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Sacré Février

Par Kah Walla, Présidente du Cameroon People’s Party (CPP)

La capacité du gouvernement qui gère le Cameroun depuis 54 ans à déformer l’histoire est un fait bien établi. Nous avons aboli le 1er Octobre 1961, date à laquelle le Cameroun tel que nous le connaissons aujourd’hui, est devenu indépendant du calendrier national.

Le fait de procéder à une commémoration ou célébration quelconque ce jour-là est extrêmement dangereux pour votre santé. Les chances d’arrestation, de maltraitance aux mains des forces de l’ordre et autres malheurs sont très élevées. Mais il s’agit là d’Octobre; revenons-en à ce mois de Février.

Le 11 Février 1961, les citoyens du Cameroun Occidental ont manifesté leur désir incontestable de se réunir avec le Cameroun Oriental, en signant un plébiscite à Foumban. C’était la première étape pour rétablir les frontières du Cameroun tel que nous les connaissons aujourd’hui. En 1964, les représentants du gouvernement nouvellement fédéré du Cameroun Occidental ont décidé de consacrer cette journée nationale à la jeunesse et le 11 Février est devenu Fête de la Jeunesse. Elle a été célébrée dans le Cameroun Occidental en 1964 et 1965. En 1966, l’Etat fédéral à l’Est du Moungo rejoint celui à l’Ouest de la rivière pour célébrer pour la première fois ensemble la Fête de la Jeunesse du Cameroun. Un acte de consolidation de la réunification pourrait-on dire, sauf qu’en 2015, nous venons de célébrer la 49ième Fête de la Jeunesse. En comptant bien, nous avons commencé uniquement après que le Cameroun Oriental ait rejoint la célébration, faisant fi de deux années de notre histoire, reléguant ainsi aux bibliothèques et aux historiens son origine dans la signature du plébiscite. Eliminant de nos souvenirs et ceux de nos enfants une partie essentielle de notre identité en tant que nation.

Passons maintenant au milieu du mois. En 2014, 53 ans après l’indépendance ou 54 ans si vous effacez une fois de plus de l’histoire l’indépendance du Cameroun dans son intégralité, sur le coup de tête d’une seule personne qui soit-il chef de l’Etat, reste un seul camerounais parmi les plus de 20 millions que nous sommes. Sur son coup de tête, nous avons célébré le 50e anniversaire de la réunification du Cameroun ni à la date, ni dans l’année où elle s’est produite. Pour des raisons que les 20 millions et plus de camerounais/es que nous sommes ignorons jusqu’à ce jour. Puisque l’anniversaire de ce camerounais particulier est dans la même semaine, peut-être aurait-il, comme cela a l’habitude de se produire, confondu ses intérêts et célébrations personnelles avec celles de la nation tout entière ? Toutefois, nous constatons que nous avons passé le 18 février de cette année, sans frémissements, visites aux monuments ou gesticulations aucune.

Nous pouvons donc conclure que la distorsion de cet aspect de l’histoire de notre nation était ponctuel et que nous allons revenir à la distorsion originale, celle de célébrer la réunification le 20 mai, date à laquelle cette réunification ne s’est pas produite. Une matière à discussion de plus pour le mois de mai. En attendant, restons à février.

Venons-en à la fin du mois. Le 23 février 2008, des Camerounais/es patriotiques sont descendus dans les rues pour protester contre le changement de leur constitution et contre l’institution d’une présidence à vie ; ainsi que contre la vie chère. Le 28 février, plusieurs de ces manifestants ont été atteints de coups de feu et d’autres formes de
violence. Un certain nombre, nous ne pouvons pas déterminer officiellement (nous avons également mis en place comme pratique nationale de ne pas compter, ni honorer nos morts, mais cela est encore une histoire pour un autre jour), de ces manifestants ont été tués. Les estimations varient entre 100 à 200 jeunes camerounais/es.

Depuis 2009, les partis d’opposition et les acteurs de la société civile ont imposé, avec succès, sur notre calendrier national, le droit de commémorer ceux qui ont donnés leurs
vies pour le Cameroun le 28 février. Au fil des années, souvent sous la menace des forces armées, les célébrations se sont étendues à la semaine du 23 au 28 février et ont englobés tous les héros et héroïnes de 1884 à ce jour qui ont donné leur vie pour le Cameroun. C’est ainsi que nous célébrons Kum’a Mbappe, Marthe Moumié, Siga Assaga, Njanteng Ngantchou, et beaucoup d’autres dans la même semaine. C’est l’un des rares moments de notre histoire que le peuple camerounais a pu imposer à ce gouvernement. Le peuple reconnait cette semaine, les médias relaient l’histoire de ces héros et héroïnes, les acteurs politiques et non-politiques célèbrent et commémorent. Et maintenant, pour contrecarrer cela, vient une marche le 28 février pour l’armée camerounaise.

L’armée doit être célébrée en ce moment où elle défend notre nation. Nous devons faire preuve de solidarité et honorer ceux qui mettent leur vie en jeu pour nous. Cependant, le
28 Février n’est d’aucune importance particulière pour l’armée. Ils n’ont accompli aucun acte particulier de bravoure ce jour. Cela ne signifie rien de particulier pour eux et cela signifie quelque chose de particulier pour nous. Nous continuons à lutter pour un Cameroun qui est juste, libre et démocratique. Le 23 au 28 février est le moment où nous nous inspirons et tirons force de ceux et celles qui ont lutté avant nous. C’est le moment où nous enseignons l’histoire de nos héros et héroïnes à nos jeunes, c’est un moment où nous remplissons les vides qui sont encore présents dans les cours d’histoire enseignés à nos enfants.

Solidarité et respect aux héros et héroïnes d’aujourd’hui? Oui. Au détriment de héros et héroïnes d’hier ? Non. Nous continuons à combattre pour la révolution démocratique au Cameroun. Révolution qui quand elle viendra permettra à la véritable histoire du Cameroun d’être dite et à tous ses héros et héroïnes d’être dûment célébrée, moment où le mois de février sera véritablement sacré!

Kah Walla, Présidente du Cameroon People’s Party
Droits réservés)/n


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