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Quelles Leçons le Cameroun peut-il des derniers événements ou à venir pour faire face au défi sécuritaire?

Par Adrien Macaire Lemdja

La libération des 7 otages français kidnappés par des ravisseurs se réclamant de Boko Haram a été un ouf de soulagement pour les intéressés, leurs familles, le Cameroun dont le territoire doit être un sanctuaire, la France et le Nigéria qui, dans cette affaire, a servi, contre son gré, de base de repli pour les preneurs d’otages. Cet enlèvement n’est ni le premier ni le dernier si nous ne tirons pas de bonnes leçons pour prendre des mesures adéquates. En effet, dans la nuit du 30 au 31 octobre 2008, dix otages (7 Français, 2 Camerounais et 1 Tunisien) avaient été la cible des preneurs d’otages sur un bateau du groupe français Bourbon travaillant dans le secteur pétrolier, au large de Bakassi. Toujours dans le septentrion, depuis de nombreuses années, les camerounais sont l’objet de prises d’otages. Il en est de même dans l’Adamaoua et dans l’Est. Dans tous ces cas de figure, nous constatons de la part des preneurs d’otages un modus operandi identique. Ils viennent pour la plupart des pays voisins avec lesquels nous avons des longues frontières, en proie à l’instabilité, connaissant ou ayant connu des conflits asymétriques. Ils bénéficient très souvent des complicités actives et/ou passives des populations locales. Ils agissent, profitant de l’absence de présence de nos administrations ou de nos forces de l’ordre, pour commettre leurs forfaits et repartent de l’autre côté des frontières.

D’un dénouement réussi qui redore la destination Cameroun à une polémique stérile contreproductive sur les conditions de la libération des otages
Au lendemain de cette prise d’otages, les autorités françaises placèrent le Cameroun sur la liste rouge des pays à haut risque. Les ressortissants français dans la région septentrionale de notre pays reçurent même la consigne de la quitter. Comme une trainée de poudre, par contagion, les autorités canadiennes emboîtèrent le pas de la France. On peut imaginer, si Wikileaks pouvait le permettre à nouveau, que les câbles diplomatiques des principales chancelleries occidentales à Yaoundé avaient déjà conclu au pire, comme si un tel évènement dramatique ne se produisait que sous nos latitudes. Les prises d’otages, les histoires de forcenés alimentent régulièrement la chronique de l’actualité des pays « sentencieux » sans pour autant que les nôtres ne les classent sur une quelconque liste. Peut-être faudrait-il penser rapidement à une Black list faite par les « blacks » chaque fois qu’un attentat ou prise d’otages se produit hors de notre continent. Dans une discrétion qui sied à ce genre de situation, les pays protagonistes de cette malheureuse affaire, ne pouvant intervenir militairement et surtout courir le risque d’une mort certaine des otages, ont opté pour la négociation. Fallait-il encore s’assurer non seulement de l’identité du groupe des ravisseurs, de leurs revendications mais surtout de l’état de santé des otages. Toutes choses qui ont été vérifiées par la partie camerounaise, épaulée par les autorités nigérianes et françaises. La surprise de la libération des otages, pour la partie française (le consul français à Garoua, l’ambassadeur Bruno Gain et la Présidence Française ignoraient le dénouement n’eut été le câble de notre présidence) démontre que les autorités camerounaises ont géré de bout en bout la négociation dans un cloisonnement qui ne permet pas encore aux uns et autres d’indiquer avec exactitude et précision ce qui a été fait et par qui. Nous notons et c’est d’ailleurs le ministre français des affaires étrangères qui l’a révélé, lors de la réception des otages au palais d’Etoudi, « Mr le Président, j’ai appris à vous connaître, dans nos multiples entretiens téléphoniques parfois nocturnes », que l’unique contact dont disposait les autorités françaises dans cette affaire, était le président de la République, Paul Biya. Les propos de remerciement de Mr TanguyMoulin-Fournier à l’endroit du Président n’ont fait que confirmer notre thèse selon laquelle les autorités camerounaises ont été les maîtres d’ uvre de cette libération. Alors que l’on se serait attendu à une communion de la Nation entière, comme cela se passe dans toutes les grandes démocraties, autour de ce dénouement qui lève une hypothèque sur notre pays, indépendamment d’un gain politique que pourrait tirer le pouvoir au même titre que la partie française, nous assistons aux polémiques sur les conditions de la libération, sur une éventuelle rançon versée, sur l’identité des payeurs et l’origine des fonds. Polémique vaine et sans objet pour qui connait la gestion des affaires d’Etat en général et celle des évènements de ce type en particulier.

En effet ces questions accompagnent toujours les libérations d’otages partout dans le monde et les réponses des acteurs sont invariablement les mêmes, à savoir qu’aucune rançon n’a été versée. Et pour cause, les Etats ne veulent point créer des appels d’air et à ce titre, quand bien même il y aurait versement de rançon, la signature des Etats ne s’y trouverait pas. Laurent Fabius répondant à une interview à Jeune Afrique ne dit pas autre chose: « Nous respectons la règle fixée par le président de la République: la France ne paie pas de rançon. Il faut bien comprendre que si l’on suit une autre logique, on expose davantage encore nos ressortissants ». Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault et l’Elysée ont démenti vendredi 26 Avril une information d’i-Télé selon laquelle une rançon a été versée pour la libération des sept otages. Et pourquoi le Cameroun qui, d’ailleurs a été le premier à démentir une telle hypothèse, par la voie du porte-parole de son gouvernement, ne suivrait pas la même démarche ? Il faudrait vraiment être animé d’un complexe pour imaginer que nos autorités commettraient l’erreur de signer un tel acte. En tout cas si elles l’ont fait, ce serait à son désavantage. Au lieu d’ergoter, gloser sur les conditions de cette libération n’est-il pas urgent de réfléchir aux solutions que nous devons prendre pour faire face aux périls sécuritaires qui pointent à l’horizon ?

De la crise centrafricaine au rétablissement de notre pleine souveraineté à Bakassi, les défis sécuritaire ne manquent pas et ne manqueront pas
L’accélération des évènements en Centrafrique avec la chute du régime du Président Bozizé sous les coups de boutoir d’une coalition hétéroclite d’une horde de rebelles, a créé une nouvelle plaie de fixation pour notre pays. On croirait assister à une fourmilière sur laquelle on aurait donné un coup de pied. L’atomisation des forces loyalistes d’une part et la porosité de nos frontières d’autre part rendent précaire la situation sécuritaire dans la région de l’Est de notre pays, déjà en proie à l’insécurité du fait de l’exploitation de nombreuses richesses telles que l’or, le diamant et bientôt le fer. On signale déjà des armes qu’auraient vendues les ex-soldats pro-Bozizé aux délinquants camerounais. Tout porte à croire que la situation risque de se détériorer si les autorités ne prennent pas les mesures d’urgence. Il n’est pas à exclure non plus que le plein recouvrement de notre souveraineté à Bakassi, en Août ne s’accompagne de heurts avec certains éléments de la population nigériane de la presqu’île, instrumentalisés par des groupes qui ont intérêt à entretenir une instabilité pour continuer à alimenter leurs multiples trafics. En effet l’exceptionfiscalo-douanière qui prévaut jusqu’à présent, cessera d’exister. Les lois et dispositions camerounaises s’appliqueront de fait. Les populations nigérianes qui auront décidé de ne pas prendre la nationalité camerounaise se verront appliquer les dispositions relatives aux étrangers vivant sur le sol camerounais. Carte de séjour entre autre dont le coût rédhibitoire peut-être un élément d’achoppement et de tension supplémentaires. Les autorités auraient tort de baisser la garde, en se fondant notamment sur la pleine collaboration entre les deux gouvernements qui a permis le dénouement heureux de la prise d’otagesdes 7 français d’une part et aux résultats encourageants de la commission de démarcation de la frontière entre les deux pays d’autre part.

Tout comme dans l’Est où une inspection récente du MINDEF a révélé de nombreuses carences, nous devons, comme nous l’annoncions dans une publication (1), déjà en décembre 2010, bien avant le cinquantenaire des armées,célébré à Bamenda, identifier les risques, les menaces, potentiels et/ou avérés qui pèsent sur notre pays. A défaut d’une loi de programmation militaire, l’utilisation les budgets programme en vigueur pour doter nos forces de défense et de sécurité, de moyens adéquats et conséquents pour assurer l’intégrité de notre territoire. En attendant, en dépit des efforts consentis en équipements roulants pour nos forces aux frontières, il faudrait densifier le renseignement humain et l’échange avec les services des pays amis et/ou voisins. Ce combat sera néanmoins vain si le terreau de la misère, l’absence d’équipements de base et la présence inexistante des structures d’Etat dans ces coins reculés de notre pays n’auront pas trouvé un début de solutions. Quel est le bilan du plan d’urgence lancé pour Bakassi ? La commission sur les frontières est-elle réellement opérationnelle ? Espérons que les promesses de réalisations d’infrastructures dans ces régions, notamment à Bakassi avec un financement de 210 Milliards de Fcfa d’un groupe Sud-africain, permettront de gommer certaines insuffisances.

Adrien Macaire Lemdja
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