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Quelle culture spirituelle pour l’Afrique?

Pr Olivier Bilé

Entre spiritualités révélées et spiritualités ancestrales, le Pr Olivier Bilé propose une grille de lecture et une piste de solution adaptée aux réalités du continent.

Une certaine catégorie d’Africains a bien raison de penser que les questions de culture, de spiritualité et de religion sont fondamentales dans l’accomplissement du destin d’un peuple. Ces derniers n’ont pas tort de dire que si l’orientation religieuse et spirituelle est ratée ou faussée, ce peuple a des chances de se trouver égaré, sans repères et sans perspective d’un  développement digne de ce nom, tant il serait ancré dans des valeurs fécondantes. Cela étant dit,  il faut cependant indiquer que cette catégorie de penseurs africains se méprend généralement sur ces différentes notions de culture, de spiritualité et de religion.
La grille de lecture est totalement faussée lorsqu’ils conçoivent le monde comme un lieu de cloisonnement culturel et spirituel, une sorte de d’espace de balkanisation religieuse et culturelle où chacun prétendait vivre dans la seule culture de ses ancêtres les plus lointains. Ils ignorent ou oublient que l’humanité a toujours été un vaste et perpétuel espace de transactions  et d’interactions culturelles de toute nature au sein duquel les vecteurs les plus puissants et les plus robustes de la culture, de la science et de la technique, de la philosophie et de la spiritualité, ont toujours fait l’objet et continuent à faire l’objet d’importations et d’exportations entre les peuples.
À titre d’exemple, la langue française dont nous nous servons actuellement avec son alphabet ainsi que ses référents culturels, la technologie numérique contemporaine, qui nous permet dans nos groupes WhatsApp et dans d’autres situations, de discuter et de partager des éléments de connaissance, ont été développés ailleurs,  ne viennent sans doute pas de notre culture africaine ancestrale au sens où on l’entend. Nous sommes cependant bien contents de nous en servir et cela ne nous pose pas de problème de savoir que tout cela vient d’ailleurs. Lorsque nous utilisons la voiture, l’avion, le train ou le métro pour nous rendre d’un endroit vers un autre, ça ne nous pose aucun problème de savoir que nous utilisons une technologie qui n’est pas supposée avoir des rapports de quelque nature que ce soit avec nos rituels et nos cultures traditionnelles africaines.
Quand nous allons en pharmacie, à l’hôpital, dans des immeubles de 50 ou 100 étages avec ascenseur ultramoderne ou lorsque nous accomplissons toutes sortes d’activités sociales ou économique en lien avec les réalités du monde moderne, cela ne nous embête pas trop de savoir que tous ces éléments de science et de technologie seraient issus et ont été développés au sein du monde occidental postmoderne. Je suis de ceux qui pensent modestement que la planète Terre a toujours gagné à être un espace d’interactions entre les peuples qui la composent, qui sont toujours allés chercher le meilleur là où il existe.
Les historiens comme Cheikh Anta Diop nous rappellent à juste titre le caractère de berceau de l’humanité de l’Afrique. Ils nous racontent comment les chercheurs de la Grèce antique tels Hérodote, Thalès de Milet et bien d’autres,  se rendaient en Égypte africaine pour y puiser des éléments de savoir et de connaissance liés aussi bien aux mathématiques, à la géométrie, à la philosophie, à l’agronomie, aux sciences de l’ingénieur ainsi qu’à nombre d’autres disciplines scientifiques et culturelles qu’ils ont abondamment exportées dans l’univers greco-romain qui à son tour,  s’est employé à se les approprier tout en les diffusant dans sa zone d’influence géopolitique.
Souvent par ignorance, beaucoup d’Africains fustigent le christianisme en croyant que ce dernier est issu d’Occident. Ils ignorent en fait que le christianisme des origines est issu du Proche-Orient à proximité d’Afrique ici et que Jésus-Christ de Nazareth qui en est l’inspirateur doctrinal est né près de nous ici à Bethléem en Judée. Mais aussi que lorsqu’un certain roi Hérode menaçant d’attenter à sa vie lorsqu’il apprit que le Messie était né , c’est bien en Égypte africaine ici chez nous que ses parents vinrent le cacher.
Il est fort surprenant de constater que les pourfendeurs du christianisme ne s’attaquent jamais aux sociétés secrètes et aux très malfaisants  cénacles occultistes occidentaux qui, pour l’essentiel, ont mis en œuvre diverses  techniques et de subtils dispositifs pour retenir l’élite globale d’Afrique captive. Franc-maçonnerie, Rose-Croix et autres cercles ésotériques contrôlant nos États sont occultés. Cette catégorie d’Africains, heureusement bien infime, préfère souvent s’attaquer au christianisme. Ils ne sont souvent même pas conscients que ce christianisme là dont ils imputent, par ignorance, les origines à l’Europe coloniale, n’y existe quasiment plus, le monde européen étant considérablement  déchristianisé depuis des siècles.
Ce qu’il faut dire aussi c’est que cette Europe, que singe cette élite intellectuelle africaine sur beaucoup d’autres plans, a elle-même, abandonné cet ensemble de pratiques et de rituels ancestraux dans la période de l’Antiquité puis du Moyen-Âge, lorsqu’elle fut elle-même en ces temps là, touchée et impactée par la doctrine religieuse du christianisme. l’Europe était en effet un univers où se pratiquaient la magie, les rituels culturels ancestraux et traditionnels, des cultes aux morts et aux phénomènes naturels, la sorcellerie, les pratiques mystiques de toute nature, et dont les peuples de cette époque se sont rendus compte de la vacuité et de l’improductivité.
En épousant le christianisme venu d’Orient à travers l’action de diffusion robuste de l’apôtre Paul, disciple du Christ et ses autres condisciples, les Européens avaient, au départ, pris la bonne voie. Malheureusement, ils ont fini par déviriliser ce même christianisme traditionnel en le vidant de sa véritable substance vivifiante et salvatrice. En le mélangeant à beaucoup trop d’éléments de culture et de traditions locales, en l’éloignant de la radicalité doctrinale caractéristiques du christianisme authentique dont la vocation, il faut le dire ici, est hautement universelle, en l’éloignant des bonnes valeurs éthiques et morales fondamentales supposées gouverner le comportement des gouvernants et des gouvernés, ils ont fini par produire un modèle de christianisme auquel eux-mêmes on fini par tourner le dos à partir du 17e et du 18e siècles. l’Europe aujourd’hui n’est plus une civilisation d’extraction judéo-chrétienne, mais plutôt une civilisation centrée dans des dynamiques et des valeurs artistes, une atheo-civilisation du matérialisme et du libido -libéralisme.
Il est important de revenir maintenant à l’Afrique pour constater qu’elle a connu deux types de christianisme. D’une part, ce modèle de christianisme colonial s’exporte vers elle précisément par des acteurs européens. Ledit modèle qui avait déjà montré ses limites dans l’univers européen en occasionnant une déchristianisation massive de la société en raison de dérives de toute nature mais aussi du délavage doctrinal opéré, ne pouvait raisonnablement pas apporter une véritable dynamique de libération et d’émancipation au contexte et au peuple africain. Le plus grave est que ce modèle de christianisme avait vocation, aux origines, à accompagner l’œuvre coloniale et le projet d’asservissement de l’Afrique. Lorsqu’un système religieux apparaît de manière incontestable, comme étant en collusion avec le système et l’ordre néocolonial en vigueur, il est évident que ce dernier ne peut objectivement contribuer à la Libération et à l’émancipation souhaitable du peuple.
Cela étant dit, il est absolument nécessaire d’élargir la grille d’analyse maintenant pour considérer que le christianisme authentique, le christianisme qui libère en affirmant dans son esprit et sa lettre que:  vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libre, n’a rien à voir en réalité, avec tous les égarements doctrinaux et humains opérés relativement à ce modèle de christianisme.
Je voudrais ici faire une analyse la plus objective et la plus honnête possible, à l’exclusion de tout fanatisme de chapelle. Voilà pourquoi je veux inviter les pourfendeurs africains du christianisme à mieux connaître ce courant religieux et spirituel qui reste et demeure le plus puissant de la planète tant du point de vue de son implantation géographique que des effets positifs opérés dans la vie de milliards de personnes. Il est bon en effet de le découvrir véritablement pour savoir que son véritable paradigme est un véritable facteur de libération, de guérison, de transformation de vies entières, et qu’il est, en réalité, le seul vecteur spirituel susceptible de nous aider à nous affranchir des affres de la domination néo et en coloniale.
Chacun a bien constaté que par le passé, dans les temps de l’esclavage, de la traite négrière ou de la conquête coloniale, nos religions, cultures et spiritualités locales, traditionnelles et ancestrales n’ont pas pu nous préserver et triompher des invasions extérieures. Ce n’est pas en faisant de nouveau appel à ces valeurs en réveillant ce cadastre culturel et spirituel, que nous pourrions nous en sortir, tant qu’il est vrai qu’il ne nous a aucunement servi naguère face à l’adversité européenne.
Je voudrais d’ailleurs saisir l’occasion de ce propos pour indiquer aussi que les rituels traditionnels et ancestraux autour de la mort ou autour de la célébration de toutes sortes d’événements a parfaitement été et reste encore l’occasion pour certains manœuvriers des ténèbres et de l’invisible, de provoquer des maladies, de briser des destins, de poser des actes maléfiques dont la grande amplitude en termes de niveau de malveillance, cause des dommages incalculables à nos concitoyens africains et camerounais ainsi qu’à l’ensemble de nos structures sociales. Envoûtements, possessions maléfiques, maladies étranges et mystiques, liens malveillants et destructeurs sont le lot des Africains en lien avec  ces rituels ancestraux promus par certains.
Si les Européens avaient abandonné les mêmes types de pratiques et les mêmes cadastres mystiques ancestraux, c’est bien parce qu’ils avaient constaté le niveau de nocivité des dites pratiques ainsi que leur incapacité à faire évoluer la société générale vers le progrès et la modernité. Il est donc aussi vain qu’inutile de tenter d’orienter l’Afrique dans de tels itinéraires et perspectives illusoires.
Je suis bien conscient de la situation d’égarement d’une certaine catégorie de notre élite et de nos populations qui ne parviennent plus à faire la part des choses. Mon peuple périt faute de connaissance, disent les écritures.
Il me semble plus pertinent et plus opportun de rechercher les voies et sentiers de ce christianisme vrai et authentique qui pose que: vous connaîtrez la vérité et la vérité vous affranchira. La puissance et la bienveillance infinies du message de l’Évangile de Jésus-Christ de Nazareth, sa portée universelle jamais démentie depuis son émergence dans le monde et au sein de l’humanité depuis plus de deux millénaires, est bel et bien la preuve qu’il représente le Chemin, la Vérité et la Vie.
Je précise cependant, en guise de conclusion, que si je suis favorable au dialogue des civilisations qui doit être un dialogue respectueux de tous les acteurs en présence, je reste défavorable à l’idée qu’il faille importer tout et n’importe quoi venant de l’altérité. Je pense qu’il faut aller chercher ce qui est bon ailleurs et travailler à l’améliorer au maximum. Nombre de valeurs sociétales issues du monde occidental doivent être répudiées sans réserve et tenues à distance de notre univers africain. Les théories du genre, le transhumanisme, les cultures LGBT et autres dérives de même nature, doivent être fermement tenues à l’écart de notre espace culturel africain.
De ce point de vue, nous sommes parfaitement en phase avec la doctrine fondamentale du christianisme authentique qui reprend et rejette ce type de culture dont chacun sait désormais, qu’elle conduisit aux épisodes destructeurs de Sodome et Gomorrhe.
Aujourd’hui principale promotrice et championne du christianisme authentique qu’elle gagnera cependant à affiner et à rendre plus combative, dans le cadre de ce qu’il faut inscrire au registre d’une véritable théologie de la libération, l’Afrique apparaît comme le David de l’humanité qui vaincra les Goliath de la perdition et de l’égarement culturels et spirituels.


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