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Rencontre avec la décalée humoriste franco-camerounaise, ZOMO-BEM Aline

«J’ai appris l’humour en m’engueulant simplement avec mes voisines, parce que les Ewondos ont beaucoup d’humour»

A quoi ressemblait la vie de Mme Tondji avant son installation en France?
Ma vie d’avant était celle de Mlle ZOMO-BEM Aline, une célibataire endurcie qui vivait des rentes de ses parents, mais qui avait l’envie de bouger. Il y avait aussi ma petite s ur qui vit aux USA qui m’aidait beaucoup en m’envoyant des fringues à vendre et de l’argent de poche .Je ne galérais pas mais j’avais envie de m’assumer. Et c’est quand je suis arrivée en France le 4 octobre 2004 que tout a changé.

A part la musique, quelles sont vos autres passions?
Mes passions sont la danse, la lecture, les voyages, la belle vie franchement .Je m’ennuierais beaucoup s’il m’arrivait d’être pauvre .Mais heureusement je me bats nuits et jours pour ne pas basculer.

Qu’est ce que vous dites à vos enfants de ce que vous faites dans la vie ? Gouvernante, humoriste?
Mon enfant est en bas âge, du coup elle ne sait pas de quoi retourne mon métier, elle veut des bonbons et des chocolats à l’heure pile .Mais je la vois chanteuse parce qu’elle a son micro et aime se hisser sur le canapé pour imiter lady gaga ou majoie ayi.

Pourquoi cette tendance à critiquer à tout bout de champs les colons?
Je revendique ce qui doit m’appartenir. Sur les papiers je suis française et sur le terrain je dois être une esclave car tout le système l’a prévu sauf si on discutaille comme je le fais. Tous ceux qui revendiquent sont donc vulgaires, je vous prends l’exemple de Yannick NOAH il a tout mais critique le traitement infligé aux immigrés. Je peux vous citer d’autres noms. Dans ma démarche, j’assume totalement mon combat qui est toute ma vie.

On vous a quand même vu au Sénat défendre les valeurs de la République. Vous êtes très française donc?
Bien sûr que je suis une française, je revendique mes deux cultures, c’est ma chance et je ne dois jamais raser les murs dans l’un de ces pays c’est interdit. Mon père m’a toujours dit: ma fille, si tu sais parler et écrire tu auras tout, je ne te laisserais rien mais si tu applique mes commandements, tu seras la plus heureuse et j’en suis là. Je n’ai jamais prévu me retrouver un jour au Sénat, c’est des lieux très privilégiés. Je ne suis qu’une orpheline, je ne pouvais pas l’imaginer, mais j’ai appliqué les consignes de mon père et ça marche.

Et aussi Camerounaise?
Pour être fière d’être une camerounaise il faut savoir dire non aux mauvaises propositions qu’on vous fera en occident. Je refuse de considérer toutes ces filles qui se prostituent et vont sur vos sites injurier toutes ces braves camerounaises qui nous distillent de la bonne musique. Une vraie camerounaise trouve un créneau pour se valoriser dans l’excellence et ne couche pas avec les chiens parce qu’on veut épater ses cousins ou ses voisins restés au pays. J’ai toujours voulue être fière de dire à haute voix que je suis camerounaise parce que j’utilise mon cerveau et avant j’ai simplement retroussé mes manches, voilà la vraie camerounaise.

On a l’impression que vous avez du ressentiment dans votre manière de parler et d’être?
DIEU m’a bénie, je vais vous citer quelques grâces dont mon père m’a gratifiées: Je fais de l’humour depuis un an et j’ai déjà joué dans les salles les plus huppées de la capitale. Je cite le Sénat, l’Assemblée nationale, l’Unesco sans compter les palaces et les mairies. Je ne peux pas être aigrie parce que mes parents m’ont béni, je suis la 1ère fille de mes parents, conçue en hiver, je suis la seule sur six enfants qui a eu le privilège de naître hors du Cameroun ça c’est une grâce. Je gagne bien ma vie et je paye mes impôts. Je me suis mariée avec l’un des beaux mâles camerounais, un mélange de Will Smith et de Denzel Washington. Je travaille à partir de 9 h jusqu’à 16 h et je gagne le salaire d’une immigrée qui travaille jusqu’à 20 h en commençant à 5 h du matin. Ma patronne, une riche veuve qui me prends comme sa fille vient me chercher tous les matins et vient me déposer chez moi comme une princesse. Qui l’eût cru? Mon pasteur le sait il me l’avait prédit. Je n’attends rien de personne, je veux simplement aider une population qui souffre. C’est pour ça que j’ai des papiers français.

Parce que vous avez été diaconesse vous pensez que c’est une formation pour faire du stand up, que diraient les ouailles de votre paroisse?
Moi je ne parlerais que de mon cas, le fait de rester debout pendant des heures m’a permis de faire le stand-up sans problème. Pour mes frères et s urs en christ je ne suis qu’un exemple de ce que DIEU est capable de faire à ses enfants qui le craignent, je serais adulée le jour ou j’irais saluer mes frères et s urs, je crois que je vais même signer des autographes, ils m’adorent même dans mon quartier je suis la réussite même et ce n’est pas arrivé au hasard, je l’ai cherché et j’ai trouvé.

Zomo-Ben Aline
Journalducameroun.com)/n

Est-ce la voie pour les humoristes qui arrivent dans le métier?
Ce n’est pas la voie, chacun à son parcours, moi je viens du Cameroun et j’ai appris l’humour en m’engueulant simplement avec mes voisines, parce que les Ewondos ont beaucoup d’humour et j’ai grandi avec les Ewondos, j’ai tout puisé là-bas.

Qu’est-ce que vous dites à la jeune génération de filles qui se lancent dans le One-woman-show?
Je ne suis pas au courant qu’il y a des humoristes camerounaises mais j’aimerais avoir des cons urs. S’il y en a, je n’ai vu leurs sketches dans aucun site, donc elles rasent les murs. Mes sketches sont éparpillés dans youtube, facebook. Si quelqu’un veut me jauger.

Qu’est-ce que vous aimez du Cameroun?
J’adore le Cameroun, c’est toute mon histoire j’y ai vécue jusqu’en 2004. En plus c’est un beau pays avec ses aléas, même les femmes souffrent encore comme à l’époque de nos mères, bref il faut se battre mes chères s urs.

A quand la publication de votre roman?
Je finalise mon roman en 2011 parce qu’il ne faut pas poursuivre deux lièvres à la fois. J’ai d’abord voulu testé l’humour, jusque là, je n’avais jamais utilisé mon cerveau. Maintenant, je sais que j’ai des potentialités à faire des chefs d’ uvre et je vais m’y mettre.

Mfouladja ça veut dire quoi pour vous?
Mfouladja c’est le nom de mon village plus précisément le grand village et mon quartier s’appelle nloupsi, mais je préfère Mfouladja parce que c’est sur la route et mon grand-père a longtemps été pasteur dans la paroisse de ce village.

Un mot pour le Centre culturel Francis Bebey où vous avez commencé?
Que de bons souvenirs, le Centre culturel Francis Bebey m’a insufflée une richesse incroyable. J’irais d’ailleurs faire un show là-bas pendant mon séjour en novembre. Ils sont très sympathiques et m’ont offert un bouquet de fleurs que je garde jalousement, et j’ai eu l’insigne honneur d’avoir des spectateurs de marques comme Nicolas Bisseck, Mme Meka Elise, Major ASSE, Valery Ndongo. Le lendemain, Madame le ministre de la culture m’invitait dans son bureau, une dame d’honneur. Si on m’avait dit que je parlerais avec un ministre j’aurais dit dans quel Cameroun? Celui de Paul Biya? Mais je l’ai fait.


Journalducameroun.com)/n


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