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Que retenir du sommet Amérique latine – Afrique qui s’est tenu au Vénézuela en septembre 2009

Analyse de Pierre MBAKAM NITCHEU, spécialiste de l’Amérique latine.

Le Sommet tant attendu des Chefs d’Etat d’Amérique du Sud et d’Afrique, en tous les cas, par les spécialistes de cette question, a finalement eu lieu, avec une année de retard, mais comme prévu au Venezuela, et non à Caracas, la capitale, mais à l’Ile Margarita. Il faut rappeler que le premier Sommet de ce genre avait eu lieu à Abuja (Nigeria) du 26 au 30 Novembre 2006, avec la décision de faire ces Sommets tous les deux ans, sur une base tournante, de changement de continent. Le prochain devait donc se tenir en 2008, mais il a été évoqué par les Etats africains, qu’ils convenaient mieux de participer à la réunion de l’O.M.C., à Doha (Qatar). Le premier constat est la présence de 61 pays, dont 49 pays d’Afrique, ainsi que la totalité des pays d’Amérique du Sud, soit 12 pays.

Au delà de la présence de l’ensemble des pays africains à ce Sommet, il convient d’analyser la niveau de représentation des pays, pour conclure à l’importance que les dirigeants africains accordent à ces rencontres. Côté africain, même si l’ensemble des pays était présent, on notera les absences de Madagascar et de la Guinée Conakry, pour les raisons politiques évidentes, du Liberia, ainsi que du Sahara occidental, sans bien entendu vouloir entrer dans la polémique, concernant ce dernier. En effet cet Etat est reconnu par l’Union Africaine, raison pour laquelle le Maroc n’est pas membre de l’Union Africaine.

Cela étant, sur les 49 pays africains, on notait la représentation au plus sommet, de 20 Etats, dont 2 « poids lourds » du continent africain : Afrique du Sud et Libye. De même, on note la présence au plus haut sommet de 8 Etats anglophones, 9 Etats francophones, un lusophone (Sao Tome et Principe) et le seul Etat hispanophone africain (la Guinée Equatoriale) + 1 Etat arabophone (la Libye). A noter les absences des Chefs d’Etat nigérian (pour cause de santé semble-t-il), le Président Umar Yar’Adua, pourtant pays hôte du premier Sommet, égyptien, le Président Hosni Moubarak. L’Egypte est pourtant un poids lourd du continent.

Sur le plan des organisations régionales, l’Union Africaine était représenté au plus haut niveau, par le Président de la Commission, le Docteur Jean Ping, de même pour la C.E.D.E.A.O., représentée par son Président Mohamed Ibn Chambas. Sur un critère proprement géographique, la représentation au plus haut sommet de l’Etat est indiscutablement revenue à l’Afrique de l’Ouest, avec 9 Chefs d’Etat issus de cette région du continent, pour 5 Chefs d’Etat de la S.A.D.C. (Southern African Development Community), et seulement 3 Chefs d’Etat d’Afrique centrale. Sur un plan de « puissances » régionales, il faut déplorer l’absence, au plus haut niveau de représentation, de la Côte d’ivoire, du Président Laurent Gbagbo, en ce qui concerne l’Afrique de l’Ouest, et celle du Cameroun du Président Paul Biya, en ce qui concerne l’Afrique centrale. Je pense que pour ce dernier, il fallait toutefois s’y attendre, hélas ! Quand au Gabon, il s’est contenté d’envoyer un Conseiller d’Ambassade. On connaît la tension politique que vit le pays depuis la proclamation des résultats des élections présidentielles, mais tout de même !!!!

Pierre Mbakam Nitcheu
Journalducameroun.com)/n

Autre organisme qui a brillé par son absence, à l’image des pays d’Afrique centrale au sommet de l’Etat : la C.E.M.A.C. En effet, elle n’était tout simplement pas absente, ce qui peut laisser penser aux ambitions de celle-ci, quand la C.E.D.E.A.O. était représentée par son Président !! La S.A.D.C. a aussi brillé par son absence. On peut rapidement conclure qu’encore une fois, ce sont les pays d’Afrique de l’Ouest qui semblent prendre cette coopération avec l’Amérique du Sud au sérieux. Côté sud-américain, il est utile de préciser que les pays d’Amérique du Sud sont tous dirigés par des personnes de gauche ou de centre-gauche (cas du Pérou, avec le Président Alan García, au pouvoir depuis Juillet 2006). Le cas un peu à part est celui du Suriname, dont le pays est dirigé par une coalition de 8 partis, grâce notamment au soutien des « Noirs-marrons ».

S’agissant de la représentation de ces Etats, 8 sur 12 étaient représentés au plus haut niveau, dont toutes les puissances sous-régionales : Brésil, Argentine, Venezuela, et Chili. Seule la Colombie était représentée par son Vice-ministre des Relations Extérieures, et représentant auprès de l’U.N.A.SUR (Union des Nations Sud-américaines), et le Pérou, représenté par son Président du Conseil des Ministres. Sur le plan du travail au effectué au sein de ce Sommet, celui se divise en plusieurs axes :

.Coopération multilatérale : l’Afrique et l’Amérique du Sud maintiennent leur position commune sur la reforme des Nations Unies, et particulièrement du Conseil de Sécurité de celui-ci.

.Lutte contre la criminalité : lutte contre le trafic illicite d’armes légères et de petit calibre, et de leur munition, la prolifération des armes nucléaires et de destruction massive. Lutte contre le trafic illicite de narcotiques à l’échelon bilatéral comme bi régional.

.Paix et Sécurité : promouvoir la paix et la sécurité entre les différents organismes et mécanismes auxquels les pays appartiennent, comme le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine, le Conseil Sud-Américain de défense de l’U.N.A.SUR, et la Zone de Paix et de Coopération de l’Atlantique Sud.

.Démocratie, Gouvernance, Droits Humains, et Questions Politiques : renforcement des institutions nationales chargées de mettre en uvre la Déclaration des Nations Unis, sur les droits des peuples autochtones, de Septembre 2007. Lutte contre la pauvreté, ainsi que pour la sante, l’éducation, et la protection contre toute forme d’exploitation sexuelle et professionnelle.

.Agriculture, Agro-industrie, Développement rural et Ressources en eau : assurer la sécurité et la souveraineté alimentaires, dont l’accès aux aliments. Favoriser le droit des citoyens à accéder à une eau potable, propre et sûre. Renforcement du Comité de la Sécurité Alimentaire mondiale, en tant qu’instance multilatérale.

.Economie, Commerce, Investissement et Tourisme : le commerce et les échanges commerciaux, scientifiques, technologiques, ainsi que ceux des innovations doivent contribuer à la croissance, au développement durable et à la réduction de la pauvreté. La promotion du commerce et des investissements Sud-Sud contribue à la complémentarité des économies en développement, et à l’identification de nouvelles possibilités d’échanges économiques et commerciaux. A ce titre le S.P.G.C. (Système Généralisé de Préférences Commerciales) entre pays en développement est un outil permettant d’atteindre lesdits objectifs, d’où le désir de conclure le Troisième Cycle de négociations rapidement.

.Lutte contre la pauvreté et la faim : respecter la Déclaration du Millénaire, des Nations Unies. Rappel des engagements des pays développés à respecter l’engagement de 0.7% de leur P.I.B. à l’aide publique au développement + 0.2% de leur P.I.B. aux P.M.A

.Développement de l’infrastructure : avec des échanges entre le Conseil pour l’Infrastructure et la Planification d’Amérique du Sud (au sein de l’U.N.A.SUR), le N.E.P.A.D.), et la Plan d’Action à court terme de l’Union Africaine.

.Energie et Minerais Solides : renforcement de la coopération énergétique entre l’Amérique du Sud et l’Afrique, pour une meilleure croissance industrielle et un développement des infrastructures énergétiques, réduction des coûts de transaction et de formation d ressources humaines. Coopération accrue entre la Commission Africaine de l’Energie et l’U.N.A.SUR. coopération accrue en matière de gaz et de pétrole.

.Questions sociales et sport : la Tunisie a demandé à ce que 2010 soit proclamée Année internationale de la jeunesse, ainsi que se tienne un Congrès mondial de la jeunesse. De même les pays ont décidé d’apporter tour leur appui à la Coupe d’Afrique 2010 en Angola, ainsi qu’à la Coupe du Monde 2010 en Afrique du Sud, puis à celle de 2014 au Brésil, enfin aux J.O. de 2016 de Rio de Janeiro.

.Education et Culture : Renforcement de la lutte contre l’analphabétisme. Resserrer les liens existant entre les Ecoles Diplomatiques d’Amérique du Sud et d’Afrique, afin de promouvoir l’enseignement multidisciplinaire. Développement des projets de la promotion de la contribution de la diaspora africaine à la culture des peuples sud-américains, en vue du Deuxième Sommet de la Diaspora de l’Union Africaine.

.Développement Institutionnel, Echanges d’Information : nouvelle conception des rapports économiques internationaux, dans le but de promouvoir activement les échanges Sud-Sud, reposant sur un principe de transparence, de complémentarité, de coopération et de solidarité. Cette nouvelle conception serait appuyée par de nouveaux instruments et institutions financiers régionaux.

.Environnement : concernant la Convention des Nations Unies sur les changements climatiques et le Protocole de Kyoto, les pays développés ont une responsabilité historique dans le réchauffement de la terre. Ils ont donc l’obligation, de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Les pays développés doivent contribuer activement au Fonds Spécial pour les changements climatiques, qui a pour but de permettre aux pays en développement de renforcer leurs capacités internes et de faire face aux déséquilibres et aux catastrophes de nature climatiques. A ce titre, la Convention à venir de Copenhague en 2009, devra permettre l’application de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. L’Afrique et l’Amérique du Sud doivent coordonner leurs positions sur ce sujet. Ils doivent également mettre en uvre le Plan-cadre décennal (2008-2018), pour renforcer l’application de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification.

.Mécanisme de suivi : Cet instrument mis en place dès le Sommet d’Abuja, doit recevoir très rapidement le soutien nécessaire des Etats membres, afin d’assurer l’exercice de son mandat. Il est composé de fonctionnaires de haut niveau, est chargé de proposer des initiatives et d’engager des actions concernant les programmes et les projets adoptes, examiner les progrès, et diffuser des informations sur les arrangements de coopération. Il doit aussi assurer le suivi des décisions ministérielles et de celles des Sommets auxquelles il adressera des recommandations.

Photo de famille à l’issue du sommet
www.rnw.nl)/n

Par ailleurs, les parties prenantes au Sommet ont émis un communiqué de solidarité avec Cuba, dans le cadre du blocus économique, commercial, et financier de l’Ile, imposé par le gouvernement des Etats-Unis d’Amérique, incluant la loi Helms-Burton**. Ledit communiqué exhorte le gouvernement des Etats-Unis d’Amérique à mettre fin purement et simplement à son application, et en accord surtout avec les différentes résolutions de l’Assemblée Générale des Nations Unies. Je rappelle que la loi Helms-Burton, du nom des initiateurs de cette loi, interdit à n’importe quelle personne ou entreprise dans le monde de «trafiquer» avec des biens américains qui ont été nationalisés par Fidel Castro dans les années 1959-1961. La définition des activités interdites est la suivante (selon la loi) :

1.Vendre, transférer, distribuer, repartir, faire des opérations financières, gérer, disposer de toute autre manière de biens confisqués, acheter, prendre à bail, recevoir, posséder, obtenir le contrôle, gérer, utiliser ou de toute autre façon acquérir ou détenir un intérêt dans les biens confisqués.

2.Exercer une activité commerciale utilisant ou bénéficiant de toute autre manière de biens confisqués.

3.Provoquer, diriger, participer à, ou bénéficier d’un trafic effectué par une autre personne, ou s’engager dans un trafic à travers une autre personne, sans l’accord d’aucun ressortissant américain qui possède une revendication sur ces biens

Les Etats membres ont également émis une déclaration sur la situation au Honduras. Dans celle-ci, ils condamnent le coup d’Etat orchestré contre le Président constitutionnel José Manuel Zelaya, refugié depuis le 21 septembre 2009, à l’Ambassade du Brésil à Tegucigalpa.

Lors de ce Sommet, le Venezuela a signé plusieurs Accords bilatéraux, et un accord multilatéral.

.Mauritanie : Accord de coopération énergétique : hydrocarbures

.Afrique du Sud : Gaz et Pétrole

.Sierra Leone : Accord en matière d’Energie, agricole, économique, social, culturel, environnemental, sanitaire, scientifique, technologique et télécommunications, éducatif, (surtout) secteur minier.

.Guinée Bissau : Accord entre Telesur (TV vénézuélienne) et Television de Guinée Bissau.

.F.A.O. : Accord de coopération

Les enseignements de ce Sommet sont nombreux. En effet, de nombreux point ont été abordes, et ce, dans l’intérêt mutuel de chaque région : Afrique et Amérique du Sud. Cependant, il faut s’arrêter sur divers points. Le tout n’est pas de rédiger de belles déclarations, ce qui est, hélas, trop souvent le cas, dans des réunions de ce genre. Dans le cas d’espèce, les pays africains doivent absolument mettre les bouchées triples, s’ils réellement ils veulent voir aboutir l’ensemble des résolutions par eux, émises.

Notons que certains dirigeants des deux entités ont parlé de la création d’une alliance militaire du Sud, qui serait la réponse a l’Alliance Atlantique, en d’autres mots, à l’O.T.A.N. Je crois que c’est le premier point où il faut sérieusement réfléchir. L’Afrique a-t-elle vraiment besoin d’investir dans un tel programme ? Quand bien même elle le ferait, soyons tout de même réaliste, d’où viendraient les fonds pour pouvoir se comparer aux dépenses effectuées par les pays de l’O.T.A.N. ? A mon sens il s’agit d’une utopie, d’une folie, d’une aventure, dans laquelle il ne faut absolument pas se lancer, si, je dis bien, il s’agirait de faire une (fausse) concurrence à l’O.T.A.N. On peut envisager une coopération militaire, certes, mais raisonnable. Je dirai encore que ce n’est même pas une priorité pour l’Afrique, bien que celle-ci soit l’objet de plusieurs foyers de guerres (civiles ou non). Que l’Union Africaine, et les Casques Bleus fassent leur travail.

Sur le plan politique et institutionnel, au delà dune accroissement de la coopération politique entre les 2 parties, qui est louable, souhaitable, et hautement envisagée, il faut là encore, faire preuve d’efficacité. Pour ce faire, il faut déjà que ses propres institutions fonctionnement normalement, car comment travailler avec les autres, si nous ne sommes pas capables d’être en harmonie avec soi-même, et surtout si nous sommes en quête permanente d’efficacité ? Comment vouloir coopérer si nous ne sommes même pas présents aux Sommet ?

Je me réfère ici à la C.E.M.A.C. et à la S.A.D.C., qui ont brillé par leur absence totale à ce deuxième Sommet Amérique du Sud – Afrique, alors que la C.E.D.E.A.O. était représentée par son Président. Nous devons donc en conclure que les pays d’Afrique de l’Ouest sont ceux qui semblent vouloir le plus que cette coopération soit significative, alors que l’Afrique centrale et australe sont à la traîne. Ceci en dit long sur la suite de cette coopération institutionnelle, si toutefois les choses ne bougent pas. Il faut espérer qu’elles changent, et que nos dirigeants en soient conscients. Pour cela, ils doivent bien évidemment d’abord appliquer la regle de l’efficacité dans leurs institutions sous-régionales.

Il en est de même pour la coopération économique. Avant d’aller plus loin avec l’Amérique du Sud, nous devons envisager nos progrès par nous-mêmes, c’est-à-dire rendre nos économies plus performantes de façon générale. C’est ainsi que nous aurons plus d’arguments à faire valoir avec nos partenaires, et la coopération entre les 2 entités en sortira plus grandie.
Je persiste à dire que l’Afrique a tout à gagner de ce partenariat avec une autre entité du Sud, avancée en bien des domaines.

Pour terminer, sur le plan des rapports internationaux entre institutions, je dois souligner deux points. Le premier a trait à la coopération bi-régionale. Si nous souhaitons avancer considérablement, alors il me semble que nos institutions régionales doivent avancer à grands pas. Pour cela, je n’hésite pas à affirmer que l’Union Africaine doit avoir un siège d’Observateur auprès de l’O.E.A. (Organisation des Etats Américains) et bien entendu vice-versa. La C.E.D.E.A.O., la C.E.M.A.C., la S.A.D.C., doivent intensifier la coopération avec le MER.CO.SUR, et les autres institutions sous-régionales d’Amérique du Sud.

Toujours concernant les relations institutionnelles, les pays doivent faire pression afin que le Conseil de Sécurité des Nations Unies soit (enfin !) reformé. Il ne fait plus aucun doute que des leaders régionaux des deux continents frappent avec insistance à la porte du Conseil de Sécurité : Brésil, Afrique du Sud, Egypte, Nigeria. L’incorporation d’un pays par région serait appréciable.

Je précise qu’il a été aussi question de créer une coopération entre les Instituts diplomatiques des 2 régions. J’ai toujours appelé cette idée de mes v ux, car cela permettra aux futurs diplomates d’ouvrir leur champ de compétences, dans bien des domaines, et non plus s’intéresser uniquement à l’Europe ou aux Etats-Unis d’Amérique. Le propre d’un diplomate est d’avoir une vision approfondie du monde, au pire une vision globale.

En tous les cas, ces Sommets doivent à tout prix être réguliers, comme prévu, sur la base de tous les 2 ans. Le prochain Sommet en Libye, nous donnera certainement une idée plus claire de ce qu’on peut réellement accomplir entre deux parties du monde qui se sont, malheureusement, sous estimées pendant de trop nombreuses années, je dirai, qui n’ont pas mesure l’ampleur de leurs potentialités. J’ajoute qu’il ne s’agit pas de former un front anti-Nord, mais de mieux faire face aux pays du Nord, avec lesquels une refonte significative de nos relations doit être envisagée. Toutefois, il n’est jamais trop tard pour bien faire.

ASA 2009
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A SAVOIR

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