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Questions à Jacques Fulbert Owono, auteur du livre «Les tribulations d’un jeune séminariste»

Dans ce livre largement autobiographique, il raconte ses mésaventures. Interview

A 11 ans d’où vous est venue votre vocation ?
Je dirais que je suis né dans une famille fortement croyante. Ma grand-mère surtout, paix à son âme, a su inculquer à ses enfants et à nous, ses petits-fils, l’idéal de foi et d’amour à la suite du Christ. Elle a marqué dans nos esprits que la richesse, la véritable possible, c’est l’homme tout simplement. J’ai donc pu grandir avec cet élan assez poussé du service de l’autre et de la crainte de Dieu. Aujourd’hui, il n’ y a plus de prophètes, ni Jésus-Christ, pour nous aider à discerner le vrai du faux dans notre vocation. Il faut donc accepter un certain cheminement au sein de l’Eglise, avec des hommes dotés de qualités, mais aussi de défauts. Dès lors, on comprend qu’une vocation puisse se perdre, comme se gagner et se fabriquer même, selon le bon vouloir des hommes. Ceci n’engage que moi, car je pense sincèrement que Dieu seul n’a plus le monopole de l’appel aujourd’hui ; les hommes aussi appellent ou décident de qui peut, ou non, s’engager à la suite du Christ.

Est-ce que vous pensez, en tant que jeune séminariste, avoir été une préoccupation pour l’Eglise ?
Comme je l’ai dit, les séminaristes font partie des préoccupations majeures de tout évêque. Ils sont considérés comme la pépinière de l’Eglise et en cela, aucun soin n’est ménagé pour que la formation et l’éducation soient des meilleurs. Je garde une certaine nostalgie de la décennie 1980, qui a été marqué par mon entrée au séminaire. Les séminaristes étaient vraiment accueillis et souhaités de partout. Mais, dès la décennie 1990, avec le début de la crise économique, le statut des séminaristes fut touché en plein fouet. Il fut, à mon sens, dévalué à 50 %. Depuis ce temps et ce, jusqu’aujourd’hui, la vie d’un séminariste n’a plus pesé lourd sur une balance, pas plus lourd, en tout cas, qu’un simple soupçon. Et pareillement, le comportement des séminaristes s’est adapté à cette nouvelle adversité.

Pourquoi dites-vous dans votre livre que le silence fait mal ?
Le silence tue une deuxième fois, voilà pourquoi il fait autant mal. Parce que face à l’échec, à la maladie ou la mort, l’être s’interroge, il veut savoir le pourquoi et le comment des choses. Pourquoi y a-t-il eu un crash d’avion, par exemple ? Quels sont les principaux agents intervenant, de près ou de loin, dans l’affaire ? Quelles sont les responsabilités des uns et des autres ? Alors, si l’enquête est bien menée et que la lumière est faite sur toutes ces zones d’ombre, malgré la souffrance, la douleur ou le mal, l’être humain en général s’en sort grandi : d’une part, la mémoire et/ou la dignité des disparus est respectée, d’autre part, la mémoire même des vivants gagne en dignité, car désormais, ils ne pourront plus se permettre de commettre les mêmes erreurs. Garder par contre le silence, c’est un déni d’humanité non seulement pour les victimes, mais aussi pour les survivants, car on ne les juge pas dignes d’une telle faveur.

Que pensez-vous faire pour que votre cas ne soit pas courant ?
Je compte justement, avec l’aide des médias, et partout où besoin se fera sentir, attirer l’attention du magistère de l’Eglise sur les zones d’ombre qui entourent encore, hélas, la formation des futurs prêtres et partant, susciter davantage la sollicitude de l’Eglise envers tous les exclus du système, les vaincus, les exploités, afin que leur humanité-dignité soit respectée. Mon souhait, évidemment, est que toute personne soit traitée avec respect, car toute personne est sacrée. Porter atteinte à la dignité d’un être, aussi pauvre soit-il, aussi inconnu, sans nom, sans visage, sans papier, soit-il, c’est porter atteinte à l’humanité entière. C’est bien la raison pour laquelle, le bon pasteur abandonne ses 99 brebis à l’abri pour voler au secours de la brebis égarée, en pleine nuit et des dangers de toutes sortes.

A qui est destiné votre livre et pourquoi?
Si la trame de mon roman se déroule dans un cadre précis et entend répondre aux inquiétudes et malheurs, de prime abord, de l’homme camerounais et africain, il faut dire que le roman s’adresse en fait à tout être humain en général. Tout peuple dans sa marche historique, fait l’expérience de la quête de justice, d’égalité et de liberté pour tous. Des valeurs dites universelles, non pas parce que le monde entier les a accepté ou voté comme telles, mais simplement parce que nous partons du postulat que si ces valeurs étaient présentes dans toute société humaine, cette société humaine se porterait mieux. L’attitude qui consiste ainsi à penser qu’il y a des sociétés qui doivent encore mûrir pour embrasser l’idéal démocratique est tout à fait ridicule. C’est bien l’idéal démocratique qui aide les sociétés à mûrir et à grandir, et non l’inverse. Dès lors, un roman engagé doit pouvoir s’adresser à tout homme en général.

Votre livre est largement biographique, quelle sera l’inspiration des prochains livres ?
Je pense que c’est le message que l’on veut véhiculer dans son roman qui est important et devrait retenir l’attention du lecteur. Dès lors, que ce soit un récit biographique ou non, ce sont les thèmes soulevés qui devront susciter débat, pas la vie propre de l’auteur, car elle n’a pas plus ou moins d’importance qu’une autre vie humaine. Ceci dit, je peux déjà vous rassurer que mon second roman qui sera achevé d’ici quelques mois, présentera mieux les causes de mon combat.

Vous parler d’un combat, quel est votre combat ?
Comme tout être humain, avec l’âge de la raison, j’ai été amené à me poser des questions sur mon être au monde : qui suis-je ? d’où je viens ? d’où je vais ? etc., et à chaque fois, j’ai compris que mon destin était lié à celui d’un peuple, le peuple noir. Aussi, pour savoir qui je suis, d’où je viens, il m’a fallu apprendre et connaître l’histoire de ce peuple, de ses tribulations dans l’espace et le temps, l’histoire de ses héros, de ses dignes fils et filles qui se sont sacrifié pour que nous soyions libres aujourd’hui. Et dans le secret de mes lectures, je me suis promis à moi-même de garder cette flamme allumée. De jeter à mon tour à la mer, malgré les vicissitudes actuelles, cette bouteille portant un message d’espoir, de courage, d’honneur, d’amour et de paix pour les générations futures. On peut être pauvre et garder sa dignité ; être vaincu et avoir son honneur ; on peut être universitaire et s’engager aux côtés des analphabètes, des démunis, afin de chercher ensemble avec eux, les chemins d’humanisation

Jacques Fulbert Owono
Journalducameroun.com)/n

Quel est votre avis sur le rôle de l’Eglise en Afrique et au Cameroun en particulier ?
Je pense que beaucoup a été fait, que ce soit sur le plan de l’évangélisation ou de la promotion humaine, depuis qu’en 1840, la toute première société de mission chrétienne s’implanta au Cameroun, la Jamaican Baptist Missionary Society (JBMS), composée uniquement d’anciens esclaves noirs libérés. Mais beaucoup reste encore à faire ou du moins, à parfaire. C’est le cas de le dire, puisqu’on constate avec regret que la variable identité ethnorégionale exerce encore cruellement son influence sur les mentalités. Dans le magazine Politique Africaine paru sous le titre L’argent de Dieu, sont largement analysés ces rapports ambivalents d’ethno régionalisme de l’Eglise au Cameroun.

Votre regard sur les autres religions et la religion traditionnelle?
C’est la connaissance qui nous rend libre. C’est en essayant de mieux connaître ce qui constitue l’essence des autres religions, en côtoyant les frères et s urs des autres confessions religieuses que nous apprenons à mieux les connaître et à les respecter, au lieu de nous nourrir toujours de préjugés insensés qui empoisonnent les relations entre les êtres humains. Pour ce qui est de la religion traditionnelle, on serait tenté de croire que l’arrivée des grandes religions révélées a fini par balayer les religions traditionnelles, jugées autrefois irrationnelles et démoniaques. Loin s’en faut, car on note aujourd’hui qu’elles restent présentes et vivaces, et que loin de reculer, elles maintiennent leur place, se renforçant même des apports de l’islam et du Christianisme. Dans le cas du Cameroun, près de 35% de la population camerounaise demeurent attachés aux pratiques traditionnelles. Cet aspect des choses ne devrait, en toute logique, étonner personne, car lorsque les Africains se rendent compte que le Dieu des missionnaires ne semble pas s’accommoder d’eux, ils retournent volontiers chercher le Dieu de leurs ancêtres qu’ils n’ont pas oublié.

Lorsque vous faites l’inventaire, quel bilan dressez-vous de votre passage au séminaire ?
Sur le plan personnel, j’avoue que d’une part, j’ai beaucoup appris du séminaire. Ce que je suis devenu, je le dois à tous mes éducateurs, encadreurs, formateurs et formatrices des différents séminaires où j’ai vécu – je profite d’ailleurs de l’occasion pour leur adresser un vivant hommage. Mais, aujourd’hui, avec un peu de recul, je pense qu’il y a possibilité de parfaire cette formation pour les générations présentes et futures, en restant attentif à leurs doléances et sollicitations, et surtout, en adaptant toute formation aux exigences actuelles de notre monde.


Journalducameroun.com)/n


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