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Quel est l’état de la liberté de la presse au Cameroun?

Haman Mana, directeur de publication du quotidien le Jour donne son avis! Interview

Le 3 mai est la journée mondiale de la liberté de la presse. Quel est selon vous l’état de la liberté de la presse au Cameroun?
On ne peut plus parler de la liberté de la presse au Cameroun, en les mêmes termes qu’au début des années 90. Aujourd’hui, les enjeux, les données ne sont plus les mêmes. La liberté de la presse en tant que telle est menacée économiquement et non politiquement, comme c’était le cas à l’époque. La presse quotidienne non étatique, celle qui fait l’opinion, celle qui est la tribune du discours non officiel, est
diversifiée, jouit d’une bonne marge, mais est économiquement assez faible. Elle peut donc être fragile, face à un certain nombre de pressions.

Pendant les émeutes de février 2008, on a eu une radio fermée, des journalistes censurées sur le principe sacrosaint de la paix sociale. N’est ce pas une forme de privation du droit à l’information?
Les fermetures de radios pendant les émeutes de 2008 sont le fait de la brutalité et de la bêtise de certains responsables zélés, bien plus que d’une volonté réelle de muselage. Puisque dans le même temps, d’autres supports d’information ont continué à fonctionner normalement…

Par ailleurs, le paysage médiatique camerounais s’est « enrichie » ces dernières années de journaux « alimentaires » et la profession de « journalistes du Hilton » qui ont comme fond de commerce les polémiques et les dénonciations. Le problème ne vient-il pas du manque d’organisation réel de la profession?
Ce que l’on désigne le journalisme du Hilton, c’est tout simplement un dysfonctionnement du système médiatique camerounais. A la marge du journalisme classique, il prospère à la marge, des franc-tireurs qui vivent de « coups », à la manière de tueurs à gages. Ce marécage journalistique est entretenu par les eaux polluées des querelles politiques camerounaises et leurs règlements de comptes…

Que faut -il faire?
A Mon avis, il faut laisser le lecteur faire son choix, et les lois du pays s’appliquer. Il n’est pas possible de créer une espèce de « police des m urs journalistiques », qui frapperait les déviants. le métier est dans une certaine phase de sa construction, il faut laisser les choses suivre leur chemin. Quoi qu’on dise, le paysage médiatique se décante de plus en plus: Le premier quotidien privé a vu le jour en 2002. A nos jours, il y en a quatre…

Haman Mana
journalducameroun.com)/n

Le 16 avril dernier, Jean-Baptiste Biaye de « Prospective Nouvelle » et Pierre Clément Tjomb de « Envoyé spécial » sont élus par leurs confrères pour représenter la presse écrite au conseil national de la publicité (Cnp). Alors que vous étiez manifestement en lice. Que s’est il passé réellement?
Je n’étais pas candidat à cette élection. Je n’étais pas présent à cet endroit. Un de mes collaborateurs qui s’y trouvait a cru bon devoir présenter ma candidature en mon absence. C’est tout.

Le désistement des Directeurs de publication des quotidiens ne traduit il pas un état de sédition envers le ministère de tutelle?
Sédition: un grand mot; Il y a sédition lorsque des personnes ont un lien de subordination. Nous sommes des entités privées, qui ne « dépendent  » pas d’un ministre… A la limite les journaux peuvent bien exister, sans un ministère de la communication. Vous voyez, dans tous ces grands pays du monde où il n’y a pas de ministère le la communication: les journaux sont bien là et font leur travail d’information…

Est ce que les journaux privés, par ailleurs le journal le Jour ont reçu assez de moyens pour la couverture de la visite du Pape? Le ministère a t-il accédé à toutes vos requêtes?
Le Jour N’a pas reçu des moyens pour la couverture de la visite du pape; Sur le plan pratique, le Jour n’avait pas besoin de moyens démesurés pour le faire. et c’est un travail qui si je m’en tiens au courrier des lecteurs, a été bien fait dans notre journal.

Sur un tout autre plan, vous avez été chargé par les autres directeurs de publication d’essayer de trouver des solutions au piratage et au pillage dont vous êtes l’objet de la part de certains sites Internet qui se réclament d’information. Où en est la procédure?
Nous avons déjà saisi un certain nombre de nos conseillers juridiques le moment venu, vous saurez ce que nous entendons faire pour que cesse le piratage de nos contenus par des personnes qui ne font d’autre effort que celui du copier coller, et qui vivent éhontément dans le confort des pays occidentaux, grâce au travail d’autres personnes.

Le jour sera en kiosque le samedi désormais. Peut on parler d’avancée?
Non, c’est juste un arrimage sur les standards internationaux.Dans tous les pays du monde, les quotidiens paraissent le samedi…

Jeune Afrique vous classe cette semaine parmi les 50 personnes qui comptent au Cameroun, votre commentaire.
C’est la manière de voir de jeune Afrique. Même si cela me flatte, cela doit être pondéré par le fait qu’il y a au Cameroun, des gens vraiment importants et puissants qui ne sont pas dans cette galerie de portraits. Pour le reste, je crois que dans le domaine de la presse, il y a encore tellement de choses à faire chez nous …

Le Jour
journalducameroun.com)/n
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