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Repenser les stratégies de bataille politique au Cameroun, par Jean Paul Samba Epape

« concentrer essentiellement toutes les stratégies et batailles politiques actuelles autour de Mr. BIYA intensifierait un réel danger pour l’instabilité du pays après son départ »

Pour tout observateur averti de la situation politique camerounaise actuelle, le problème de la succession de l’actuel président de la république pose un grand défi majeur dans un futur très proche. Cette situation tourmente et anime les esprits de bon nombre de Camerounais conscients. En effet, la loi fondamentale de notre pays prescrit un processus démocratique de succession à la tête de l’état du Cameroun, mais la lente et fragile construction de la démocratie depuis presque deux décennies au Cameroun pose des menaces sérieuses à cette prescription.

Face à cette situation critique et délicate, l’atmosphère politique qui prévaut actuellement pousse à croire que les Camerounais tout entiers semblent placer un seul homme, Mr BIYA, au centre des débats de cette affaire. Mr BIYA reste la cible précieuse et prioritaire de toutes les stratégies et batailles politiques actuelles ; en fait le jeu politique camerounais actuel semble se résumer en ceci : soit uvrer pour le maintenir au pouvoir, soit uvrer pour le chasser du pouvoir. S’il est tout à fait légitime qu’aujourd’hui chaque Camerounais a le droit d’ uvrer légalement pour le maintient ou pour le départ de Monsieur BIYA ; mais concentrer essentiellement toutes nos énergies, luttes et débats politiques actuels autour de lui intensifierait un réel danger pour l’instabilité du pays après son départ.

En effet, dans un environnement où la maturité du processus démocratique reste encore à tester, où les revendications et considérations ethniques et tribales mettent encore en difficulté le chantier de l’unité nationale, et où la pauvreté et l’inégalité sociale sont palpables, les chances de déstabilisation et de ruine après Mr. BIYA ne sont pas négligeables. Le problème qui naturellement devrait être plus préoccupant pour nous Camerounais et surtout la jeunesse, c’est les différents défis et surprises que nous réservent l’après BIYA. Le fait est réel ; l’après BIYA nous réserve plein de surprises; les gens en parlent, et on a l’impression que plus on est proche, plus les excitations, la panique et les agissements augmentent.

Alors une des questions ultimes est de savoir si limiter nos luttes et débats de succession autour de Mr. BIYA peut nous garantir la prospérité et un climat de stabilité après lui.
Après plus d’un quart de siècle au pouvoir, Mr. BIYA a certainement contribué de sa façon au chantier de construction du Cameroun. Plusieurs choses ont été réalisées, d’autres ont certainement échoué et restent à améliorer, d’autres restent même encore à réaliser. Chacun de nous se réserve le droit de porter un jugement de valeur sur cet uvre, mais la chose la plus certaine est que cet uvre s’approche déjà vers une fin très proche et imminente. Ainsi l’attitude qui consiste à le mettre au centre des luttes, des revendications et des débats politiques actuelle paraitrait moins bénéfique pour un Cameroun qui se veut gagnant après Mr. BIYA. Car la mission ultime actuelle de Mr. BIYA est certainement de passer le témoin à la prochaine génération de leaders.

Il importe de savoir que le Cameroun, comme presque tout pays en Afrique Sud Saharienne, est encore un vaste chantier en construction qui a commencé il y a de cela 50 ans. Et plus important encore, ce sont les générations qui se succèdent qui façonnent ce chantier. Il est si facile et même naturel de comprendre que la génération de Mr. BIYA est presque révolue et qu’en conséquence le façonnement du chantier Camerounais dans un futur très proche ne dépendra plus de lui. Les débats et luttes politiques actuels devrait massivement se reposer sur les problèmes fondamentaux qui sont la et qui resterons après le départ proche de Mr. BIYA. Ces problèmes incluent par exemple: la consolidation de la démocratie au Cameroun, la consolidation de l’unité nationale dans la diversité ethnique et culturelle, la dépravation des m urs, l’intégration nationale, la lutte contre la pauvreté, le développent économique et réchauffement climatique… En fait il s’agit de repenser et d’aborder ces problèmes dans le contexte de l’émergence d’une nouvelle génération, celle de cette époque de la mondialisation, qui devrait embrasser ces défis dans des perspectives certainement différentes. Les débats francs, les discussions sincères et les campagnes engagées sur ces thèmes permettraient d’identifier la nouvelle génération de leaders d’après BIYA qui semble absente actuellement, et permettraient aussi certainement aux populations de mieux se préparer pour l’après BIYA. Car la séparation avec un long régime ne parait pas toujours chose évidente ; avec plus d’un quart de siècle de règne, le régime a tissé des liens complexes avec une bonne majorité des populations de la génération finissante et aussi a crée des frustrations, haine et la ranc ur pour une autre partie de la population, surtout la population jeune.

En résumé, la réussite de la succession de Mr. BIYA à la tête du Cameroun et la stabilité du pays après son règne dépendraient moins des débats, luttes et campagnes autour de lui mais autours des enjeux ultimes de l’heure qui ne le concernent plus nécessairement. Ceci est donc une interpellation aux jeunes Camerounais et aux politiciens, car la majorité des défis actuels du Cameroun ne se reposent plus sur Mr. BIYA comme cela semble être, mais se reposent sur la jeunesse et la prochaine génération des leaders du Cameroun. Comprenons que le monde attend et compte beaucoup sur la jeunesse Africaine actuelle, alors si on reste piégés et coincés dans les querelles du passé sans toute fois nous préparer aux débats qui concernent notre avenir proche, le cycle de la misère africaine suivra certainement son cour.

Jean Paul Samba Epape
Journalducameroun.com)/n
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