention n’aura pas permis de faire les économies escomptées. L’action du gouvernement reste attendue

La compétitivité de la SONARA n’est pas mise en débat alors qu’elle est au centre de la subvention du prix du carburant
Journalducameroun.com)/n



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