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Reporters sans Frontières contre les prédateurs de la liberté de la presse

La liberté de l’information et la liberté de l’expression sont essentielles pour assurer la démocratie

Conformément à l’article 10 de la convention européenne des droits de l’homme, et à l’article 19 de la convention universelle des droits humains, le monde a maille à partir avec le respect de la liberté d’expression. Ainsi, les points chauds en matière de liberté de la presse dans le monde restent clairement définis. Ils existent sur tous les continents. De l’Europe à l’Asie et de l’Amérique latine à l’Afrique, le constat est clairement établi. La liberté d’expression continue de reculer pour la huitième année consécutive.

L’Unesco et la liberté de la presse
A travers le discours de la directrice Mme Irina Bokova, cette Journée mondiale de la liberté de la presse a pour thème «la liberté d’information». Elle se définit comme un principe selon lequel les organisations et les gouvernements ont le devoir de communiquer ou de rendre facilement accessibles les informations qu’ils détiennent à quiconque souhaite en prendre connaissance, en vertu du droit du public d’être informé. A travers ce principe combiné à celui de la liberté d’expression, l’on assure même l’essentiel de la démocratie. Or, l’on observe bien les obstacles à ces principes devenus des droits. C’est ainsi que l’institution installée à Paris a condamné à travers le monde le meurtre de près de 77 journalistes au cours de l’année 2010. La plupart ne couvraient pas des conflits, mais des sujets locaux. Chaque jour, des milliers de confrères font leur métier dans un contexte où des restrictions sont imposées à l’information, où les pressions, le harcèlement, l’intimidation, voire les agressions physiques font partie du quotidien. En remettant le prix mondial de la liberté de la presse UNESCO/Guillermo Cano 2010 à Mónica González Mujica, grande plume chilienne du journalisme d’investigation, l’institution souligne néanmoins que des progrès ont été réalisés ici et là. En Australie où la cérémonie a eu lieu, la directrice a insisté sur le fait que de plus en plus de pays adoptent une législation sur la liberté d’information. Dans le même temps, des technologies plus rapides et moins chères permettent à un nombre croissant de personnes d’accéder à des informations qui vont au-delà de leur environnement quotidien. Ce sont là des avancées qui par ailleurs s’avèrent préjudiciables.

Reporters sans Frontières fait la fête
C’est sous le signe des réjouissances que l’Ong internationale place la journée de la liberté de la presse en 2010. Elle célèbre dans un environnement entièrement ou partiellement répressif pour les médias ses 25 années d’existence axées sur le combat et la lutte. Le constat demeure amer malgré des signes de réjouissances. Les chiffres ne trompent pas: 77 journalistes tués, 33 enlevés, 573 arrêtés, près de 160 contraints à l’exil, 151 blogueurs et «netcitoyens» interpellés, 570 médias censurés, 60 pays frappés par la censure d’internet. Pour Reporters sans Frontières, ce bilan 2009 est une nouvelle preuve: une guerre, une révolte, une élection, autant de menaces pour les journalistes. Le plus marquant d’après l’organisation est que désormais même les blogueurs et les sites sont visés par la répression. Si ce droit doit constamment s’arracher, cela ne signifie pas pour autant que la presse est vectrice d’une vérité incontestable. Elle oublie trop facilement ses propres excès, ses erreurs, parfois même ses fautes. C’est pourquoi, l’on pense qu’au regard des conventions et déclarations disponibles sur la liberté de la presse, chaque État doit faire des efforts pour garantir le plein respect de la liberté d’expression et d’information. Il ne suffit pas de saisir les organisations internationales sur les violations de la liberté des médias. Il faut s’employer à les prévenir. Il y va de la responsabilité des médias eux-mêmes et de celles des associations de journalistes. Ils devraient unir leurs efforts en la matière.


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Des publications pour la fête
En plus des chiffres publiés, Reporters sans Frontières pour ses 25 ans édite un album de 101 photos de l’agence Magnum pour la liberté de la presse. A l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, l’organisation publie aussi sa liste actualisée des «40 prédateurs». Ce sont pour elle, des dirigeants politiques, religieux ou organisations terroristes prenant systématiquement pour cible le travail des journalistes. Puissants, dangereux, violents, ils sont au-dessus des lois, rappelle RSF. Près de 17 chefs d’État et de gouvernement figurent sur la liste. Présidents chinois, iranien, rwandais ou tunisien disputent ces tristes honneurs. A leurs côtés, l’on note la présence de certaines forces armées régulières, d’organisations criminelles ou terroristes comme les FARC, l’ETA ou les Forces israélienne ou palestinienne. Figurent également cette année sur la liste, «les milices privées» des Philippines suite au massacre survenu dans la province de Maguindanao le 23 novembre 2009. Cependant, les situations ne sont pas identiques partout et des prédateurs auraient même disparu de la liste. RSF, qui fête cette année ses 25 ans d’existence, lance par ailleurs une campagne de publicité, conçue par une des entreprises qui soutient l’ONG. Trois affiches détournant les portraits des trois chefs d’Etat Kim Jong-il de Chine, Mahmoud Ahmadinejad d’Afghanistan et Mouammar Kadhafi de Libye illustrent cette nouvelle campagne contre les prédateurs de la liberté de la presse.

La campagne détournée des trois présidents
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