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Rencontre avec la franco-camerounaise Maryse Ewanjé-Epée

Elle revient sur son livre, ses combats, Françoise Mbango.. Entretien.

Qu’est-ce qui a été l’élément déclencheur de cet ouvrage ?
J’ai toujours écrit, du moins depuis mes 15 ans. J’ai un diplôme en journalisme et je suis une enquêtrice. Ce livre est la somme de différentes réflexions faites depuis des années et notamment le fait que j’ai animé durant 4 ans une émission de football diffusée dans toute l’Afrique francophone, intitulée Chez José avec José Touré. Durant cette émission, on a été confronté à de nombreuses reprises à des cas de jeunes sans-papiers qui arrivaient en France avec des situations très compliquées. On a reçu également des associations qui nous parlaient de ce phénomène. Et petit à petit j’ai eu envie d’en parler de façon plus approfondie, de faire une véritable enquête.

Il y a eu un déclic ?
Le déclic fût l’affaire Edel Apoula, le gardien du Paris-Saint Germain, camerouno-arménien. Il avait été emmené en Arménie à l’âge de 15 ans et naturalisé très rapidement. Je l’ai rencontré il y a 2 ans, il cherchait à retrouver sa nationalité camerounaise que malheureusement la F.I.F.A a refusé. Et puis il se trouve que le 15 décembre 2009, son ancien agent et entraîneur l’a fait chanter et cela a fait un énorme scandale en France puisqu’il lui demandait de l’argent afin de ne pas révéler sa véritable identité. Cela m’a mise en colère et j’ai eu envie de faire quelque chose.

Votre livre connaît un certain succès, quels sont les retours?
Les ventes ont bien démarré, plus de 5000 exemplaires la première quinzaine; cela part très bien et très fort pour ce genre de livre puisque ce n’est pas un roman mais un document. Je suis contente des ventes mais le vrai questionnement est de savoir si ça va ouvrir ou refermer les portes pour les associations dont je parle. Ce que j’espère avec ce livre c’est pouvoir ouvrir durablement certaines portes pour les associations afin de prévenir les maux.

Avez-vous pensé à la coupe du monde dans votre calendrier? Elle donne une dimension à votre ouvrage!
C’était le moment ou jamais de faire ce livre parce que le phénomène existe depuis une quinzaine d’années. Et même si cela s’est ralenti, il y a encore énormément de jeunes qui arrivent chaque année et se retrouvent dans des situations désastreuses.

Combien de jeunes avez-vous rencontré pour écrire le livre?
Je ne les rencontre pas forcément tous, ce serait très difficile à vivre car il y a plusieurs centaines qui arrivent par an en France. Je ne suis pas structurée pour résoudre les problèmes de ces jeunes et pour les aider, je travaille avec des associations comme Manifootball ou France-Bénin Football Plus. Ces associations se déploient pour essayer de les accueillir et même pour elles ce n’est pas facile. Les bénévoles associatifs sont complètement dépassés.

Vous avez pratiqué l’athlétisme et vous parlez d’une autre discipline sportive, ce genre de phénomène n’existe pas dans l’athlétisme ?
Ce problème de traitement des jeunes sportifs existe dans tous les sports mais c’est dans le football qu’il est le plus visible, avec le plus de rentrées d’argent. En athlétisme beaucoup s’en vont du côté des Etats-Unis et aussi en France.

Parlez-nous de votre nouvelle vie ?
(Rires) je n’ai pas de nouvelle vie, j’ai arrêté le sport il y a 15 ans. J’ai commencé en pigiste à la Gazette de Montpellier, l’Equipe, VSD, Athlé Mag. Puis, après ma carrière sportive j’ai travaillé sur de petites radios ou de petits journaux et plus tard des grandes chaînes de télévision comme Canal + ou Eurosport. J’ai créé ma propre société, j’ai animé des émissions de radios. Cela n’a rien de nouveau, mise à part l’écriture. J’ai toujours fait ce métier-là. Je suis mère de famille, journaliste et ancienne sportive.

On peut s’attendre à de nouveaux livres ?
Si les éditeurs le veulent bien (rires). Après ce livre-là, il y aura une suite à Négriers du foot, je suis en train de travailler sur la suite qui ferait parler d’anciens internationaux du football africain. Très peu veulent en parler, pourtant ils ont vécu ce genre de choses. Ils ont un devoir d’exemple et dire ce qui s’est bien passé, ce qui s’est mal passé, ce qu’il faut maintenant éviter. Ils me répondent qu’on ne peut faire de prévention puisque d’un côté on ne peut pas vraiment dire aux jeunes de ne pas venir car ils reprocheraient aux anciens de l’avoir fait et conséquemment d’avoir gagné leur croûte et des millions. Sinon j’ai aussi des projets de roman.

Pour terminer, un mot sur la naturalisation de l’athlète Françoise Mbango ?
Qu’on arrête de lui casser du sucre sur le dos, les camerounais sont fatigants, je peux le dire car je suis à moitié camerounaise. il n’y a pas plus nationaliste que Françoise, elle adore son pays, elle a représenté son pays pendant plus de 15 ans, elle s’est battue pour garder cette nationalité, et les médailles d’or qu’elle a, elle ne les doit pas au Cameroun mais à son travail, sa ténacité. Le Cameroun ne fait strictement rien pour ses athlètes et encore moins quand elles sont femmes. Aujourd’hui, sur la fin de sa carrière, elle a décidé de prendre la nationalité française parce qu’on lui donne une opportunité de vie confortable qu’elle a amplement mérité.

Maryse Ewanjé-Epée
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