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« Rester à Djibo et mourir »,le calvaire des déplacés du jihadisme au Burkina

« On n’a plus rien mais mieux vaut être vivant ici que de rester à Djibo et mourir ». Belem Boureima, agriculteur septuagénaire, a dû quitter son village avec sa famille de 43 personnes, comme 300.000 déplacés qui ont fui les violences jihadistes dans le nord et l’est du Burkina Faso.

Visage buriné, coiffé d’un couvre-chef de prière musulman, Belen Boureima, responsable d’une famille de 7 hommes, 13 femmes et 23 enfants, vivait dans un petit village de Gassalpalik, à 70 km de Djibo, chef-lieu du département du même nom, un des épicentres des attaques.

« C’est la première fois que je quitte Djibo. Je suis né à Djibo, j’ai grandi à Dijbo, j’ai toujours vécu à Djibo », explique le patriarche de 74 ans d’ethnie mossi, la principale du Burkina qui compte des chrétiens comme des musulmans.

Le Burkina Faso, pays pauvre d’Afrique de l’Ouest, est pris depuis quatre ans et demi dans une spirale de violences attribuées à des groupes armés jihadistes. Depuis début 2015, les attaques, de plus en plus fréquentes et meurtrières, ont fait plus de 570 morts, selon un décompte de l’AFP.

Les 300.000 déplacés sont majoritairement des Mossis même si des milliers de Peuls, souvent assimilés aux jihadistes, ont aussi quitté leur maison pour échapper aux exactions des Forces de défense et sécurité (FDS), selon des associations d’aide aux déplacés.

« Les assaillants (c’est ainsi qu’il nomme les jihadistes en Mooré, la langue mossi) m’ont tout pris, boeufs, moutons, cabris… Ils sont armés, ils viennent avec des motos », raconte Belem Boureima

-‘Tu ne ferme pas les yeux’ –

« Ils entraient dans les concessions prenaient les animaux et tuaient les hommes. J’ai vu des gens tués. Beaucoup », assure-t-il sans pouvoir donner de chiffres. « Il ont aussi enlevé trois hommes du village dont on n’a plus de nouvelles ».

Il raconte que les « FDS effectuent des patrouilles » sans pouvoir les protéger.

« On ne comprend pas. On ne sait pas ce que (les jihadistes) veulent. Les enseignants ont fui. Le centre de santé est fermé. On avait peur. La seule échappatoire c’était fuir. »

« On a empaqueté quelques affaires, pris ce qu’on pouvait, des ustensiles de cuisine, le peu d’argent qu’on avait… Au village, tout le monde est parti. C’était la débandade. On ne sait pas ce qu’est devenu le village aujourd’hui, si ce ne sont les oiseaux, personne n’y vit encore », dit-il.

La famille Belen a trouvé refuge par hasard dans un quartier terreux de Yagma à une trentaine de kilomètres au nord de Ouagadougou.

« Quand quelqu’un est égaré il arrive n’importe où », explique le vieux monsieur qui ne connait personne dans cette région. Un « tuteur » désigné par le chef du village de Ygma est chargé de les aider.

« On a absolument rien ici. C’est dégradant mais la honte on l’a vite ravalée. C’est désespérant ».

Bintou, une des femmes âgées de la famille sourit quand elle dit qu’elle a bien « plus que 40 ans ».

« La vie ici est meilleure, ici on peut dormir paisiblement. Là-bas, la nuit, tu ne fermes pas les yeux parce que tu ne sais pas ce qui se passe. Les hommes se cachaient en brousse la nuit », se souvient-elle.

« Avant le début (des attaques jihadistes), c’était la vie heureuse là-bas, on cultivait, on vivait dans notre maison, on avait du bétail, on mangeait à notre faim. Ici, on balaie pour ramasser des cailloux pour vendre à 1000 F CFA le tas (1,5 euros, pour la construction). Je ne mange pas à ma faim. On peut faire trois jours sans vendre. On n’a pas de quoi nourrir les enfants », dit-elle.

– Aide attendue –

La famille occupe des « concessions », des cases réparties autour d’une cour, mises à disposition gratuitement par les villageois Yagma mais les hommes n’ont pas de terre pour cultiver et espèrent « de l’aide ».

Pour le moment, la mairie de Yagma a promis recenser les déplacés mais « aucune aide » n’est venue, souligne le tuteur de la famille Nabonswendé Zongo.

« C’est difficile », souligne ce retraité qui vit modestement. « S’il y a la paix, ils repartiront. Je suis content de les accueillir. On est tous frères, j’espère bien agir. Je ne sais pas ce que l’avenir me réserve. J’ai peur et j’espère que ça ne viendra pas ici ».



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