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Rapport sur la corruption: La réaction de Paul Biya attendue

A la suite de la publication d’un rapport sur trois années d’observation du phénomène, certains observateurs pensent que les choses devraient bouger

Paul Biya invité à saisir la justice
La publication jeudi 10 octobre 2011 de son tout premier rapport global sur la corruption par la commission nationale anti corruption au Cameroun (CONAC), fait l’objet de nombreux commentaires quant à la réaction de Paul Biya, récemment réélu à la tête du pays pour un nouveau mandat de 7 ans. Pour Edith Kah Walla une des candidates de la dernière élection présidentielle, ce rapport est tout simplement un scandale et implique une réaction forte du président de la république. « L’ennui avec la CONAC, c’est qu’elle n’a pas un pouvoir de poursuite, il faudrait donc que le président de la république puisse saisir les institutions compétentes, afin qu’une enquête soit ouverte à l’effet de rendre justice. Sans cela ce rapport ne servirait pas à grand-chose », a fait savoir la candidate du Cameroon People Party (CPP). D’autres observateurs pour des raisons différentes, pensent qu’il est urgent de saisir les tribunaux. Dans une de ses parties, le rapport sur la corruption met en cause le département ministériel en charge des travaux public, pour une distraction présumée de 15 milliards de francs CFA, en termes de surfacturations et de dépenses non justifiées sur un projet de construction de route. Des informations contestées dans cette administration, qui reproche à la CONAC d’avoir procédé unilatéralement à son enquête et qui apporte des justificatifs à la hausse des montants en cours de contrat. « Le projet de route dont il est question a été élaboré à un moment précis et avec le temps, certains coûts qui étaient pris en compte ont fait l’objet d’augmentation liée à la conjoncture. En ce moment là, on a souvent procédé aux contrats de rectification (avenants), pour pouvoir achever la réalisation des travaux » fait-on savoir en substance du côté de ce ministère. C’est sur cette base que Boris Berthold, journaliste pour le quotidien « le Jour » estime l’ouverture d’une enquête judicaire impérative. « C’est le cas typique de la situation qui ouvre lieu à une enquête soit parlementaire, mais surtout judicaire. Nous avons là deux administrations qui donnent deux versions différentes sur la même question. Il faudrait que les juges soient saisis de l’affaire pour que cela soit tiré au clair », fait-il notamment remarquer.

Un rapport contesté sur sa pertinence et son opportunité
Le rapport rendu public par la CONAC présente un état des lieux de la lutte contre la corruption et des actions menées par elle durant les exercices budgétaires 2008, 2009 et 2010. Une des informations retenues par les médias sur ce rapport est celui qui laisse entendre que si « l’Etat venait à bout de la corruption au ministère des Travaux publics, les ressources budgétaires suffiraient à construire trois fois plus de routes ». Dans son rapport, la commission anti-corruption s’est notamment penchée sur le projet de route à Ayos-Bonis, à l’est du pays, siège selon elle, de détournements de fonds massifs et de collusion entre des agents du ministère et l’entreprise qui ont remporté le marché. Le document de 300 pages s’attarde également sur le ministère des Finances, une administration à « haute intensité de corruption », à travers principalement de nombreux agents du Trésor dont les indélicatesses auraient couté jusqu’à 8 milliards de FCFA à la fortune publique. Autres ministères indexés, celui de l’agriculture et de l’éducation de base. Le rapport fait référence au détournement de l’argent du « programme maïs » pour le premier et à la violation des règles des marchés publiques pour le deuxième. Lors de son investiture le 03 novembre 2011 dernier, le président Biya a une fois encore annoncé de nouvelles actions contre la corruption. « Je dois dire que les comportements individuels ne sont pas toujours en harmonie avec la solidarité qui devrait être la marque d’une société démocratique. Trop souvent, l’intérêt personnel prend le pas sur l’intérêt général. Cet état d’esprit est à l’origine de ces dérives sociales que sont la fraude, la corruption, voire la délinquance. Nous nous devons en effet de continuer à bâtir une République exemplaire en luttant contre la corruption, en consolidant la démocratie », a-t-il notamment déclaré. Certains commentaires laissent dire que le choix de la publication de ce rapport à cette période, est de nature à permettre la prédiction de nouvelles arrestations parmi les dirigeants. Pour le citoyen ordinaire, ce rapport ne reflète pas cependant l’ampleur du problème. Selon un rapport sur la gouvernance au Cameroun rendu public en juin 2011, 87% de camerounais estiment que la corruption est un problème majeur au Cameroun. Le rapport ne semble pas aussi prendre en compte la forme silencieuse qui frappe l’administration à tous les échelons. Autre reproche fait au rapport, il ne revient pas sur la situation des comptes à la présidence de la république. « Ce rapport devait débuter par la fortune du président Biya, classé dans la catégories des biens mal acquis. Pour bien faire les choses, le président doit pouvoir poursuivre en justice, mais encore mettre en application l’article 66 de la constitution, qui impose la déclaration des biens », a commenté pour sa part Hilaire Kamga, un acteur connu de la société civile camerounaise.

La Conac dans un rapport évoque l’état de la corruption au Cameroun
ti-cameroon.org)/n



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