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Production cotonnière en ballotage au Cameroun

L’Etat se promet d’apporter un soutient exceptionnel, les cotonculteurs désillusionnés

La Société camerounaise de développement du coton (Sodecoton) a connu cette année son bilan le plus bas depuis 20 ans. Faute de liquidités en raison de la crise financière internationale et de celle du textile, la société cotonnière camerounaise n’a pas pu respecter les échéances de paiement du coton-graine aux producteurs. Le découragement a gagné ceux ci, et les prédispose à abandonner le coton au profit d’autres cultures. Des paysans, hésitent encore entre semer du coton ou se consacrer entièrement à la culture des arachides, du mil, du maïs, du sorgho ou des féculents. Le début des cultures, généralement observée pendant les mois de mai et de juin, propices aux semis du coton, a été morose cette année.

Selon une enquête menée par le quotidien officiel Cameroon Tribune, plus de 100 000 cotonculteurs sur les 350 000 que comptait le Cameroun en 2005 auraient abandonné déjà. Ils sont découragés par la chute des prix du coton sur le marché mondial, dont l’une des grandes conséquences est la chute des prix sur le marché local, acheté aujourd’hui à 180 francs CFA (27,5 centimes d’euros) le kilogramme, indique Henri Clavier, le directeur adjoint de la structure. D’un autre coté le retard de paiement cette année est record. Habitués à recevoir intégralement leur dû quatre semaines après livraison, certains producteurs attendent encore depuis près de cinq mois.

La société cotonnière a multiplié les rencontres avec les producteurs. Une campagne de communication a aussi été menée pour justifier les retards de paiements et éviter que les planteurs se découragent. Les producteurs et nous formons une équipe et devons faire face ensemble à nos problèmes. Le meilleur moyen d’y arriver, c’est de se faire mutuellement confiance, ajoute M. Clavier. Des propos qui n’ont pas suffit à convaincre. De nombreux paysans ne comprennent pas pourquoi cette crise n’affecte pas aussi les cadres de la Sodecoton dont le niveau de vie à leurs yeux n’aurait pas changé.

La situation actuelle place les producteurs de coton dans une incertitude inhabituelle. En attendant l’embellie, les prêts bancaires qui leur auraient permis de traverser la difficulté ne suivent pas. Avec la crise financière mondiale, les banques exigent désormais des emprunteurs de nombreuses garanties que ne peut offrir la sodecoton. L’espoir est cependant autorisé. La vente au premier trimestre 2008 de 39 000 tonnes de fibre, embarquées entre février et juin 2009, a été ainsi une bouffée d’oxygène pour la Sodecoton. Les revenus tirés de cette vente, lui ont permis de satisfaire partiellement les paysans. Les premiers planteurs, représentant plus de la moitié des cotonculteurs qui avaient livré tôt leur coton-graine aux usines, ont d’ores et déjà reçu leurs paiements. L’entreprise a promis le mois dernier de régler toutes les dettes avant la mi-juin.

L’autre message d’optimisme est venu des pouvoirs publics. Afin de venir en aide à ses cotonculteurs, le gouvernement camerounais devrait investir 6 milliards de francs CFA dans la compagnie pour acheter des engrais qui seront distribués ensuite aux agriculteurs. Une démarche exceptionnelle en raison de l’interdiction mondiale des mesures de subvention. Cette année sera l’exception pour sauver une année précaire, se justifie Essimi Menye, le ministre camerounais des Finances. Le coton est le quatrième poste dans les échanges extérieurs du pays. Une démarche fortement appréciée d’autant que l’avenir de 207 000 producteurs est en jeu.

Cotonculteurs
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