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«Quel Cameroun voulons-nous pour nos enfants ?»

Par Joseph Le, directeur adjoint du Cabinet Civil, chef de la cellule de communication de la présidence de la République du Cameroun

L’interpellation, le lundi 16 avril 2012 à Yaoundé, de deux personnalités ayant occupé de hautes fonctions au sein de l’appareil étatique et leur mise en détention préventive ont suscité des réactions contrastées dans l’opinion, et en particulier, dans la presse nationale et internationale. Pour la majorité des Camerounais, il s’agit de la poursuite normale et même de l’intensification de la lutte engagée par le Chef de l’Etat, Son Excellence Paul BIYA, contre la corruption et le détournement des deniers publics. Pour une certaine opinion, ce serait une épuration politique visant à éliminer les potentiels concurrents de la course à la succession à la tête de l’Etat. Plus aucune économie n’est faite dans différents espaces par les tenants de la seconde thèse, en termes de discours mélangeant désapprobation, dénigrement, haine et prédictions apocalyptiques. De leur point de vue, les interpellations sus-évoquées seraient de nature à provoquer, sinon une guerre de sécession, du moins des mouvements sociaux et politiques hostiles aux institutions républicaines.

Une telle vision des choses appelle au moins trois observations :
Ceux qui remettent en cause l’opération en cours voudraient politiser une action destinée à assainir les m urs publiques au Cameroun. Les cris d’orfraie entendus ces temps-ci, selon les origines ou la consonance de certains noms, sont de nature à faire croire que certains sont au-dessus de la loi ou, à tout le moins, bénéficieraient du parapluie de l’impunité ; cependant que d’autres n’auraient derrière eux aucune organisation politique, religieuse, ethno-tribale ou médiatique (eh oui) pour les « victimiser » outre mesure. Cette opération se fonde sur les faits palpables, objectifs et rigoureusement vérifiables, si tant est que le souci de ceux qui s’obstinent aujourd’hui à prendre à partie les institutions étatiques soit de connaître la vérité et de la faire partager à l’opinion nationale et internationale. Cette opération est placée sous l’autorité des institutions judiciaires de notre pays qui assument déjà, dans les affaires similaires en cours, leurs missions et responsabilités républicaines, en toute âme et conscience. Il faut donc laisser le soin à la justice de jouer son rôle constitutionnel. Il convient, dès lors, de rappeler que la lutte contre la corruption ne date point d’aujourd’hui, et qu’elle trouve ses racines profondes dans les préceptes de rigueur et de moralisation prônés dès les tous premiers moments de l’accession du Président Paul BIYA à la Magistrature Suprême du Cameroun. Et, ces 6 derniers mois, un peu avant, pendant et après la campagne électorale pour la présidentielle, il n’a pas cessé de rappeler que, loin d’avoir du plomb dans l’aile, la lutte contre la corruption allait se poursuivre, et même s’intensifier. A première vue, rien de véritablement nouveau sur le tableau, tant les mêmes arguments ont été ressassés lors des interpellations similaires ayant impliqué ceux-là qui ont été présentés comme « membres du G11 » dont l’objectif serait la conquête du pouvoir suprême, pendant que l’Etat faisait prévaloir sa détermination à assainir les m urs. Mais, fait significatif à relever, les deux cas du 16 avril dernier semblent mobiliser au-delà du fief natal et du cercle politique pour impliquer de hauts responsables d’un pays ami, partenaire privilégié du Cameroun. En même temps, sont évoqués des risques de partition du Cameroun (suivant un modèle encore d’actualité en Afrique de l’Ouest) ou d’invasion d’une partie de notre territoire par une secte très active dans un pays voisin, limitrophe des Régions septentrionales.

L’heure est à l’action
Et pourtant, le Chef de l’Etat, Son Excellence Paul BIYA, n’a eu de cesse d’affirmer sa détermination à aller « jusqu’au bout » dans la lutte contre la corruption et/ou le détournement des deniers publics. Morceaux choisis, parmi les plus récents :
– Le 15 septembre 2011, à l’occasion du 3ème Congrès ordinaire du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), il déclare dans son discours d’ouverture et de politique générale : « Sachez, Mesdames, Messieurs et Chers Camarades, que ma détermination à combattre ce fléau est totale et que la lutte contre la corruption va se poursuivre en s’in-ten-si-fiant, sans complaisance, sans discrimination, indépendamment du statut social ou de l’appartenance politique des personnes incriminées ; personne ne pourra se considérer comme étant au-dessus des lois » ;

– Dans sa profession de foi comme candidat à l’élection présidentielle du 9 octobre 2011, il pose le diagnostic et prescrit la thérapeutique : « La corruption est aussi un facteur de discrimination sociale qui accentue les inégalités et mine la morale publique. L’enrichissement illicite de quelques uns, notamment les atteintes à la fortune publique appauvrit l’ensemble de la population et foule aux pieds les valeurs de travail et d’effort. Je poursuivrai sans relâche la lutte que nous avons engagée pour assainir la morale publique et réduire la corruption à sa plus simple expression » ;

– Le 6 octobre 2011, face aux investisseurs et autres entrepreneurs rassemblés à Douala pour écouter son discours de campagne électorale, le Chef de l’Etat prend un engagement solennel : « De mon côté, je renouvelle mon engagement à poursuivre une lutte inexorable et sans merci contre la corruption. La corruption est un crime et doit être traitée comme tel !!! La corruption est non seulement un crime moral, mais aussi un crime économique, car elle ampute dans de larges proportions nos possibilités financières, et nous prive de fonds nécessaires à nos réalisations par des détournements inacceptables. Dans cette lutte, personne ne pourra plus jamais se prévaloir d’être au-dessus des lois » ;

– Le 31 décembre 2011, dans son message à la Nation, le Chef de l’Etat persiste et signe : « Autre ennemi sournois et redoutable, la corruption. Elle est non seulement coupable de prélever une part importante de la fortune publique, mais également responsable du retard dans la réalisation des projets indispensables au redressement économique de notre pays. J’ai dit à plusieurs reprises, que nous continuerons sans relâche le combat contre ce fléau. La création du Tribunal Criminel Spécial, dont on peut attendre une accélération des procédures en cours et, on peut l’espérer, le reversement des sommes détournées, illustre notre détermination en la matière ».

Ainsi donc, en moins de 4 mois, le Président Paul Biya se sera engagé par quatre fois, au moins, à éradiquer la corruption ou, selon ces propres termes, « à la réduire à sa plus simple expression ». La moyenne qui en découle montre à quel point la question lui tient à c ur. Il passe de la parole aux actes après la longue période pédagogique et même didactique qui a commencé le 6 novembre 1982, date de sa toute première prestation de serment au cours de laquelle il avait pris l’engagement de placer son action à la tête de l’Etat sous le quadruple signe de la démocratisation, de la libéralisation, de la rigueur et de la moralisation. Comme promis, le temps n’est plus aux discours qui ont fait croire à une rhétorique itérative destinée à camoufler les tares d’un régime accusé, à tort ou à raison, (plus à tort qu’à raison), d’impunité, d’inertie, de manque d’anticipation, etc. Plutôt que de célébrer le retour au Renouveau originel tant réclamé, plutôt que de saluer l’avènement de la« République exemplaire » tant souhaitée et si chère au promoteur du Renouveau National, adepte de la politique de rigueur et de moralisation, d’où vient-il que l’on veuille assimiler et réduire un combat aussi noble à quelque opération de cure ou d’épuration politique ? D’où vient-il que l’on aille chercher si loin dans le temps et dans l’espace géographique, pour comparer le Cameroun de Paul Biya à un régime dont les méthodes sont restées tristement célèbres depuis le début du 20ème siècle ? D’où vient-il que ceux-là mêmes qui, hier, taxaient le régime du Renouveau d’indolent, de laxiste, d’inerte ou encore de « paradis de l’impunité » s’émeuvent tant lorsque la phase répressive du processus d’assainissement des m urs publiques est rendue effective ? Pour se convaincre de la noblesse des objectifs liés à la vaste opération d’assainissement des m urs en cours, il suffit pourtant de convoquer le dispositif institutionnel mis en place et visant à lutter contre la corruption au Cameroun :
– L’Agence de Régulation des Marchés Publics (ARMP), créée en 2001, dont les attributions se résument en trois mots : transparence, compétitivité et objectivité dans le cadre de la régulation, du suivi et de l’évaluation du système des marchés publics ;

– L’Agence Nationale d’Investigation Financière (ANIF), créée en 2005, dont la mission est de lutter contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme ;

– La Chambre des Comptes qui, depuis 2006, juge de la régularité des comptes de l’Administration Publique et de ses démembrements ;

– La Commission Nationale Anti-corruption (CONAC), créée en 2006, qui a pour mission de suivre et d’évaluer l’application effective du plan gouvernemental de lutte contre la corruption, est passée, en quelques années, de la phase pédagogique et de sensibilisation à une phase véritablement opérationnelle.

A l’action de ces structures, s’ajoute le rôle de plus en plus prépondérant du Contrôle Supérieur de l’Etat en matière de détermination des responsabilités et de sanction des fautes de gestion des ordonnateurs et gestionnaires de crédits publics ainsi que des surveillants de la fortune publique. Dans le cadre de la mise en uvre des très hautes directives présidentielles, le Ministre délégué à la Présidence de la République chargé du Contrôle Supérieur de l’Etat a engagé la constitution d’un fichier actualisé des gestionnaires publics sanctionnés par le Conseil de Discipline Budgétaire et Financière (CDBF). Celui-ci récapitule les personnes frappées d’amendes spéciales ou des déchéances prévues par les textes organiques et valant interdiction, pour elles, d’exercer des fonctions de gestion ou de surveillant de la fortune publique, pendant une durée déterminée. Parallèlement, un coup d’accélérateur est donné au traitement des affaires soumises au Conseil de Discipline Budgétaire et Financière qui, au cours de la période avril – décembre 2012, tiendra en moyenne trois sessions par mois. En conséquence, l’opération mains propres au Cameroun, dénommée « opération Epervier » par la presse, ne vise nullement à l’élimination de quelque adversaire politique. Bien au contraire, elle ambitionne même de préparer le terrain aux hommes politiques, probables dirigeants du Cameroun de demain, appelés à s’arrimer aux exigences de bonne gouvernance et de modernité, socle de la République exemplaire en cours d’édification sous l’heureuse et décisive impulsion du Président de la République, Son Excellence Paul Biya.
A sa manière, il répond à la question qu’il nous avait posée, à nous tous, ses compatriotes, à Bamenda en 1985 :« Quel Cameroun voulons-nous pour nos enfants ? ».

C’est donc faire preuve de mauvaise foi flagrante que de chercher, derrière la vague d’interpellations de certaines personnalités, des motivations autres que celles liées à la campagne d’assainissement des m urs publiques au Cameroun. Le peuple Camerounais est témoin de l’engagement inlassable du Chef de l’Etat à bâtir une République exemplaire, dépouillée des miasmes de la mal-gouvernance. Toute autre interprétation tient de la ruse, de la mauvaise foi et de la volonté de distraire une opinion majoritairement acquise à la lutte contre la corruption au Cameroun.


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