Recrutement de 25 000 fonctionnaires: Radioscopie d’une manipulation irresponsable

Par Henri Georges Minyem Président du Lcn ((Le Cameroun Nouveau)

Et voilà que Paul Biya se réveille et annonce à grands renforts de propagande le lancement de certains de ses fameux grands projets structurants dont le seul qui ait fait l’objet d’une dotation sous la forme d’un emprunt obligataire de 200 mds de FCFA est le barrage de LOM PANGAR, le lancement annoncé de CAMAIR CO ainsi que le recrutement de 25 000 jeunes, futurs salariés de la fonction publique. Examinons en profondeur ces mesures pour comprendre ce qu’elles recouvrent de manipulation et de clientélisme, d’opportunisme politique en même temps que d’instrumentalisation de la population Camerounaise. D’abord un constat préalable. Quand Paul Biya présente la situation économique déplorable du Cameroun, il argue systématiquement de la crise économique qui a frappé le Cameroun et l’a empêché de prendre le train du développement économique. Il explicite toutes les approximations de sa politique par des externalités négatives qui en ont entravé la dynamique de développement. En une phrase : IL N’EST JAMAIS RESPONSABLE DE RIEN !!! Cependant, cette allégation est fausse dans la forme et dans le fond et j’entends le démontrer.

QUAND PAUL BIYA PERSISTE DANS SON CYNISME ÉLECTORALISTE
Rappelons-nous, en 1986, lorsque le Cameroun a sollicité le FMI pour la première fois. La situation économique du Cameroun venait de subir le contrecoup de la chute des cours des matières premières y compris le pétrole et les répercussions se sont immédiatement faites sur le plan intérieur, à cause notamment d’un manque d’anticipation des autorités camerounaises qui comptaient sur l’ONCPB (Office National de Commercialisation des Produits de Base) afin de stabiliser les prix et d’effectuer des compensations aux producteurs. Société qui fera faillite et dont le directeur Roger Melingui plombera les caisses en favorisant finalement la liquidation par les institutions de Bretton Woods (Banque Mondiale) en 1991. Sous Roger Melingui, diplômé de HEC en France, et nommé par Paul Biya les paysans camerounais ont paradoxalement connu les pires années, depuis l’indépendance, l’ONCPB se contentant d’entretenir le train de vie fastueux d’un personnel pléthorique, tout en cumulant des arriérés de paiements aux producteurs dont elle se devait pourtant de maintenir le pouvoir d’achat. Je vais passer outre la tutelle du FMI et de la banque mondiale au Cameroun depuis 1988.

Lorsqu’en janvier 1994 est décidée la dévaluation du FCFA de 50% (en réalité de 100% en valeur par rapport au FF), la structure du tissu économique Camerounais aurait dû prémunir le pays de cette dévalorisation de notre monnaie par des mesures structurelles permettant une élasticité de l’offre de services par rapport aux productions internes, ce qui malheureusement ne fut pas le cas et qui aujourd’hui encore nous manque. La réalité est qu’en situation de dévaluation d’une monnaie, il faut fortement pondérer les exportations en rendant plus compétitive l’économie de l’Etat, notamment par une formation accrue, par un dynamisme économique soutenu, par une plus grande agressivité commerciale et multiplier les exportations. Cette élasticité de l’offre se double dans un deuxième temps d’une élasticité de la demande en fonction du pouvoir d’achat relatif des populations qui commencent là, et seulement là, à recueillir les bénéfices de leur productivité économique.

En fait, la dévaluation peut alors devenir un formidable levier pour relancer les exportations (car les produits fabriqués et exportés coûtent moins cher à produire), à partir d’un écart déflationniste qui engendre un excédent budgétaire et celui-ci alimente la croissance ; c’est par excellence la configuration du carré magique ou mieux, celle du cercle vertueux que l’on retrouve dans les économies d’après guerre au sein le monde occidental, y compris au Japon. Ce qui a généré la floraison économique des « Trente glorieuses » Ce qui se passe par contre depuis les années 1990 au Cameroun n’est en rien conforme à une véritable relance keynésienne et là je m’explique. Dans son modèle d’équilibre général, Keynes ne s’inscrit pas dans une économie ouverte, mais fermée. En 1983, en France, le gouvernement de François Mitterrand constitué de ministres communistes mit en uvre cette politique fortement axée sur des dépenses publiques à travers une forte augmentation de la masse salariale, et après 3 dévaluations, Pierre Mauroy dut démissionner et laisser la place à Laurent Fabius (1984) qui opéra un virage socio-libéral permettant à la France de prendre la mesure de l’interdépendance des économies mondialisées.

Depuis la stagflation des années 1980, où l’inflation se double d’une récession, l’on a repensé les modèles économétriques (en Afrique aussi) en réalisant notamment que les pays d’Afrique subsaharienne ont continué d’alimenter leur train de vie, ou mieux, le train de vie de l’Etat en creusant les déficits budgétaires et la dette extérieure. Au Cameroun, la politique économique de la fin des années 80 de Paul Biya, à la faveur de l’augmentation du train de vie de l’Etat engendra les mêmes conséquences, à savoir, une incapacité de l’économie camerounaise à répondre aux aléas et soubresauts de la conjoncture économique mondiale et ouvrant la voie à la mise sous tutelle du Cameroun par le FMI et la Banque Mondiale, jusqu’en 2006. Le recrutement annoncé de 25 000 fonctionnaires obéit POINT PAR POINT A LA MÊME LOGIQUE ÉLECTORALISTE et IRRESPONSABLE DE LA PART DE PAUL BIYA depuis 1986 !!!

DEPUIS LE DÉBUT DE L’ERE BIYA, LES MÊMES RECETTES INCONGRUES : ON PREND LES MÊMES ET ON RECOMMENCE
A ce jour, les Camerounais que Paul Biya a laissés dans la pauvreté extrême, dans l’indigence et avec une incurie amorale, dans l’indifférence la plus cruelle depuis trois décennies se ruent devant les portes des organes chargés de recueillir les dossiers des postulants pour la fonction publique Camerounaise. En plus d’être indécente comme proposition, cynique dans son calendrier qui coïncide fatalement avec des échéances présidentielles censées le conforter face à une opposition désorganisée, en plus d’instrumentaliser la jeunesse camerounaise, Paul Biya procède comme souvent depuis 25 ans : IL CREUSE LE DÉFICIT BUDGÉTAIRE DE l’ETAT FAUTE D’ORIGINALITÉ ET DE RELANCE DE L’INVESTISSEMENT PRODUCTIF. CE COMPORTEMENT EST IRRESPONSABLE !

.Rappelez-vous en 1987, opération recrutement de 1500 licenciés au Cameroun
.Rappelez-vous ensuite les coupes drastiques dans les salaires AU COURS Des années 1990 avec une réduction de 60 à 70% des salaires nominaux dans la fonction publique après des mois sans salaires pour les fonctionnaires
.Rappelez-vous enfin, les licenciements AU SEIN DES ENTREPRISES PUBLIQUES, LES BAISSES DRASTIQUES DE SALAIRES, L’ACCROISSEMENT DE LA PAUVRETÉ sous la houlette du FMI ENTRE 1990 et 2000 face à l’absence de leviers de relance, d’imagination politique, de prise en compte de l’environnement international
.Rappelez-vous enfin la faiblesse de nos capacités de production, et le déficit de technicité de la main d’ uvre Camerounaise.

[B UN DIRIGEANT RESPONSABLE EST CELUI QUI MISE SUR LE POTENTIEL ECONOMIQUE DE SON PEUPLE, EN FAISANT UN PARI SUR LE FUTUR.]
Ce que Paul BIYA est au contraire entrain de faire, c’est de l’INSTRUMENTALISATION ÉLECTORALISTE, DE l’AGITATION POLITICIENNE AFIN DE PRÉVENIR LE VENT DE CONTESTATION QUI PARCOURT LE SUD DE LA PLANÈTE ET MARQUER LES ESPRITS POUR LES PROCHAINES ÉLECTIONS PRÉSIDENTIELLES : IL S’AGIT DE MACHIAVÉLISME POLITIQUE ! Ce que j’entends dire par là est que dans tous les modèles économétriques modernes, l’on sait que la création de 100 emplois publics détruit 133 emplois privés !!! Ceci est un postulat de base. L’hypertrophie de la masse salariale publique du Cameroun n’est en aucun cas la solution à moyen et long terme aux problèmes structurels du Cameroun. Ce qui revient à dire que Paul Biya gère le Cameroun au coup par coup, en fonction des éléments exogènes qui s’imposent à lui, mais n’anticipe absolument pas, ne fait aucune planification des actions politiques qui permettraient un développement pérenne de son pays. Entre temps, les fonctionnaires dont les salaires ont été réduits de 59% en valeur nominale réclament toujours 15% de la valeur actuelle de leur salaire de 1993. Non seulement ils ne risquent pas de l’obtenir, cette revalorisation de leur salaire, mais la logique de l’Etat étant de gonfler la masse salariale de celui-ci obéit à une pseudo relance Keynésienne qui RISQUE FORT DE CREER DES TENSIONS INFLATIONNISTES face à une augmentation aventureuse (puisque artificielle) de la demande devant les capacités de production limitées de l’économie camerounaise.
La formation brute de Capital fixe (FCBF) d’un État doit obéir à une logique de redynamisation sectorielle qui crée mécaniquement de la demande et évite des tensions inflationnistes. Ce qui m’autorise à penser que la marge de man uvre relative de la BDEAC devant le trésor Français empêchera une faisabilité à terme de cette logique électoraliste de recrutements massifs. Cette FCBF doit constituer une transition économique vers plus d’investissement qui plafonne actuellement à moins de 17% du PIB.

Or à quoi assisterons-nous ? Nous nous placerons dans une logique d’alimentation de la consommation grâce une pseudo relance par la consommation (puisqu’elle aura été créée par une décision politique). Celle-ci ne peut fonctionner que si les facteurs de production sont suffisamment prolifiques pour satisfaire la demande, ce qui n’est pas le cas. Résultat, l’on crée alors une demande artificielle qui génère des coûts d’importation plus élevés et suralimente la consommation artificielle du tissu économique local et son exposition forcenée aux aléas économique internationaux. Alors, pourquoi des capacités de production limitées ? Eh bien, limitées parce que ne reposant sur rien, sur aucun tissu productif local, ce qui engendrera forcément une recrudescence des importations qui elles-mêmes vont entraver le développement du commerce extérieur dont je rappelle que la balance de paiements est déficitaire depuis 32 ans (en 2010, la balance de paiements du Cameroun s’élève à environ 500 mds de FCFA après 876 mds en 2009), sans oublier le déficit budgétaire qui ne fera que se creuser à l’aune de cette nouvelle masse salariale artificielle.

QUELLES EN SERONT LES CONSÉQUENCES PRÉVISIBLES ?
Eh bien, outre une inflation importée par le pouvoir d’achat artificiel, la croissance ne pourra que s’en trouver ralentie car cette masse salariale ne créera pas de valeur ajoutée, ni de technicité, mais pire encore, à moyen et long terme, l’économie camerounaise se retrouvera en plein recommencement, sans créativité, dépendante des institutions internationales (dont je rappelle qu’elles n’ont pas donné leur aval à ce nouvel endettement qu’elles vont devoir financer, l’économie camerounaise s’en trouvant incapable). Pour preuve, l’emprunt obligataire n’aurait jamais été lancé si notre économie en avait eu la capacité intrinsèque. Et pour cause, 90% des prêteurs ont été les banques et les sociétés d’assurances et cet emprunt obligataire ne profitera absolument pas en numéraire aux épargnants particuliers, encore moins, directement aux populations. Cela n’empêche absolument pas la lucidité de l’homme politique que je suis, de reconnaître là une technique de politique économique qui alimente la création d’un bien public pur, qui de fait, profitera à terme aux populations. Vous voyez, LCN se veut rationnel, pas passionnel ! Il se trouve donc qu’à moyen terme, l’Etat Camerounais devra recourir de nouveau aux institutions de Bretton Woods afin qu’elles financent ce nouvel endettement massif et dans quelques années, la fonction publique devra être dégraissée, les salaires réduits et le secteur privé complètement IMPRODUCTIF, NON COMPÉTITIF et la dette extérieure reconstituée à son niveau de 2005.

VOILA LE RÉSULTAT PRÉVISIBLE DES GESTICULATIONS ÉLECTORALISTES, ANTI-ÉCONOMIQUES DE PAUL BIYA A TRAVERS SES PROMESSES INSTRUMENTALES : UN COMPORTEMENT IRRESPONSABLE ! Aucun leader politique conscient ne devrait se laisser influencer par ces man uvres électoralistes et aucun citoyen camerounais ne devrait mettre son avenir entre parenthèses par ces apories gesticulatoires dont la finalité électoraliste est au c ur même des atermoiements politiques de Paul Biya ! Le Cameroun doit refuser cette navigation à vue ! Les Camerounais doivent rejeter ces promesses de Paul Biya qui démontrent encore là sa forte capacité de nuisance et son cynisme vis-à-vis de son peuple car les MÊMES CAUSES PROVOQUENT SOUVENT LES MÊMES EFFETS, PLUS PARTICULIÈREMENT EN ÉCONOMIE OUVERTE OU LES INTERDÉPENDANCES SONT CAUSALES !

MONSIEUR LE PRÉSIDENT, ON CRÉE UN DYNAMISME ÉCONOMIQUE EN Relançant L’INVESTISSEMENT PRODUCTIF ET EN DÉVELOPPANT DES INDUSTRIES DE TRANSFORMATIONS ET DE SERVICES !!!

LCN (LE CAMEROUN NOUVEAU) propose au minimum 3 plans de relance économique qui combinent aussi bien des relances croisées par l’investissement productif et par la consommations, de même que des structures permettant de passer des investissements de capacité aux investissements de productivité dans des horizons de 5 à 10 ans !!! Cela s’appelle coller au plus près des préoccupations économiques mondiales, ce qui signifie « entrer dans la danse » en prenant le train de l’industrialisation de notre économie et de nos services, cela signifie créer les conditions d’un véritable décollage économique et non un bricolage à partir de la souffrance du peuple, pour qu’il vous élise pour sept (7) années supplémentaires d’agonie ! Ainsi se porte le Cameroun, notre pays bien-aimé dont le premier citoyen joue l’avenir de sa jeunesse, comme dans une partie de « Sôngô », à la mesure de sa propre crispation, accentuant son appétit féroce du pouvoir à l’approche de chaque élection…JUSQU’À CE QUE LA MORT NOUS SÉPARE.

Henri Georges Minyem, Président du Lcn (Le Cameroun Nouveau)
Journalducameroun.com)/n


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