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Pygmées en voie de disparition, le cri de c ur de Michel Tagne Foko

Dans un ouvrage, l’écrivain camerounais nous entraîne au c ur de la vie de ce peuple et veut nous faire prendre conscience que l’heure est grave car la civilisation pygmée est en danger

Le livre de Michel Tagne Foko  » Pygmées en voie de disparition : planète en danger  » est éclairant à plus d’un titre car il décrit leurs vies de l’intérieur. Sous la forme de contes et d’histoires africaines – inspirées de faits réels – il nous entraîne au c ur de ce qui fait la vie du pygmée aujourd’hui. Pour l’auteur, lui même Camerounais d’origine Bamileke, lespygmées sont essentiellement des habitants de la forêt, ayant en commun de riches traditions orales, un certain nombre de valeurs dont le culte des divinités de la forêt et le plus grand respect possible de leur environnement. L’auteur nous présente des populations fragiles, naïves presque. Elles vivent en dehors du temps de leurs concitoyens, à l’abri de la forêt. Elles n’ont pas les mêmes valeurs ni les mêmes besoins. L’amour, les relations homme-femme, l’argent, les enfants, la santé sont autant de points de divergence avec le reste des populations autochtones. L’organisation sociale est, elle aussi, particulière. « Il n’existe pas de chef de famille, pas de femme soumise à son mari ou de mari soumis à sa femme [.] le respect mutuel entre homme et femme est la base de l’union ». L’homme comme la femme s’occupent de l’éducation des enfants.

Quant aux cultures, les pygmées considèrent que la pratique du brûlis où l’on met le feu à la forêt pour fertiliser le sol, est un véritable meurtre, une mutilation de mère nature. En ce qui concerne l’argent, il est parfaitement méconnu. Le troc est même minimaliste. C’est en fait un rituel d’échange : « ils allaient sur un chemin poser la marchandise et couraient se cacher [.] le passant la prend et met autre chose à la place [.] même s’il n’a pas grand chose » car « les divinités de la forêt demandent de s’entraider en pratiquant ce rite ». Comme on peut le constater, ces particularismes sont nombreux et la jungle des villes est, à bien des égards, plus périlleuse que la forêt équatoriale. Parfaitement adapté à son milieu, le pygmée perd son âme en quittant son biotope, éprouve du mal à s’adapter au « monde moderne » et du coup, est considéré par les bantous comme un parfait idiot qu’il faut abuser. De plus, le recul de la forêt, son exploitation intensive, réduit sa marge de man uvre et met en péril ces populations originales par leur mode de vie, les rendant encore moins capables de se défendre contre les prédateurs modernes.

Michel Tagne Foko nous décrit une vie idyllique en harmonie complète avec les dieux de la forêt, où les relations humaines ne sont pas soumises à l’argent et où le respect et l’amour règnent entre les membres de la tribu. Nous sommes ici en plein rousseauisme, situation idéale où l’homme est bon par nature avant que la société ne le pervertisse, et là justement, il n’y a pas vraiment de société mais bien plutôt un regroupement de femmes et d’hommes vivant ensemble le plus en phase possible avec la nature. La meilleure démonstration qu’ils puissent faire de cette symbiose est dans leurs chants polyphoniques qui sont uniques et assez extraordinaires.

Michel Tagne Foko, dit « l’homme de la forêt », est né dans une famille polygame. Sportif, danseur, épris de culture, initié dès sa jeunesse aux rites du monde de la forêt équatoriale, il s’est engagé aux côtés des anciens pour préserver et respecter les valeurs traditionnelles. Après un exil forcé en Europe en 2009, il prend conscience que les valeurs d’un homme sont façonnées dans l’argile de sa culture, réalise la portée universelle des valeurs propres à la sienne et entreprend de raconter ses racines.

L’écrivain camerounais nous entraîne au c ur de la vie des pygmées


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