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Rachel Claire Okani: « le droit a beaucoup aidé la femme »

La juriste camerounaise, vice-doyenne de l’université de Yaoundé-II, a pris part en France à la première édition des Voix d’Orléans. Elle livre son point de vue sur la Francophonie au féminin

En consacrant la première édition des Voix d’Orléans, les 20 et 21 mai 2016, à un monde pensé par et pour les femmes, les organisateurs ont sans doute aussi voulu rappeler que l’histoire, si oublieuse du « deuxième sexe », n’est pas faite que par les hommes. Deux après-midi de rencontres entre 35 intellectuel-les de 16 pays – rassemblées par Sophie Ferkatadji, directrice de la Culture de la ville d’Orléans, et ses équipes -, universitaires, artistes, écrivain-es, en particulier du sud de l’Europe, du bassin méditerranéen et d’Afrique, ne sont certes pas de trop pour faire avancer les droits des femmes si malmenés sous toutes les latitudes en ce début de 21ème siècle.

Rachel Claire Okani, qui a pris part à cet événement, est une juriste respectée. Elle enseigne le droit à la Faculté des Sciences Juridiques de l’Université de Yaoundé II au Cameroun, dont elle est aussi vice-doyenne. Elle est polyglotte, et navigue entre les langues camerounaises (dans leur diversité), française, anglaise et allemande. Elle a également officié aux Nations-Unies. Une carrière brillante qui ne l’a pas empêchée d’être mère de famille.

La juriste camerounaise, avocate d’une langue française puissante, indissociable pour elle de la défense des droits et de l’émancipation des femmes, nous invite, avec des nuances, à penser le monde selon les femmes.

Que peut le droit pour les femmes?
N’eut été le droit, les femmes en général et en particulier les Africaines, seraient encore désavantagées. Mais je voudrais apporter la nuance suivante : l’interprétation sur les droits des femmes n’a pas toujours été idoine vis-à-vis de la tradition parce que à ce niveau, il y a polémique. La femme africaine a souvent eu beaucoup de droits mais qui étaient tus parce que si on dit qu’elle a beaucoup de privilèges sous l’oreiller, aujourd’hui tout le monde a envie d’être officiellement reconnue. Le droit a beaucoup aidé la femme à sortir de ces sentiers battus, à lui donner ce statut que certaines avaient peu-être auparavant et dont toutes peuvent se prévaloir aujourd’hui.

Mais si on pense à l’excision, beaucoup de pays l’interdisent par la loi, et pourtant elle y est toujours pratiquée. Le droit est donc inefficace.
Vous touchez à la question de l’intégrité physique des femmes. Il y l’intégrité physique et morale. Et là, ça touche au plus profond l’intimité de la femme. Ca concerne la sexualité, comme toutes les mutilations génitales féminines. Le problème avec le droit, c’est que les textes sont là mais ce qui est compliqué c’est leur mise en oeuvre. Il faut des mesures d’accompagnement. Parmi ces exciseuses, beaucoup ont déjà compris qu’il ne faut plus agresser les femmes sous prétexte de contrôler leur sexualité, sans compter les complications sanitaires. Mais pour elles, c’est un problème de subsistance. La plupart sont prêtes à jeter leurs couteaux mais elles demandent : et maintenant, qu’est-ce que nous faisons ? Il y a des mesures d’accompagnement mais je crois qu’il faut aussi expliquer à la population, aux exciseuses comme à beaucoup de femmes qui continuent à penser que l’excision est une bonne chose, qu’il faut changer. Les autorités, avec la loi, font ce qu’elles peuvent mais il faut que les femmes qui pratiquent l’excision comprennent que même sans mesures d’accompagnement, elles peuvent faire autre chose.

Le droit anglo-saxon dans ces cas-là n’est-il pas plus pragmatique que celui issu de la tradition juridique française?
Le droit anglais repose sur la casuistique ; le français sur le code civil. Mais en réalité, ce qui compte ce sont les personnes qui l’appliquent. Les praticiens comptent plus que les textes. Comment on conçoit la loi, comment on l’applique. Ce qui compte c’est la compréhension de ces textes. Le droit ne peut rien à lui tout seul sans des personnes pour bien le comprendre et l’appliquer.

Rachel Claire Okani
Sylvie Braibant)/n
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