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Récurrence des litiges fonciers au Cameroun: le président de la République interpellé

Par le Mouvement camerounais pour la social-démocratie (M.C.P.S.D)

Monsieur le Président de la République, le problème foncier se pose dans notre pays avec de plus en plus d’acuité ; aussi, voulons-nous par la présente correspondance attirer votre attention sur cet épineux problème.

Le rapport foncier est un fait social inscrit dans une pratique sociétaire dont nous devons dégager l’origine, la logique et les finalités, afin de préserver la paix sociale dans notre pays. Le foncier est de plus en plus, dans notre pays, un lieu d’affrontement tant à l’échelle locale qu’au niveau national, entre une logique capitaliste et une logique autochtone mettant à mal la cohésion sociale.

Monsieur le Président de la République, un drame est survenu dans l’arrondissement de Yaoundé III dans le village Afan-Oyoa. Yaoundé III est un arrondissement essentiellement rural aux ¾ habité par les Mvog Ada, les Yanda, les Etenga, les Embon, les Mvog Essomba Ndzana et les Edzoa. Le vendredi 6 mai 2016, un conflit domanial opposant deux fils Mvog Ada a abouti au décès d’un des protagonistes. Le responsable de ce meurtre perpétré de sang-froid n’est tout autre que monsieur Expédie Mballa en service à la Communauté Urbaine de Yaoundé au cabinet du délégué et « personne ressource » du parti que vous présidez.

Monsieur le Président de la République, il est extrêmement complexe de parler du problème foncier dans notre pays en nous enfermant dans une logique idéaliste, qui peut sous le couvert de ses prétentions à l’universalité et à la neutralité, et en raison de son anhistorisme fondamental, ignorer le contexte social où il s’insère et les compétitions entre les différentes classes sociales nées dans notre pays au cours des 30 dernières années et dont la maîtrise est l’enjeu majeur.

Le discours de l’Etat en matière foncière est très peu audible dans nos villages ; il est mal relayé par les acteurs nationaux qui semblent plus vouloir maintenir la masse paysanne dans l’ignorance afin de s’accaparer des terres. Tel semble être la trame de ce conflit qui a abouti vendredi 6 mai 2016 à l’assassinat de monsieur Yves Augustin Azembe Manga. Le foncier est de plus en plus un lieu où se nouent alliances, compromissions, conflits, déstructuration des cosmogonies ancestrales, posant ainsi monsieur Le Président de la République le problème même de l’efficacité de l’Etat central.

Le cadre de référence des pratiques foncières locales urbaines est composé essentiellement à partir d’éléments empruntés à une logique de l’Etat et du capital, sans tenir compte du rapport traditionnel de l’homme à la terre. En septembre 2014, nous avons attiré votre attention sur les familles Mvog Ada de la Briqueterie contraintes à la délocalisation entre Nkol-Nkoumou, Fifinda dans l’Océan et Ombessa dans le Mbam ! Vous avez alors donné instruction afin de stopper cette procédure de délocalisation qui rimait avec séparation de nombreuses familles.

Monsieur le Président de la République, l’existence d’un marché foncier témoigne de pratiques locales qui participent d’une logique capitaliste, mais la terre pour plusieurs ethnies de notre pays est encore envisagée voire demeure en premier lieu une valeur d’usage familial, implantation de ce que nous désignons comme « village » c’est-à-dire lieu d’habitation commun aux morts et aux vivants qui se reconnaissent ici et dans l’au-delà. La stabilité de notre pays est assurée par la permanence de la logique autochtone en milieu rural, c’est elle qui donne aux paysans les moyens de ne pas adopter obligatoirement la rationalité proposée par les actions ponctuelles de « développement ».

Monsieur le Président de la République, comme fils de ce pays et le connaissant dans ses traditions et dans son administration, vous savez que la terre constitue le principal moyen de subsistance et de principal vecteur de l’investissement, de l’accumulation de richesse et de sa transmission entre les générations. De ce fait, l’accès à la terre est une des pierres angulaires de la lutte contre la pauvreté. C’est pourquoi c’est un crime de voir une minorité s’accaparer des milliers d’hectares de terre dans les villages.

Monsieur le Président de la République, la régulation de l’accès à la terre dans notre pays et tout particulièrement dans la région du Centre qui fait l’objet de la présente correspondance constitue un enjeu politique et social important ; vous ne saurez ne pas vous y impliquer, il y va de la paix sociale dans cette partie du pays.

Monsieur le Président de la République, dans l’espoir que justice soit rendue à monsieur Yves Augustin Azembe Manga, qu’une fois de plus le dossier foncier dans la province du Centre et tout particulièrement dans le Mfoundi devienne une priorité dans la politique domaniale de notre pays, nous vous prions de trouver ici l’expression de notre considération.

Dr Vincent-Sosthène Fouda, président du MCPSD.
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