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Que faire après le drame Koumateke? Les propositions du Crespol

Par Thierry Amougou, Fondateur et animateur du Crespol

La première façon d’améliorer la santé publique dans un pays est de mettre en place des politiques publiques qui améliorent les conditions générales de vie.Lorsqu’il y a un crash, le monde de l’aviation engrange toujours de la connaissance et fait reculer la frontière de son ignorance de façon à ne plus vivre les mêmes accidents. L’avion est devenu le moyen de transport le plus sûr au monde en grande partie parce qu’il est le produit d’une industrie qui dissèque et étudie de façon clinique les causes des crashs de façon à annuler drastiquement l’occurrence meurtrière de ce qu’on sait déjà. Qu’en est-il de l’industrie politique camerounaise au regard du cas Monique Koumateke «un crash» de son système de santé? Qu’allons-nous retenir comme mesures fortes du régime en place après la communication gouvernementale axée sur le déni de sa responsabilité? La mort tragique de Monique Koumateke va-t-elle inspirer des réformes capables de sauver les pauvres et les gueux des morts évitables ou n’aura-t-elle été ni plus ni moins qu’une de plus qui prendra sa place dans le lugubre grenier des faits divers de la vie camerounaise de tous les jours ? Le silence des cimetières, état du monde post-funérailles, est-il la seule réalité que méritent Monique Koumateke, ses enfants et les Camerounais traumatisés? Que peut faire le régime en place pour montrer qu’il a positivement appris de ce drame et veut mieux s’occuper de la vie des Camerounais et des Camerounaises? Le CRESPOL propose ci-dessous quelques idées.

Santé publique: sortir de l’infirmité morale et politique pour enfin assumer ses responsabilités
«Punir» semble, en paraphrasant Michel Foucault, la seule compétence que le pouvoir camerounais maîtrise à merveille non avant les évènements mais toujours après ceux-ci.

Les Camerounais ne font très souvent l’expérience de la réalité du pouvoir en place que lorsque celui-ci réprime férocement une manifestation comme en février 2008, condamne les manifestants de façon expéditive, ou interdit la tenue d’une conférence jugée à contre-courant de son ordre politique. Le Renouveau National n’a pas dérogé à cette règle dans le cas Monique Koumateke.

Après une note ministérielle plus encline à déresponsabiliser le système de santé et le pouvoir qu’à la prise de conscience des multiples carences sous-jacentes au drame Koumateke, le pouvoir de Yaoundé s’est montré au monde et s’est fait voir aux Camerounais par l’arrestation de l’auteur du geste moins criminel que désespéré de sortir les enfants du ventre de la défunte. Ne surveillant pas avant pour améliorer après, tout se passe comme si punir a posteriori est la seule solution qui, par miracle, arrangera une situation qui reste pourtant identique à elle-même. La preuve en est que l’emprisonnement des détourneurs de deniers publics ne freine pas les ardeurs de ceux qui veulent continuer à le faire. Il est peu certain que punir après coup arrive à changer quelque chose dans un pays où on pille désormais l’Etat de façon hautement rationnelle en prenant soin que le montant de son butin soit largement supérieur au prix à payer sous forme de quelques années en prison. En refusant de comprendre les causes profondes du mal pour mieux surveiller et être à même de punir avec un effet bénéfique pour la société, le Renouveau National reste dans une infirmité morale et politique dont une des manifestations est le déni des réalités sociales et de responsabilité politique. La défaite morale fonde la défaite politique. On ne peut combattre des valeurs morales régressives profondément installées depuis 33 ans avec des peines de prison mais uniquement avec d’autres valeurs morales progressives et antinomiques. Le pouvoir est-il allé dans ce sens après l’évènement symbolique Koumateke?

Pas à notre connaissance car il a choisi le saucissonnage des causes du drame, une méthode au service du déni des réalités sociales et de responsabilité politique. Contrairement à l’industrie de l’aviation où les causes d’un crash ne sont jamais saucissonnées mais regroupées dans un enchainement de faits et de décalages qui donnent la chaîne causale complète et détaillée de l’accident, ce qui a préoccupé le ministre camerounais de la santé et son pouvoir était de dire que le gouvernement n’est pas responsable car Madame Monique Koumateke était morte avant d’arriver à l’hôpital Laquintinie de Douala. Là où l’industrie de l’aviation étudie cliniquement les causes à la fois endogènes à l’avion et exogènes du crash pour apprendre de l’accident et améliorer la sécurité dans l’avenir, le gouvernement camerounais a choisi de se laver les mains en disant que ceux qui meurent en dehors des murs de l’hôpital public ne sont pas de sa responsabilité. Cela est archi faux car c’est effectivement pleinement de sa responsabilité si être au pouvoir veut encore dire quelque chose dans notre pays. En voici la preuve analytique.

Les caciques du Renouveau National, adeptes des bilans partisans de leur règne, ne manquent jamais de brandir des statistiques dont celles du nombre d’hôpitaux et des centres de santé construits depuis 1982. Ils le font en oubliant que cela traduit deux faits politiques majeurs. D’abord, la croyance en l’action politique comme moyen d’améliorer la vie des Camerounais. Ensuite, l’affirmation que les hôpitaux et centres de santé construits par Paul Biya l’ont effectivement fait depuis 1982. Autrement, ils reconnaissent eux-mêmes que la santé physique, morale, psychologique et mentale d’une population dépend de ses conditions de vie générale dont les régimes politiques dirigeants ont la charge car un pouvoir est aussi un organe et une ressource facilitatrice des conditions de vie des citoyens dont il a la charge.

Dès lors, ne pas avoir accès, à l’instar de Mme Monique Koumatekel, aux consultations prénatales par pauvreté matérielle ou par absence de campagnes assidues de sensibilisation, ne pas avoir à sa disposition un service d’urgence fiable en cas de complication quelconque, arriver à l’hôpital dans la malle arrière d’un taxi par manque d’argent ou de moyens de transport publics adéquats ou être victime d’un vote censitaire dans l’accès aux soins de santé, sont des aspects qui engagent totalement la responsabilité politique d’un régime au pouvoir.

Les morts largement évitables des Camerounais et des Camerounaises pour cause de pauvreté sociale généralisée et de multiples carences institutionnelles ne tombent pas du ciel. Elles sont les produits d’une nécropolitique estampillée Renouveau National tout simplement parce que c’est lui qui en a la charge. Les recherches scientifiques prouvent que les politiques publiques progressives mises en place par les pouvoirs dans la lutte contre la pauvreté, les inégalités et les carences institutionnelles améliorent la santé sociale d’une population et son espérance de vie. Il est ainsi démontré de façon robuste que les sociétés moins inégalitaires et moins pauvres connaissent moins de malades mentaux, moins d’obèses, moins de suicides, moins de femmes mortes en couche, moins de bébés morts à la naissance, moins d’enfants délinquants, moins de mortalité infantile, moins de violence et moins d’assassinats crapuleux.

Le drame Monique Koumateke est un symbole sociopolitique national. C’est-à-dire un cas exemplaire qui, non seulement nous interpelle tous personnellement sur la misère qui baigne encore de nombreux frange de la société camerounaise, mais aussi, va au-delà de nous en montrant les carences institutionnelles abyssales qui caractérisent encore notre système de santé. C’est un cas qui, en lui-même, est une comptabilité sociopolitique et institutionnelle critique devant laquelle le gouvernement doit accepter ses responsabilités en sortant d’une infirmité politique et morale dont le but est de dire qu’il n’est responsable de rien alors qu’il est au pouvoir. Quand on est au pouvoir on est responsable de tout. Le reconnaître est le début de la solution car on assume par la suite ses responsabilités en faisant des réformes idoines. On ne fait par contre rien tant qu’on nie sa responsabilité.

Il faut instituer une évaluation périodique et sanctionnée des institutions et infrastructures sanitaires
Une note ministérielle laconique, défensive et conservatrice des acquis du pouvoir ne change rien à l’état du système de santé camerounais. Mêmement pour l’arrestation de celle qu’on considère désormais comme bouc émissaire d’une dégénérescence institutionnelle de longue date. Aujourd’hui même, une femme dans les même conditions sociales et de santé que Madame Monique Koumateke sera face aux mêmes carences institutionnelles et mourra parce que rien n’a changé et rien n’est prévu.

Une des choses à faire, si le pays veut prendre ce drame comme un laboratoire de réformes politiques, est d’instituer un système national d’évaluation périodique et sanctionnée de nos institutions et infrastructures sanitaires. Sous contrainte des normes internationales qui existent dans ce domaine, il est tout à fait possible, disons tous les cinq ans, de vérifier si les institutions et infrastructures de santé camerounaises sont aux normes requises. Ces évaluations périodiques doivent être accompagnées de sanctions positives pour les institutions sanitaires en cas de bons ou très bons résultats d’évaluation et de sanctions négatives sous forme d’exigence de remise aux normes requises en cas de résultats médiocres ou très mauvais. Si on se fie à ce que dit le Ministre camerounais de la santé, Mme Monique Koumateke était arrivée à l’hôpital de district de Nylon vers 8h-50 minutes. Ces hôpitaux de district et tous les centres de santé privés qui pullulent dans les quartiers populaires sont-ils aux normes requises ? Sous quels critères les autorisations d’installation et d’exercice de la médecine sont-elles accordées aux officines privées ou humanitaires?

Ce sont-là d’autres aspects qui doivent faire l’objet de contrôle et d’évaluations rigoureuses et périodiques car plusieurs Camerounais pauvres meurent encore suite à des erreurs graves tantôt humaines, tantôt dues à une absence de matériel adéquat, tantôt parce qu’ils ont affaire à de pseudo médecins qui n’ont pour seule spécialisation que la blouse blanche qu’ils portent. Fidel Castro se soigne à Cuba pas seulement parce que le pays s’est coupé du monde pendant longtemps, mais surtout parce que le système de santé cubain est excellent. A contrario, l’élite camerounaise ne se soigne pas au Cameroun. Les hôpitaux camerounais ont pour elle une pure fonction de transit vers l’évacuation sanitaire en Occident. Par conséquent, ce sont les Camerounais et Camerounaises pauvres qui, faute d’alternatives, s’y dirigent à leurs risques et périls. Prendre la santé de la masse au sérieux exige donc que les institutions et les structures sanitaires en deçà des normes requises soient mises aux normes et que celles qui sont un danger public en termes de santé publique soient fermées jusqu’à ce qu’elles soient mises aux normes requises.

Il faut une évaluation périodique et sanctionnée du personnel, de leur direction et des conditions de travail
Des institutions et des infrastructures sanitaires aux normes en matière d’équipements sanitaires ne valent rien si le personnel qui utilise lesdits équipements n’est pas à niveau. Elles peuvent même être plus dangereuses aux patients dans la mesure où des équipements performants pour soigner le sont tout autant pour tuer si l’expertise nécessaire à leur usage n’existe pas ou est de mauvaise qualité. La preuve en est que des erreurs de ce type existent même dans les pays dits développés. Par conséquent, l’évaluation périodique et sanctionnée des institutions et infrastructures sanitaires doit être complétée par une évaluation périodique et sanctionnée du personnel sanitaire. Celle-ci implique plusieurs aspects dont des colloques internationaux d’experts de différents domaines de la médecine, un programme nationale de formation continue pour des mises et des remises à niveau du personnel médical face aux nouvelles évolutions dans le secteur médical, des exercices de simulation pour jauger et éprouver la célérité et l’efficacité des interventions, et des enquêtes en caméras cachés pour prendre la main dans le sac ceux qui exigent un paiement préalable comme condition d’accès à tout soin.

D’autres mesures peuvent aussi améliorer le rendement du personnel sanitaire camerounais. C’est le cas des recours réels et rapides prévus par l’Etat camerounais aux malades ou aux familles de malades qui se retrouvent dans une situation de refus de soins par manque d’argent. Une note du ministre ne suffit pas. Elle ne peut servir à quelque chose que si celui ou celle qui se trouve dans cette situation de barrière à l’entrée aux soins faute d’argent, a un recours concret et d’une action réparatrice rapide de son cas. Quel numéro peut composer un Camerounais en zone urbaine face à un cas de maladie grave ou à des complications subites de celle-ci? Ceux qui reçoivent l’appel de détresse ont-ils une ambulance en état de marche? Ont-ils le nécessaire pour les premiers soins cruciaux dans la préservation de la vie? S’ils ont une ambulance en bon état de marche a-t-elle du carburant en permanence? Ce sont des choses banales qui peuvent sauver des millions vies dans nos zones urbaines.


Dans l’amélioration de ces conditions de travail du personnel médical il y a aussi l’estimation optimale du nombre de Camerounais par médecin. Ce taux de couverture médical est crucial car avoir trop de Camerounais pour un médecin est une condition de travail impossible dont les effets négatifs rejaillissent sur les citoyens et les médecins eux-mêmes dans une sorte de cercle vicieux duquel la santé publique perd en qualité. Dans un pays qui parle des « grandes ambitions», une qui aurait socialement du sens serait de diminuer le nombre de Camerounais et de Camerounaises à la charge d’un seul médecin. Une façon de le faire, puisque notre pays est en croissance, peut être de faire venir au Cameroun plusieurs médecins camerounais et camerounaises des diasporas afin qu’ils viennent travailler au Cameroun. Il y aurait certainement des candidats à condition que l’Etat les attire via des mesures incitatives extrinsèques comme des facilités administratives et un effort salarial pour un travail aussi noble. Il y aura certainement plusieurs candidats car les motivations intrinsèques à savoir la satisfaction morale de soigner ses compatriotes existent aussi en dehors des motivations extrinsèques purement financières.

Quid de la médecine chinoise? Quid des cliniques privées? Ces médecine sont -elles évaluées au Cameroun? Si oui suivant quels critères et quelles sont les sanctions des évaluations? Tout ce qui concerne directement la santé publique comme les institutions chinoises, cliniques et publiques de cette médecine doivent être mises en examen par des évaluations périodiques et sanctionnées dont le but est d’abord d’avoir un état de lieux sanitaire nécessaire à la prise de décisions informées.

Il faut une évaluation périodique et sanctionnée des produits médicamenteux à la disposition des Camerounais
Une fois les infrastructures et le personnel évalués de façon périodique et sanctionnée, le tour n’est pas fait. Il faut aussi une évaluation périodique et sanctionnée des produits médicamenteux qui sont utilisés pour soigner les Camerounais et les Camerounaises. Les institutions et le personnels peuvent être au top mais tout cela devient nul et de nul effet si les produits médicamenteux ne sont pas fiables et s’avèrent être plus dangereux que les maladies dont souffrent les patients. Encore une fois, il ne faut pas perdre de vue une approche globale du problème de santé publique camerounais car si l’automédication se répand via des produits médicamenteux douteux vendus dans des échoppes de quartiers populaires, de façon ambulante ou même parfois dans nos pharmacies, c’est parce que la pauvreté et les inégalités s’approfondissent et excluent la masse démunie des produits médicamenteux de qualité. La première façon d’améliorer la santé publique dans un pays est de mettre en place des politiques publiques qui améliorent les conditions générales de vie. Si la pauvreté recule, la demande pour des produits médicamenteux douteux va disparaître car les Camerounais et les Camerounaises auront le choix, grâce à un meilleur pouvoir d’achat, entre des produits médicamenteux d’origine douteuse et ceux dont la traçabilité est claire et la qualité scientifiquement établie. Arriver à bouter hors du Cameroun les trafics des médicaments douteux et dangereux doit donc se faire sur deux volets au moins : la répression de ceux qui se livrent à ce commerce dangereux et surtout l’amélioration des conditions de vie générales des populations afin de faire disparaître la demande et de tuer ainsi l’offre.

Notre pays a beaucoup régressé à ce niveau. Il me souvient, ayant fait mes études primaires dans village du Sud du Cameroun que des équipes médicales faisaient le tour des écoles primaires dans les années 1980 pour vacciner et consulter. Il me souvient aussi, étant fils d’un camerounais médecin, que celui-ci avait dans son agenda de travail ce qu’il appelait affectueusement la tournée médicale rurale. Celle-ci consistait à mener l’hôpital vers les paysanneries camerounaises et les villageois qui, suivant un calendrier bien communiqué et arrêté à l’avance, recevaient ainsi gratuitement consultations, soins et médicaments. Il me souvient aussi qu’il suffisait qu’on présente une ordonnance prescrite pas un médecin pour que le pharmacien de l’hôpital nous donne gratuitement tous les produits prescrits. Il me souvient enfin que dans la ville d’Ebolowa – où je suis allé au collège par la suite – il existait de multiples bornes fontaines publiques qui distribuaient gratuitement l’eau potable aux Camerounais en évitant ainsi une grande part des maladies liées à la consommation d’une eau non potable. Il faut reconnaître, étant donné que ces souvenirs sont des réalités tangibles et vérifiables dans années 1980, que notre pays est moins bien organisé aujourd’hui sur le plan de la santé publique qu’il ne l’était à cette époque-là. Pouvons-nous essayer de retrouver ce niveau-là en ce moment ? Au moment où on ne parle que d’émergence économique, il est peut-être urgent que l’Etat camerounais se rappelle que l’accès continu de tous les Camerounais à l’eau potable est déjà la première mesure de santé publique à rendre effective avant la construction des marchés performants.

Assurer la formation continue des accoucheuses traditionnelles et d’autres auxiliaires de santé publique
Ce ne sont pas seulement les zones urbaines qui doivent bénéficier d’un plan global de reformatage du système camerounais de santé publique. Les zones rurales très souvent mal loties en institutions et infrastructures sanitaires de qualité doivent aussi faire partie de la réflexion globale. Les conditions de vie et la santé de la population urbaine d’un pays a des effets sur les conditions de vie et la santé de sa population rurale et vice versa. Autrement dit, des externalités réciproques existent et peuvent être positives ou négatives entre les populations urbaines et rurales. Cependant, comme déjà signalé, ce sont les conditions de vie qui comptent en premier : une population rurale pauvre et en mauvaise santé générale devient, si on prend l’exemple des dons de sang, une source de dangers potentiels si ces dons de sang ne font pas l’objet d’un contrôle rigoureux. Le sont-ils au Cameroun ? Suivant quel protocole ? Une population urbaine alcoolique, droguées et malade peut aussi être un danger dans le même domaine pour la population totale du pays. Aucune élite camerounaise, d’après quelques camarades de lycée aujourd’hui médecins, n’accepte une transfusion sanguine dans un hôpital camerounais ! Pourquoi ? Sans vous faire un dessin, le risque doit être très grand de le faire. Les pauvres peuvent-il l’éviter ? Nous savons tous que non.

En dehors des conditions d’accès aux centres de santé à améliorer en zones rurales, il est également fondamental d’assurer la formation continue des accoucheuses traditionnelles dont l’importance n’est plus à démontrer dans nos contrées où des millions de Camerounaises donnent la vie sans visites prénatales grâce à elles. Nul n’ignore que nos villages regorgent d’accoucheuses traditionnelles de talent aux qualités exceptionnelles acquises par l’expérience et la pratique. Il serait très porteur pour la santé publique camerounaise en zone rurale que ces accoucheuses traditionnelles bénéficient aussi des formations continues afin qu’elles puissent ajouter d’autres connaissances modernes à leur expertise traditionnelle acquise sur le tas. Ces accoucheuses traditionnelle, tant que notre pays reste à un faible niveau de développement, sont des femmes ressources irremplaçables dont le capital humain est à renforcer par une politique publique intelligente.

Il en est de même des guérisseurs traditionnels qui, en dehors des cas de pur charlatanisme, ont une connaissance exceptionnelle de la pharmacopée traditionnelle camerounaise. La forêt et la nature camerounaises en général regorgent de produits médicamenteux d’une redoutable efficacité dont ils maîtrisent la connaissance. Mettre en place des équipes scientifiques qui travaillent avec les guérisseurs traditionnels dans l’établissement d’une banque de données nationale d’arbres, d’herbes, de racines, de fruits, de potions et des éléments chimiques qui en assurent l’efficacité est à entreprendre pour construire une autonomie médicamenteuse relative du pays à long terme. Des pays comme le Bénin font travailler ensemble guérisseurs traditionnels et médecins modernes depuis longtemps pour améliorer la couverture vaccinale. Le système de santé béninois, conscient de la crédibilité de la parole des guérisseurs traditionnels au sein de la population rurale souvent peu éduquée, utilise cette crédibilité pour les campagnes nationales de vaccination. Autrement dit, ce sont les guérisseurs traditionnels y ont aussi désormais la charge de demander aux populations qui les consultent d’aller se faire vacciner en assurant ainsi le service après vente des campagnes publiques de vaccination.

Pour ne pas conclure
Le Cameroun, nous le dit-on, est en plein chantier pour l’émergence économique en 2035. A quelque chose malheur est bon car le drame Koumatekel nous remet les pieds sur terre. Il nous rappelle à quel niveau est encore notre pays en termes de développement social, de développement humain et de conditions générales de sécurité humaine. Nous sommes encore au bas de l’échelle. Dans ces conditions, la première émergence à chercher est celle des conditions de vies générales améliorées, première condition à remplir pour construire la santé collective d’une population par diminution des externalités négatives de la pauvreté sur la santé publiques, les institutions et les infrastructures sanitaires. Le CRESPOL a proposé ici quelques idées. Elles ne consistent nullement à dire que des erreurs et des morts évitables n’existeront plus jamais au Cameroun si elles sont mises en application mais, le risque zéro n’existant pas dans une uvre humaine, que les erreurs, les carences et les morts évitables seront drastiquement réduites si nous les mettons en place. L’erreur fatale à ne pas commettre pour le Cameroun est d’oublier de construire une émergence économique sous contrainte des objectifs de développement social et humain du pays. Autrement dit, faire le contraire revient à vider l’émergence économique de sa dimension sociale et donc à s’écarter des objectifs de développement humain.

Cela dit, les chantiers ouverts ici et là, la coopération au développement, l’Etat, la société civile et les multinationales en coopération avec l’Etat camerounais doivent avoir au centre de leurs plans au Cameroun une meilleure vie des populations. C’est au régime en place de placer la santé publique au centre de son programme d’émergence via un plan global d’action, c’est à lui de prendre ses responsabilités.

Paix à l’âme de Mme Monique Koumateke. Le CRESPOL espère que sa mort servira à quelque chose de positif pour l’avenir.


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