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Qu’est-ce que le Cameroun à l’heure de la transition actuelle ?

Par Bazou Batoula, militant upéciste umnyobiste

 

Lorsqu’en Juin 2016, je portais de manière hâtive une réflexion sur la transition politique qui s’annonçait au travers du livre « Cameroun, vers une transition apaisée », je m’attendais bien à ce qui nous arrive en ces temps. Cela fait 3 ans que je n’ai plus rien publié dans aucun média sur le Cameroun. Mais la semaine dernière, en date du 16 avril 2020, j’ai eu un véritable pincement lors de la sortie de Mr  l’ambassadeur de France au Cameroun.

Allez, faisons un peu de fiction. Imaginez un seul instant en France que le président Macron disparaisse de la circulation sans donner de nouvelles pendant environ un mois, que les membres du gouvernement et de son parti politique s’empressent à soumettre intensément à la pensée du peuple français l’idée que « le président, de là où il se trouve dirige normalement le pays. Il n’a pas besoin de se montrer pendant ce temps de haut combat contre la plus grande attaque d’après-guerre ». Imaginez ensuite qu’un opposant au régime de premier plan en France exige par tous les « bruits et agitations » que le chef de l’Etat fasse signe de vie au risque de glisser sous la coupe de la vacance au siège, et que ce soit l’ ambassadeur d’Allemagne qui vienne le sortir de son silence, au point de monter à TF1 pour rassurer le peuple français de la bonne santé du chef de l’Etat français.

Une fois que  vous vous représentez cette scène, si ça vous fait bizarre, alors vous pouvez comprendre ce que je puis ressentir lorsque j’observe cette parodie.

Les Enjeux

Ne nous y trompons pas. La transition politique au Cameroun est une bataille titanesque qui a déclenché bien avant 2017. Cette bataille met en branle plusieurs dimensions de combat. Il y a effectivement une guerre historique. En presque 50 ans, la France a objectivement main mise sur la géopolitique francophone africaine noire, et le Cameroun n’y échappe pas. Sauf qu’entre-temps, les couteaux se sont aiguisés, les vengeances se sont refroidies, les appétits se font salivés, et par-dessus tout, la vieille nostalgie des luttes de puissance reprend de plus belle. La conclusion est alors simple : La transition porte en elle une guerre de réorientation géopolitique au Cameroun.

Ensuite, il y a malheureusement, mais effectivement une guerre tribale au Cameroun. Exactement comme celle qui a vu le remplacement  des « Nordistes »  par  les « Beti/Bulus », exactement comme celle qui pense que le tour des « Bamilékés » est venu, exactement comme celle qui saigne par le sang rouge uniquement des « Anglophones » dans cette guerre du NoSo. Une fois que vous avez dessiné les agissements de ces 4 grandes familles politico-tribales du Cameroun en ces temps de transition politique donc, vous pouvez vous représenter la grandeur de l’enjeu. Si vous avez par contre un peu de temps, survolez les groupes dans les réseaux sociaux camerounais pour visualiser à la grande louche ce qu’on appellerait guerre politico-tribale.

Enfin, il demeure un impératif de construction socio-économico-securitaro-culturo-industriel immense. Peut-être que les gens ne s’en rendent pas bien compte. Il y a actuellement au Cameroun une réelle inadéquation entre l’offre et la demande des services d’une vie décente. Le pays a plus que jamais besoin d’investissements importants. Le pays a besoin de créer en 5 ans au moins 2 millions d’emplois décents par exemple. Le pays a besoin de remettre à niveau son appareil administratif, éducationnel, sanitaire, etc. Mais tout ceci n’a de sens que lorsqu’un seul grand train de développement est lancé, et ceci, dans une direction claire, simple et drivée par un leadership légitime et volontariste.

Or, regardez bien quelle est la vitesse actuelle du développement  au Cameroun. Demandons-nous en vérité quelle est la légitimité de nos leaders et quel est leur impact sur la force de nos réalisations. Observons en toute responsabilité les différents postes du budget de l’Etat et voyons si ceci est digne du rêve d’un grand pays. Le confinement sans accompagnements au vu de la riposte face au Covid-19 nous reste en travers. Y a-t-il vraiment une application basique des règles de la démocratie (avec l’expression réelle et authentique de la volonté des peuples et de leurs possibilités à gérer leurs propres affaires) ? Bref, l’enjeu d’un vrai pays moderne est plus que jamais actuel.

Les lignes

Il y a la ligne conservatrice qui est très à l’aise avec l’idée qu’il faille tout faire pour se maintenir au pouvoir (il parait que c’est le rôle d’un parti politique). Cette ligne est arrogante, elle est aussi disciplinée. Cette ligne arrange bien les affaires de la françafrique section Cameroun. Cette ligne offre 25% d’ouverture à toutes celles et ceux qui veulent s’y intégrer à condition de reconnaître la place de celui qui est aux commandes. Cette ligne ne se remet en question que très brutalement et surtout très tardivement. Ici, on accuse les détournements en dizaines de milliards de Cfa, et ici aussi on coffre les prévenus pour 50 à 100 ans. Celle ligne oppose à l’idée contraire la « force et la rigidité de la loi », la baston, et l’emprisonnement préventif absolu. Soyons d’accord qu’en l’espace de 20 ou 30 ans, les Camerounais s’y sont accommodés, mais en ont aussi terriblement souffert. Imaginez vous qu’il y a au moins 5 générations de jeunes diplômés qui portent un taux d’intégration sur le marché du travail décent à maxi 10% et 50% dans la pseudo débrouillardise. C’est normal que par accumulation, l’on se retrouve du jour au lendemain avec les  millions de chômeurs et d’inactifs, incapables d’envisager un compte fiscal permettant de planifier une quelconque finance publique.

Il y a la ligne des « renverseurs de table », portée par un mouvement ; Le mouvement Kamto & Cie. En fait, je dois reconnaître que le début ne permettait pas de vendre cher leur peau. Il a évidemment fallu l’implication des couches défavorisées,  la main mise de la diaspora (qui nouvellement s’implique dans la politique nationale), le courage de plusieurs relais médiatiques et diplomatiques, et surtout le sacrifice de certains leaders politiques qui ne comptent pas s’arrêter là où le régime en place fixe la limite. Un journaliste avait déjà indiqué que la hargne du mouvement Kamto & Cie permet finalement de dynamiser la question politique au Cameroun et surtout de renouveler la conscientisation populaire qui s’était évanouit avec la décapitation de l’UPC. Un historien camerounais avait aussi fait remarquer que le mouvement Kamto & cie constituait en fait un trouble grave dans la paisible quiétude de l’organisation du gré à gré en cours de téléchargement pour la succession de Biya. A l’heure actuelle, chacun peut constater que « Kamto fait réfléchir Yaoundé ». Cependant, cette ligne est malheureusement encore désorganisée, elle est encore fragilisée car massivement portée par de pauvres et naïfs hommes et femmes, dont la conscience politique frise parfois l’évangélisme. Toutefois, c’est fatalement v ers cette ligne qu’il faudrait aller chercher le vin nouveau pour faire renaître cet Etat de son profond sommeil. La raison est simple : On y prône le changement.

Il y a enfin la ligne du flou. Ah oui, c’est sur ce flou que repose actuellement l’équilibre de la balance politique en termes de rapport de forces. Mais pour combien de temps encore ? Nous voyons devant nos yeux que la guerre du NoSo a laissé place au covid-19, que pour de vrai, les morts là bas passent en second plan, et que surtout, ceci est une opportunité politique utilisée pour réduire ou accroître les niveaux de légitimations des loups et des lions. Nous v oyons devant nos yeux que les problèmes quotidiens du peuple sont laissés à l’abandon pour orienter l’attention vers le covid-19. Nous voyons comment les pays puissants profitent de cette crise pour humilier à nouveau les pays faibles. Croyez vous que les africains échapperont aux vaccins ? Vous croyez qu’il n’y aura pas l’aide financière mondiale pour aider les africains à faire face aux dysfonctionnements causées par le covid-19 ? Vous croyez que cette crise qui a remis en question les projections financières de retour sur investissement de plusieurs projets ne sera pas réutilisée pour demander compensation sur les pertes liées au covid-19 ? Vous croyez donc que la France n’utilisera pas cette opportunité supplémentaire pour rallonger sa place de choix dans le cœur de ses poulains de Yaoundé ?

Ma position

J’ai vu un régime frapper et enfermer des avocats qui manifestaient du fait que leur droit à l’usage de l’anglais des textes en anglais de l’Ohada était violé. Un régime a emprisonné pendant près de 2 ans déjà les militants d’un parti politique qui manifestaient pacifiquement pour une question post-électorale. Un régime n’a jamais véritablement enquêté sur les centaines de morts d’Eséka. Un régime ne nous a toujours pas dit ce qu’était l’affaire des milliards de MIDA. Un régime qui n’a toujours pas expliqué les ordinateurs de 32 ou 500 giga en plein début de campagne électorale. Un régime a fait venir au Cameroun de faux observateurs de Transparency pour légitimer une élection présidentielle sans honte aucune. Un régime a trafiqué plusieurs fois les résultats de l’entrée à l’Enam en frustrant les élèves méritants. Un régime a inondé l’espace de conscience populaire par des mouvements religieux et sectes de tous azimuts. Il a reçu l’organisation d’une CAN qu’il a échoué à réaliser devant nous tous, et pour lequel de centaines de milliards avaient été empruntés au nom de l’Etat du Cameroun en pleine période préélectorale. Un régime est engagé depuis 3 ans dans une guerre armée qui tue et détruit des milliers de familles au NoSo, et qui endeuille les centaines de familles de soldats. Ici, les gens n’ont toujours pas d’eau potable dans nos villes, les rationnements d’électricité sont devenus la norme quotidienne, devant nous tous, Camair-co a clairement disparu des airs. Les journalistes et patrons de médias sont ouvertement menacés en direct par les ministres. Toutes sortes d’information protégées du pays circulent sur les réseaux sociaux et le comble, c’est qu’il n’a jamais fait acte d’humilité et demande de pardon devant personne. Tout ce qui le critique est tourné en dérision.

Aujourd’hui, avec la scène de l’ambassadeur de France au Cameroun, ce régime là, je le dis clairement, vient de franchir un nouveau cap. Nous devons, fils et petits-fils d’Um Nyobé, en avoir honte, car le pays appelé Kamerun est en train d’aller en couille.

Indignons-nous.



A SAVOIR

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