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Retrait de la CAN 2019 au Cameroun : le double jeu du Maroc

Ahmad Ahmad et le président de la Fédération royale marocaine de football Fouzi Lekjaa

La décision de la Caf de retirer l’organisation de la prochaine Coupe d’Afrique des nations au Cameroun a été fortement influencée par le royaume chérifien, qui affichait pourtant en public son soutien au pays de Paul Biya.

Les causes de l’échec du Cameroun à l’organisation de la CAN 2019 sont endogènes, mais aussi exogènes. Le Maroc n’a jamais su faire le deuil d’avoir perdu l’organisation de la CAN 2015. Bien plus, le royaume chérifien n’a jamais pardonné au président de la Confédération africaine de football (CAF) de l’époque, le Camerounais Issa Hayatou, son refus du report de la CAN 2015 comme il le souhaitait.

Pour rappel, à trois mois du début de la Can que le Maroc devait accueillir en janvier 2015, le royaume chérifien avait demandé à la Caf un report de six mois, pour, disait-il, «éviter les rassemblements » auxquels devaient prendre part des « pays touchés par l’épidémie Ebola ».

La décision du royaume constitua une surprise totale pour le monde du football.  La Caf était d’autant plus étonnée qu’au moment où cette décision était prise,  Royal Air Maroc demeurait l’une des rares compagnies aériennes qui continuait de desservir les pays ouest-africains (Liberia, Sierra Leone et Guinée), qui constituaient alors l’épicentre de l’épidémie Ebola sur le continent. En outre, contrainte de trouver un terrain d’accueil après la décision de la Caf d’interdire les matches internationaux sur le sol guinéen en raison de l’épidémie de fièvre Ebola dans la région, le Maroc avait accepté d’accueillir les matchs éliminatoires du Sily national.

La fièvre Ebola comme prétexte

D’où venait-il donc que le Maroc demande subitement à la Caf un report de six mois pour organiser la CAN ? La fièvre Ebola n’était en réalité qu’un prétexte. La raison de la demande du report est à trouver ailleurs. En 2014, le Maroc avait déjà dans le viseur l’organisation de la Coupe du monde 2026. C’est dans l’optique de vouloir séduire les Européens, qui ont toujours exigé que la CAN se déroule au mois de juin, quand les joueurs professionnels sont libres, que le Maroc  avait demandé à la Caf le report de six mois. Issa Hayatou et son comité exécutif s’étaient opposés à cette demande marocaine.

Pour des raisons météorologies et autres, les dirigeants de la Caf de l’époque avaient toujours pensé que la CAN  était plus vendable en janvier, en l’absence de toute autre compétition de grande envergure. La suite on la connait : La CAN 2015 s’est déroulée in extremis en Guinée Equatoriale et a connu le triomphe de la Côte d’ivoire.

Le complot ourdi pour la destitution d’Issa Hayatou

Ecarté d’office pour cette CAN 2015 par son refus d’organiser la compétition à la date convenue par la Caf, le Maroc ne participa pas à cette grande fête, au profit de la Guinée Equatoriale. Le royaume chérifien garda une dent dure contre le président de la Caf, Issa Hayatou, et orchestra un complot  pour la destitution de ce dernier.

En campagne sur le continent pour le retour du Maroc à l’Union africaine, les émissaires du Roi Mohammed VI vont en profiter pour lancer l’opération de charme en faveur de leur champion, Ahmad Ahmad. Ce dernier, une fois élu en mars 2017, va décider que les phases finales de la CAN se disputeront désormais au mois de juin et à 24 pays. La décision fut prise lors d’un symposium sur le football africain organisé comme par à hasard au Maroc, trois mois après son élection.

 

Le Maroc étant toujours en pleine campagne pour l’organisation de la Coupe du monde de 2026 veut s’attirer le maximum  de voix sur le continent. Au mois de mars 2018, en marge du symposium sur le football africain, financé par… le Maroc,  le président de la Fédération royale marocaine de football Fouzi Lekjaa va tenir des propos bien aimables à l’endroit du peuple Camerounais. « Le Maroc sera toujours du côté du Cameroun pour l’organisation de la CAN 2019 », « Nous sommes prêts à vous aider », ne cessait-t-il de marteler. Un discours qui va s’avérer convaincant pour les naïfs camerounais.  A la veille du démarrage  de la Coupe du monde « Russie 2018 », le président du Comité de normalisation de la Fecafoot, Me Dieudonné Happi, va voter en faveur du Maroc pour l’organisation du Mondial 2026.

La rancune tenace

Or, entre temps, depuis son élection à la tête de la CAF,  Ahmad Ahmad est plus présent à Casablanca aux côtés de son vice-président Fouzi Lekjaa, qu’au Caire, siège de la CAF. Les entretiens se multiplient entre les deux hommes.  Le Maroc, pays touristique par excellence,  tient à rentabiliser ses stades. C’est dans cette optique que la CAF pèsera de tout son poids pour que le Maroc organise le Championnat d’Afrique amateur en début d’année 2018. Une compétition d’ailleurs remportée par la sélection des Lions de l’Atlas.  Mais le pays de Mohammed VI, qui n’a remporté qu’une CAN jusqu’ici, en 1976 en Ethiopie,  tient absolument à organiser la CAN 2019. Et tous les émissaires en mission d’inspection des infrastructures au Cameroun  le savaient bien.

Ahmad Ahmad qui dès sa prise de fonction  indiquait à la télévision burkinabé, avec beaucoup de mauvaise foi, que le Cameroun était incapable d’organiser une CAN à quatre équipes, sait qu’il doit offrir la Can 2019 à ses « parrains ». Marocains et Malgaches ayant pour diverses raisons un ennemi commun : Issa Hayatou.

C’est sous le règne de ce dernier que l’organisation de la CAN cadets  2017 échappa à Madagascar, Ahmad Ahmad étant président de la Fédération malgache de football. Au-delà des raisons du retard des Camerounais dans la construction des stades, c’est  avec la rancune tenace que la CAF, avec la complicité du Maroc,  a retiré, vendredi dernier,  l’organisation de cette grande fête au Cameroun.

Dans un continent où très peu de pays peuvent se targuer d’avoir les infrastructures nécessaires pour organiser efficacement une CAN à 24 pays, la CAF gagnerait à désigner les pays organisateurs de sa plus grande compétition, au moins dix ans à l’avance, comme cela se fait ailleurs. L’appel à candidatures pour l’organisation de la CAN 2019  n’est qu’un leurre : la prochaine CAN se disputera au  Maroc, champion du double jeu.  

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