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Rencontre avec Mme Marie Thérèse Althermath – Nyogol – Massing

Originaire du Cameroun, elle est le porte flambeau de la lutte pour les parités sociales, à travers la fédération des Mariannes de la république en France

Vous êtes présidente fondatrice de la Fédération des Mariannes de la République et d’Europe, de quoi s’agit-il exactement?
C’est une Fédération qui regroupe plus de 40 Entreprises et Associations de la Diversité. Elle promeut et valorise la diversité, les chefs d’entreprises issus de la diversité, le droit des femmes, le droit des minorités, lutte pour la préservation de la mémoire des tirailleurs, soldats et anciens combattants africains. Elle rassemble des femmes, des hommes, des jeunes, des vieux, des handicapés. C’est une association qui se place dans un contexte européen, puisque nous sommes une fédération européenne.

Qu’est ce qui vous a motivé à créer une telle organisation?
C’est l’absence de la diversité dans les sphères décisionnelles. Je suis allée un jour faire une conférence au parlement européen et je devais intervenir sur un sujet qui concernait l’Afrique. J’ai constaté qu’il n’y avait curieusement pas d’africains dans l’hémicycle. Nous parlions de l’Afrique en prenant des décisions la concernant, mais sans africains représentés dans la salle. Cela a provoqué un déclic dans ma tête et je me suis dit ; il faut que les choses changent. Chaque jour, ce sont les mêmes qui parlent pour nous, qui décident pour nous, africains. Comme dit un sage africain, ce qui est pour nous, sans nous, est fait contre nous. Alors je me suis dit, non, il faut qu’on s’engage, qu’on fasse connaître la diversité, elle a une place importante dans la société Française et en particulier dans la société Européenne. Nous devons défendre nos droits fondamentaux. Nous avons donc décidé de créer cette fédération qui maintenant regroupe une quarantaine d’associations et entreprises, 120 personnes physiques, des bureaux et antennes dans tous les départements d’Ile-de-France. Le 77 Seine et Marne, (Meaux), le 78 les Yvelines (Versailles), le 91, l’Essonne (Draveil), le 92, Les Hauts de Seine à (Clichy la Garennes), le 93, Seine St Denis (Aubervilliers et Prés St Gervais), le 94, Val de Marne (à Créteil et à Vincennes) et dans le 95, Val d’Oise (Argenteuil). Trois Antennes également en Belgique (Bruxelles), Grande Bretagne (Londres) Allemagne (Franckfort) afin d’amener la diversité à s’engager quelque soit le niveau et le domaine. Pourvu que ce soit un travail bien fait.

Comment définissez-vous votre territoire?
Le territoire est d’abord défini sur le plan national, c’est-à-dire en France. Nous avons commencé en France avec des antennes dans tous les départements. Nous l’avons élargi ensuite pour que la fédération devienne européenne. Nous comptons avoir des antennes dans les 27 pays de l’Union européenne. Mais pour le moment, nous n’avons que trois, dont la Belgique, l’Allemagne et la Grande Bretagne. D’ici la fin de 2011, nous aurons couvert le reste du territoire européen. Nous nous sommes rendus compte que la diversité a les mêmes problèmes quelque soit le pays de résidence. Bien qu’il y ait plus de facilité dans les pays anglophones que dans les pays francophones. (C’est pour cette raison que nous lançons un appel aux personnes qui veulent et qui peuvent s’investir à se joindre à nous pour nous aider à ouvrir ces antennes dans les villes Européenes où nous ne sommes pas encore présents).

La fédération prend position pour que les femmes existent dans la sphère politique où elles prônent tout simplement l’égalitarisme ?
Je compare toujours la lutte des femmes aux droits civiques des noirs américains. On se rend compte que les problématiques sont les mêmes. Ici, les femmes luttent pour le droit à l’égalité. Aux Etats Unis, les noirs ont lutté pour avoir les droits les plus élémentaires. Et, ils ont plus progressé que les femmes. En Europe, je le dis toujours, en tant que femmes, nous avons un triple problème : nous sommes femmes, noires et issues de la diversité. Donc, fatalement, nous devons lutter trois fois plus. Déjà qu’ici, l’inégalité homme-femme est criarde sur le plan professionnel et politique. Par exemple, lors du colloque de 2007 que nous avons organisé à l’Assemblée nationale, nous avons voulu inviter la seule femme noire députée, Madame Georges Pau-Langevin, pour qu’elle vienne nous expliquer comment elle a dû se battre pour en arriver à ce niveau de responsabilités. Cela fait vingt ans que je fais de la politique. J’ai été nommée aux Municipales dans la ville de Brunoy en 2006 et aux dernières Elections Régionales de 2010 où j’étais seule femme tête de liste issue de la diversité en Ile-de-France sur la Liste de l’Alliance Ecologie sur Paris, mais il a fallu que je me batte moi aussi parce qu’on ne voyait pas mes compétences.

Appliquez-vous la diversité dans le sens de la parité dans votre fédération?
Dans notre fédération tout est représenté. Il y a des hommes, des femmes, des jeunes, des noires, les asiatiques, les européens, les handicapés, les homosexuels, bref tout. La parité est respectée puisque notre secrétaire général est un homme, le trésorier adjoint également. Nous avons aussi deux parrains et deux marraines. Pour tout dire l’équilibre est respecté. Au début, on a connu une grande réticence de la part des hommes qui, lorsqu’ils voyaient le nom de Mariannes, pensaient que c’était exclusivement une affaire de femmes.

Et justement pourquoi l’appellation Marianne?
Marianne est le symbole de la République Française comme le drapeau tricolore et la Marseillaise (l’hymne). Quand vous allez dans les mairies et que vous voyez un buste de femme, c’est elle la Marianne qui a combattu pour nos libertés. Et la République, pour rendre hommage à cet acte courageux, a pris pour symbole une femme qu’on a nommé Marianne. Un autre exemple, la lutte pour les droits civiques des noirs aux USA, c’est une autre femme qui l’a initiée ; Rosa Park. Souvenez-vous, cette femme a refusé de se lever dans un bus pour céder sa place à une blanche. De cet acte de révolte est né le mouvement des libertés civiques aux Etats-unis. Et c’est Martin Luther King qui a porté ce mouvement à la victoire. Et le nom de Marianne a été choisi parce que, nous aussi, nous sommes des Mariannes.

On va parler de Marie Thérèse Altermath, née Massing, qui est-elle?
Je suis chef d’entreprise et je suis venue en Europe, en France pour mes études il y a 27 ans. J’ai fait des études de commerce, de gestion et de droit. J’ai été fonctionnaire aux ministères des Finances, de l’Ecologie, de l’Education pendant 10 ans. Ensuite, je me suis lancée dans les affaires. J’ai demandé une mise en disponibilité et j’y suis toujours à présent. Je compte lancer une gamme de produits alimentaires africains bio. J’aimerais créer une gamme de produits alimentaires 100% terre africaine, particulièrement camerounaise, ivoirienne, Ghanéenne et créer des magasins agréés de produits surgelés bio-africains.

Quel est le meilleur souvenir que vous gardez du Cameroun?
Je garde vraiment de bons souvenirs du Cameroun. Je me souviens encore de ce jour, lorsque nous sommes allés attendre notre président Ahidjo. Pour nous, c’était un être inaccessible, un mythe. Il venait à Douala et nous étions alors aller au Boulevard Amadou Ahidjo à Akwa pour l’attendre. Il passait à 14 heures et nous sommes arrivés à 8 heures du matin. Ce jour-là, il y avait un soleil infernal et nous sommes restés sur le bord de la route, enthousiaste et fier. Et ce qui est resté gravé dans ma mémoire, c’est quand il est passé dans sa voiture et qu’il a baissé la vitre de sa portière. Là, nos regards se sont croisés et il a secoué la main en signe de salutation. Pour la petite fille que j’étais alors, c’était très émouvant. J’ai oublié toutes ces longues heures d’attente. Et pendant au moins un mois, je ne parlais que de cela dans tout le quartier. Rendez-vous compte ; j’avais fait coucou au président Ahidjo.

Marie Thérèse Althermath – Nyogol – Massing, la princesse camerounaise, aujourd’hui porte flambeau des luttes pour la parité
Princesse Altermath-Nyogol-Massing)/n

Pensez-vous que la parité homme-femme sera un jour possible en Afrique, particulièrement au Cameroun?
De vous à moi, où serait l’Afrique aujourd’hui sans les femmes ?

Nous n’en avons pas besoin, car c’est la femme qui fait tout, que ce soit en Europe, en Afrique, ou dans le reste du monde, c’est la femme qui porte les enfants, qui les éduque, nourrit. C’est elle, finalement, qui est le centre de la famille, elle n’a pas besoin de prouver quoi que ce soit. Ce sont les femmes qui tiennent le monde. Je prends un exemple, si toutes les femmes décidaient de ne plus accoucher, il n’y aura plus de reproduction de l’espèce humaine. Je me dis que Dieu nous a donné le pouvoir. Mais qu’est ce que nous cherchons encore ? A l’époque, les femmes se sont détournées de la politique en pensant que c’était l’affaire des hommes. Regardez l’Afrique 50 ans après, les hommes ont échoué. Je suis sûr que s’il y avait eu plus de femmes en politique, aux postes de désicions, quelques-unes seulement en 50 ans, on n’en serait pas là. Observez le monde, les femmes accouchent et les hommes envoient nos enfants faire la guerre. La femme a un rôle de paix. Et c’est ce rôle qu’elles doivent maintenir.

Suivez-vous l’application de la convention sur l’élimination de toute forme de discrimination à l’égard des femmes ? Avez-vous une idée de comment cela est appliqué en Afrique ? Est-ce que ce sujet vous intéresse?
Bien sûr que cela m’intéresse. Prenons le cas du Moyen orient où les femmes n’ont pas le droit de parler encore moins de sortir sans être couverte des pieds à la tête. Moi j’appelle cela être emprisonnée. Pourquoi tout cela ? Simplement parce qu’on se cache derrière Dieu. Je me demande au nom de quel Dieu on doit torturer l’autre ? Les lois sont faites par les hommes, la bible, le coran, la Tora ont été écrits par les hommes et pour les hommes. Moi je dis non. Ces hommes qui se disent et qui se croient supérieurs aux femmes doivent savoir que ce sont des femmes qui les ont portés. Je veux simplement dire que je trouve très regrettable le fait que les femmes n’aient accès à aucune liberté, à certains droits, même les plus élémentaires, dans certains pays du monde.

Colloque de sensibilisation à l’Assemblée Nationale avec la Députée de Paris Madame George PAU-LANGIN, février 2009
Princesse Altermath-Nyogol-Massing)/n

Quel est l’agenda de la fédération, notamment pour 2011?
Tous les 1er janvier, nous faisons une grande conférence dans une institution. Ensuite, tous les mois, ou tous les deux mois, nous allons dans les fédérations où nous sommes représentés pour inciter les femmes et les jeunes, surtout ceux de la diversité, à s’engager dans l’entrepruneuriat ou dans la politique. En ce qui concerne l’année 2011 :

-Lundi 13 mars, de 10h 30 à 12h, nous lancerons les évènements 2011 par une conférence de presse au Grand Palais Cours de la Reine, Peron Alexandre III dans le 8ème arrondissement devant les journalistes de la presse écrite et de la télé. J’espère que le Journal du Cameroun sera présent.

-Samedi 19 mars, nous aurons notre colloque annuel de sensibilisation au Sénat (Palais du Luxembourg) dans le 6ème arrondissement. Et là, je profite pour dire à tous les internautes de journalducameroun.com d’y assister massivement. Nous aurons deux thèmes :  »Chefs d’Entreprises issus de la Diversité ; quel PARCOURS ? » et « La politique Française et Européenne ; quelle place pour les citoyens issus de la diversité ? », devant les femmes, hommes politiques et chefs d’entreprises. Nous parlerons de l’entrepreneuriat. Une étude a revélé que les personnes issues de la diversité créent beaucoup plus d’emplois que les français de souche. Mais ils ne vont pas jusqu’au bout, faute de préparation. Pas ou peu d’études du marché préalables, pas de budget prévisionnel, pas de business plan. Au bout de 2 ou 3 ans, ils abandonnent. Nous voulons donc sensibiliser les jeunes créateurs à bien se préparer avant de lancer un projet.

-Le 14 mai, nous lancerons  »les Etats Généraux et Régionaux des Jeunes et des Femmes de la Diversité ». A l’occasion des prochaines échéances politiques, les élections présidentielles quelle sera la place de la diversité ? Nous parlerons l’entrepreneuriat de la femme Noire en Europe en particulier en France.

-Le 11 juin, il y aura la remise des trophées des Mariannes de l’Excellence remis aux créateurs d’entreprise issus de la diversité qui ont réussi, ceci dans l’optique d’inciter les autres jeunes.

-Le 17 juillet, nous allons célébrer la journée de la femme africaine en collaboration avec l’Assocation CLAEE.

-Les samedi 22 et dimache 23 octobre, on fera le  »salon des arts d’ici et d’ailleurs » à l’espace Reuilly pour promouvoir la culture, les arts et le savoir faire africain ainsi que le tourisme africain. Comme j’ai tendence à dire, nous sommes tous et toutes les Ambassadeurs et Ambassadrices du Continent Africain, c’est à nous de vendre et de valoriser le Terroir et le Tourisme et à emmener les investisseurs ainsi que les opérateurs économiques pour créer les emplois en Afrique.

Les 4, 5 et 6 novembre, nous célébrerons le soldat africain mort pour la France et l’Europe. Car on n’en parle pas assez.
-Vendredi 4 novembre à l’UNESCO en collabotation avec la Contesse Emmanuelle Vidal Simôes de Foncece, fille du Celebre Douta SECK et Présidente la Maison d’Edition EL COBRA.

-Samedi 5 novembre, toutjours aux Invalides commémoration sur le Thème: Mémoire et Droit de Transmission.

-Dimanche 6 novembre, dépôt de la gerbe à la memoire du Soldat et Tirailleur Africain mort pour la France et pour l’Europe sur la Tombe du Soldat Inconnu, sous l’Arc de Triomphe sur les Champs Elysées, comme l’année précédente, sur le thème : Ne les Oublions Pas.

Ces journées du Tirailleur Africain sont faites pour honorer leur mémoire et pour demander aux Autorités Françaises, le droit d’ériger un mémorial en leur honneur. Que nous financerons nous-mêmes ; je tiens à ce que ce soit la diversité qui finance ce mémorial et je lance un appel pour qu’on puisse l’ériger à la mémoire de ces soldats, ici, en France et dans chacun des pays d’origine soit 27 pays d’Afrique. Nous demandons également aux Gouvernements que le premier samedi du mois de novembre soit décrété Journée Internationale du Soldat, Indigène et du Tirailleur Africains mort pour la France et pour l’Europe lors des deux Guerres Mondiales

Dépôt de gerbe à la mémoire des Soldats, Tirailleurs Africains morts pour la France et pour l’Europe sur la Tombe du Soldat Inconnu, sous l’Arc du Triomphe sur les Champs Elysées en novembre 2010
Princesse Altermath-Nyogol-Massing)/n

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