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Sadrack-Bertrand Matanda, un camerounais au secours des populations sinistrées de Haïti

L’humanitaire y poursuit une mission d’aide à la reconstruction et au soutien en faveur des victimes du séisme de janvier 2010

Vous êtes à Haïti depuis quelques semaines pour aider à la reconstruction. Un mot sur l’organisation qui vous emploie
Je suis à Haïti depuis le début du mois de mars 2010 sous la bannière d’OXFAM International dont le mandat est l’assistance en matière d’eau et d’assainissement. L’expertise de cette organisation est reconnue pour ses interventions rapides et efficaces d’où l’emploi de sa terminologie sur les questions liées a l’approvisionnement en eau notamment les grands réservoirs utilisés par toutes organisations humanitaires connus sous le nom de «Tank OXFAM»

En quoi consiste votre mission sur place?
Je suis à la tête d’un programme de plusieurs ingénieurs et techniciens expatriés dans le domaine de l’eau, l’assainissement et la promotion d’hygiène. Nous fournissons ces services sur quinze sites abritant environ 300 000 déplacés de la cité capitale de Port au Prince. De façon spécifique en ce qui concerne de l’eau, Nous avons installé les bladders (réservoir en polyéthylène de1000m3) et les châteaux d’eau qui sont ravitaillés au quotidien par nos camions citernes, les populations affectées reçoivent cette denrée rare dans les récipients mis à leur disposition par nos soins. Nous avons également engagé les travaux de réhabilitation du système d’eau existant avant la catastrophe et envisageons étendre ce système dans les coins les plus reculés où se trouvent les déplacés. Cela se fera en collaboration avec la compagnie nationale des eaux ici qui se relève peu à peu du désastre.

Et en ce qui concerne l’assainissement?
En matière d’assainissement, les latrines chimiques sont installées dans les sites et nous construisons au fur à mesure des latrines ordinaires et réhabilitons les latrines familiales existantes avant la catastrophe. Les douches sont également construites et réhabilitées. La gestion des déchets de grande ampleur fait aussi l’objet de notre attention particulière. C’est pourquoi nos équipes font curer les drains, caniveaux et enlèvent les décombres et immondices qui empêchent une circulation adéquate des eaux usées. Ces eaux stagnantes étant comme vous le savez le nid des moustiques source de la malaria et la dengue. Ces déchets évacués sont aussi une réduction des risques des catastrophes récurrentes, notamment les inondations. Parlant de la promotion d’hygiène, mes équipes se chargent de délivrer les messages pour changer le comportement afin d’éviter les maladies. Elles s’attèlent également a distribuer les Kits d’hygiène et organiser les campagnes de propretés au sein et à l’extérieur immédiat des sites de déplacés.

Y a-t-il d’autres Camerounais déployés à Haïti?
Oui il y a d’autres Camerounais très actifs sur le terrain, dans les domaines de la protection des enfants avec UNICEF, des medias avec la MINUSTHA (Mission de nations unies de stabilisation d’Haiti), de la logistique avec Médecin sans Frontières à Port au Prince, de l’hygiène et l’assainissement avec la Croix Rouge à Leogane, sans oublier les policiers qui étaient là avant la catastrophe.

quand il y a une coordination, on évite le chevauchement en termes d’assistance et les besoins sont couverts pour tous les bénéficiaires en respectant les standards minimums. Mais ce n’est pas le cas en ce moment, chaque organisation entre dans un site/camp, mène les activités sans se soucier de la présence d’une autre alors qu’il y a des sites/camps qui manquent parfois le minimum. L’on assimile cela à la parade humanitaire, le m’as-tu vu? Les sites/camps du centre ville sont les plus courtisés car les media internationaux les côtoient au quotidien.
Bertrand Matanda

Avez-vous une idée précise du nombre de victimes camerounaises lors de ce séisme?
Non pas du tout car on parle de deux ou trois victimes mais les noms n’ont jamais été diffusés ou cités avec exactitude.

Pouvez-vous nous décrire un peu la ville où vous travaillez?
Je suis dans la capitale d’Haiti dénommée Port au Prince, une ville en ruine de 2000km2 qui avant la catastrophe avait une population estimée à plus ou moins 2 millions d’habitants sur les 9 millions que compte l’ensemble du territoire. Port au Prince située dans le département de l’ouest est doté des communes métropolitaines notamment; Delmas, Petionville, Tabarhe. Ces zones dans l’ensemble ont été détruites à 60% avec les bâtiments qui se sont effondrés. Il faut noter que ce sont les maisons arbitrant les populations défavorisées qui ont été touchées, les zones de bas fond, les «élobis» comme on dit à Yaoundé, ont enregistré plus de victimes. La plupart des victimes vivent sous une tente ou un abri construit à base de tarpaulin. Signalons que même les personnes dont les maisons ne sont pas écroulées refusent d’y passer la nuit et préfèrent vivre dans les concessions en bivouac. La psychose étant permanente de voir sa maison s’écrouler sur soi. Pour finir, certains quartiers huppés n’ont même pas connu les traces de tremblement de terre où toutes les infrastructures sont restées intactes. Port au Prince, c’est aussi le grand banditisme avec les braquages et les enlèvements des personnes contre des rançons. Les actes sont perpétrés essentiellement par les évadés du pénitencier national. Ces actes ignobles nous poussent à adopter les mesures sécuritaires strictes notamment le respect des couvres feu qui vont de 18h a 6h30min et la circulation des véhicules en convoi.

On parle des Haïtiens en évoquant beaucoup de peine, mais aussi le courage. Décrivez nous le peuple haïtien?
Le peuple haïtien au troisième mois post tremblement de terre reste stoïque et courageux. Il vient de subir une perte énorme dans tous les domaines, mais les catastrophes semblent avoir élu domicile ici. Il ne se passe point une année sans que le pays n’en vive une avec des destructions massives compte tenue de sa situation géographique qui favorise l’arrivée des cyclones. L’aménagement et l’occupation du territoire donnent cours aux inondations fréquentes après des fortes pluies. Le peuple haïtien a appris à vivre avec ses «malheurs» et de façon épique surmonte les difficultés en menant les activités habituelles notamment l’agriculture et le commerce. Les marchés revivent avec les fruits et légumes de bonne qualité et à vil prix. En ce moment, l’assistance alimentaire n’est pas un besoin pressant juste les moyens pécuniaires pour le permettre de consommer sa production. C’est cela qui a poussé le gouvernement de demander l’arrêt de la distribution de tout ce qui est vivre et l’interdiction de son accès dans son territoire. Pleins d’organisations humanitaires ont dû réviser leur stratégie en incluant les activités de Cash For work (Argent pour emploi), pour permettre aux valeureux haïtiens non seulement de participer au nettoyage des décombres qui jonchent ça et là la cité mais aussi de redonner un espoir à leur existence avec le minimum vital reçu dans le cadre de cette activité.

Bertrand Matanda, près des ruines à Port-au-prince
Journalducameroun.com)/n
Les forces de police camerounaises sont sur place dans le cadre des activités de maintien de la paix comme ce fut avant la catastrophe. Elles y mènent les taches spécifiques qui sont les leurs notamment le renforcement des capacités de la police nationale haïtienne. C’est ainsi qu’on trouve les instructeurs camerounais dans l’académie de police dispensant des cours théoriques et pratiques.
Bertrand Matanda

Comment vivent-ils la situation?
La plupart des Haïtiens sont révoltés de la manière dont ils sont considérés après la catastrophe. Certes, il se dit que leur pays est le mois avancé de l’hémisphère sud américain mais, il reste quand même la dignité, celle d’avoir été le deuxième pays de la zone à obtenir haut la main son indépendance après les Etats-Unis d’Amérique. A cet effet, ils sollicitent un peu plus de considération et surtout leur implication plus poussée dans la prise des décisions importantes au sujet de l’avenir et les priorités en termes de reconstruction. C’est aussi le ras de bol, car après trois mois beaucoup de choses n’ont pas évolué. L’école a repris timidement le 05 Avril mais, certains centres éducatifs restent occupés par les déplacés et certains ne sont pas encore mis a jour pour accueillir les élèves et éviter ainsi une année blanche.

Quelles sont les autres nationalités que vous côtoyez au quotidien, notamment africaines.
Haïti est devenu le pays où on retrouve presque toutes les nationalités du monde. La plupart les pays ont tenu à manifester leur sympathie en envoyant les équipes de secours et d’assistance. Les organisations humanitaires se sont aussi déployées avec ce qu’elles ont de meilleures en termes d’expertises. C’est ainsi qu’on côtoie au quotidien un foisonnement de nationalités et de personnes de toute race. Dans ce bal, les africains sont les plus sollicités à cause de leur facilité d’intégration (Haiti étant constitué d’une population de 99% noirs) et surtout leurs connaissances pointues des problématiques et dynamiques actuelles qui sont similaires à leur vie quotidienne dans les pays d’origine. Vous trouverez ainsi les ressortissants du Benin (dont beaucoup d’Haïtiens estiment être originaire surtout avec la pratique du vodou qui reste et demeure la principale religion traditionnelle ici) qui est d’ailleurs le seul pays d’Afrique à avoir un consulat sur place. Les autres Africains sont des Nigérians, des Nigériens, des Burkinabés, des Ivoiriens, des Tunisiens, des Rwandais, des Burundais, des Kenyans, des Congolais et les Camerounais.

Dans votre carrière professionnelle, vous avez été déployé sur plusieurs terrains difficiles. Estimez-vous la mission actuelle la plus pénible?
J’ai effectivement été déployé dans les missions difficiles dans les zones chaudes en terme de conflit notamment Bakassi au Cameroun, à l’Est du Congo démocratique et l’Est du Tchad (Fuite des refugiés issus du Darfour). Je me suis retrouvé en mission dans les pays sévèrement affectés par les catastrophes naturelles comme le Niger avec sa problématique de sécurité alimentaire et les inondations. Dans tous ces pays, il y avait une organisation en termes de coordination, c’est qui manque le plus ici en ce moment et rend la mission difficile et pénible. Car, quand il y a une coordination, on évite le chevauchement en termes d’assistance et les besoins sont couverts pour tous les bénéficiaires en respectant les standards minimums. Mais ce n’est pas le cas en ce moment, chaque organisation entre dans un site/camp mène les activités sans se soucier de la présence d’une autre alors qu’il y a des sites/camps qui manquent parfois le minimum. L’on assimile cela à la parade humanitaire, le m’as-tu vu? Les sites/camps du centre ville sont les plus courtisés car les media internationaux les côtoient au quotidien et les grands dignitaires du monde qui rendent visite à Haiti pour exprimer leur sympathie y sont conduits systématiquement. Alors qu’en périphérie/Banlieue éloignée, les déplacés croupissent parfois dans le dénuement le plus total. Pour un humanitaire digne de ce nom cela soulève la question d’éthique.

Le gouvernement camerounais avait annoncé que des forces policière camerounaises seraient présentes sur place pour aider aux opérations humanitaires. Sont-elles très actives et est-ce que leurs efforts sont appréciés?
Les forces de police camerounaises sont sur place dans le cadre des activités de maintien de la paix comme ce fut avant la catastrophe. Elles y mènent les taches spécifiques qui sont les leurs notamment le renforcement des capacités de la police nationale haïtienne. C’est ainsi qu’on trouve les instructeurs camerounais dans l’académie de police dispensant des cours théoriques et pratiques. Les autres qui sont dans les villes hors de la capitale notamment aux Gonaïves appuient la police haïtienne dans ses activités de sécurité de proximité et autres enquêtes. Leur présence n’est pas très visible surtout avec le nombre très réduit de douze personnes.

Pour terminer un mot pour votre famille et vos proches
Pour mes proches et ma famille, je dirais je suis très reconnaissant des mots d’encouragement et de motivation qu’ils ne cessent de m’envoyer au quotidien. Cela me réconforte et me donne plus d’énergie et d’enthousiasme pour donner le meilleur de moi-même pour le bien être des populations haïtiennes en général et celle de Port au Prince en particulier qui ne sont pas du tout différentes des populations camerounaises.

Oxfam s’emploie à aider à l’accès à une eau potable
Journalducameroun.com)/n



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