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Quand les contrôles tuent le pays au nom de la douane imaginaire

Par Shanda Tonme

Trafic d’influence, corruption, chantage au nom de la douane camerounaise. La Comicodi dénonce les abus des éléments de la douane à Bankomo, entrée de la ville de Yaoundé. L’intégralité de sa lettre adressée à Madame la Directrice Générale des Douanes.

Madame la Directrice générale, la Commission vous présente ses compliments, et s’insurge contre les abus de vos services à Bankomo, à l’entrée de la ville de Yaoundé. Ce qui s’y passe n’est autre qu’un braquage pur et simple, freinant l’économe, détruisant les plans de développement des entreprises, et troublant gravement l’approvisionnement de la capitale, de même que le trafic vers les pays voisins.

Avec l’approche des fêtes et la quête des subsides par les fonctionnaires corrompus, ce petit jeu de mauvaise gouvernance a pris un rythme satanique.

Les véhicules qui partent des magasins des grands enseignes de Douala, munis des bordereaux légaux de voyage avec un colisage pourtant parfait et sans reproche, sont stoppés, conduits à la gare marchandise où se trouvent les bureaux du secteur de la douane, à une vingtaine de kilomètre de là. Le prétexte c’est les documents de dédouanement, ce qui laisse perplexe tout le monde. Il s’agit de transport de magasin à magasin, donc de produits absolument dédouanés.

Au bureau, ce très grand patron, chef de son Etat à part, un Etat à lui, s’appelle Commandant Ekole, 677302169. On vous dit seulement de l’appeler et on vous file son numéro. C’est un super patron, toujours dehors, mais avec vos solutions, l’argent.

A ce rythme, il faudrait demander à chaque citoyen allant de Douala à Yaoundé ou de Yaoundé à Obala, des documents de dédouanement de sa montre bracelet, de ses chaussures, de son stylo bic.

Il faut rappeler qu’il y a plusieurs postes de douane sur l’axe Douala-Yaoundé : Yassa ; Edéa ; Boumnyebel. Ce sont autant de tracasseries inutiles qui ruinent l’image du pays, freinent le développement, et nous font classer au 191ème sur 195 dans le rapport du doing business. Notre pays n’est pas en conséquence attractif pour les investissements. Les agents de l’Etat ne veulent comprendre ni changer, usant des mêmes méthodes.

Dans le cas d’espèce, un certain capitaine-commandant après arrangement, vous fera signer des procès-verbaux fantaisistes et mensongers selon lesquels, les documents de la douane n’auraient pas été présentés à la première demande. Voilà ce qu’il a appris à l’Enam, école dont il affiche avec fière allure qu’il en est diplômé.

Lorsque les victimes se plaignent des abus, on leur oppose que c’est l’Etat, que l’Etat est maître, que ses représentants ont les pleins pouvoirs. C’est scandaleux mille fois. Ainsi, au nom de l’Etat, certains s’enrichissent par tous les moyens, tuant tout sur leur passage, cassant et souillant ce qui reste de notre image sur la scène internationale, même pour le tourisme, obligeant les nationaux qui veulent investir à fuir et à détester leur pays. Inacceptable.

Le décompte des postes de braquage entre Douala et Yaoundé est étourdissant : douze de la gendarmerie ; six de la police ; cinq de la douane ; quatre des eaux et forêts ; six de la prévention routière.

A chaque fois, des camions, oui surtout des véhicules utilitaires chargés de marchandises stationnés des deux côtés de la route. On négocie ouvertement, et on remplit les poches au vu et su de tout le monde. Pour qui travaille ces gens-là, sinon pour le chaos et la révolution?

En tout état de cause, la commission dénonce ces pratiques criminelles qui salissent votre corps, tuent l’économie du pays, et nous fait ressembler à un fédéralisme où chaque chef de service a créé son Etat fédéré, avec son budget et son droit de vie et de mort sur les citoyens, de même qu’avec ses lois qu’il manie selon ses besoins funestes et insatiables d’argent.

La Commission dénonce, proteste, accuse, s’insurge, condamne et demande qu’il soit mis fin au massacre des opérateurs économiques et de simples débrouillards qui font encore marcher l’économie.


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