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RDC: 20 morts dans des heurts interethniques

Vingt personnes ont Ă©tĂ© tuĂ©es en trois jours d’affrontements entre PygmĂ©es et Bantous, faisant craindre une reprise sanglante du conflit qui oppose ces deux communautĂ©s au Katanga

Vingt personnes ont Ă©tĂ© tuĂ©es entre dimanche et mardi en trois jours d’affrontements entre PygmĂ©es et Bantous dans le sud-est de la RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo, faisant craindre une reprise sanglante du conflit qui oppose ces deux communautĂ©s au Katanga.

Les heurts, qui ont Ă©clatĂ© Ă  Kabalo, dans la province du Tanganyika, ont Ă©tĂ© provoquĂ©s par un dĂ©saccord autour d’une rĂ©colte de chenilles destinĂ©es Ă  la consommation.

« Les affrontements depuis dimanche ont fait 4 morts parmi les Lubas et 16 parmi les PygmĂ©es qui se disputaient autour de la redevance coutumière Ă  verser aux Bantous par les PygmĂ©es », a dĂ©clarĂ© Kalunga Mawazo, Ă©lu de Kabalo Ă  l’AssemblĂ©e nationale.

Les Lubas sont une ethnie bantoue.
« Les PygmĂ©es estiment dĂ©sormais jouir des mĂŞmes droits comme citoyens. Ils ont refusĂ© de verser cette taxe illĂ©gale et tuĂ© par flèches deux Lubas qui exigeaient le paiement de la taxe », a indiquĂ© un prĂŞtre catholique joint Ă  Kabalo par tĂ©lĂ©phone de Lubumbashi, capitale de l’ancienne province du Katanga.

« C’est lors des vagues de (rĂ©torsion) que deux autres Lubas ont Ă©tĂ© tuĂ©s, et 16 cadavres de PygmĂ©es ont Ă©tĂ© dĂ©couverts », a ajoutĂ© le prĂŞtre.

« La tension est vive Ă  Kabalo, nous y avons dĂ©pĂŞchĂ© une Ă©quipe et des renforts pour rĂ©tablir l’ordre public », a dĂ©clarĂ© le gouverneur du Tanganyika, Ngoy Kitangala, sans confirmer le bilan des 20 morts donnĂ© par M. Kalunga et le prĂŞtre.

Depuis dĂ©cembre 2013, le nord du Katanga (rĂ©gion grande comme l’Espagne morcelĂ©e en 2015 en quatre provinces dont le Tanganyika) est le théâtre de nombreux affrontements entre Bantous de l’ethnie Luba et PygmĂ©es de l’ethnie Twa.

Marginalisation


Selon des tĂ©moignages recueillis dans la zone en 2015, c’est une relation jugĂ©e contre-nature (une liaison adultère entre un Bantou et une PygmĂ©e) qui a mis le feu aux poudres dans une des zones les plus dĂ©shĂ©ritĂ©es de la RDC, pays parmi les moins dĂ©veloppĂ©s au monde.

D’abord localisĂ©, le conflit a dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© sur fond de misère et de frustrations accumulĂ©es, et entraĂ®nĂ© un cycle de tueries, pillages, incendies de villages ayant fait plus de 200 morts et provoquĂ© le dĂ©placement forcĂ© de plusieurs dizaines de milliers de personnes.

DĂ©but septembre, après près d’un an d’accalmie Ă  la suite d’efforts de mĂ©diation des autoritĂ©s locales et de la Mission de l’ONU au Congo (Monusco), de nouveaux heurts avaient fait huit morts dans le territoire de Nyunzu, voisin de celui de Kabalo.

Le 30 septembre, Ă  l’issue d’une longue procĂ©dure, la justice congolaise a condamnĂ© quatre Bantous Ă  15 ans de prison pour crimes contre l’humanitĂ© en lien avec ce conflit.

Les tensions entre Bantous et PygmĂ©es, chasseurs-cueilleurs d’Afrique centrale sont plus anciennes que l’indĂ©pendance de la RDC, obtenue de la Belgique en 1960.

Aujourd’hui, le mode de vie nomade des PygmĂ©es est menacĂ© par la dĂ©forestation, l’exploitation des mines et l’extension des terres agricoles par les Bantous.

En outre, malgré des avancées, les Pygmées restent marginalisés. Souvent considérés comme des citoyens de seconde classe, ils cherchent à faire reconnaître leurs droits mais leurs revendications se heurtent régulièrement au refus des populations bantoues.

Une salle de classe incendiĂ©e d’une Ă©cole de PygmĂ©es Ă  Boikene, le 10 octobre 2016.
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