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Salle de presse de l’Elysée: une histoire qui se confond avec celle de la Ve République

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Elle est pratiquement née avec la Ve République et n’a cessé depuis de se rapprocher du coeur du palais présidentiel et de s’agrandir : la salle de presse de l’Elysée que la présidence Macron veut déplacer dans une rue adjacente est bien plus qu’un symbole.

Des générations de journalistes s’y sont succédé sans que nul ne songe à la remettre en question.

Sa création remonte aux premières années de la Ve République, du temps du général de Gaulle.

Quand Georges Pompidou s’installe à l’Elysée, en juin 1969, l' »accrédité » de l’Agence France-Presse est Jean Mauriac. Le fils de l’écrivain François Mauriac a déjà couvert la présidence du Général. A l’époque, il partage un bureau exigu avec un journaliste de France-Soir dans une cour latérale du palais.

Dans les années qui suivent, leur bureau déménage et s’agrandit une première fois sans quitter cette cour. Trois journalistes s’y entassent bientôt dans 15m2, sans autre vue sur l’extérieur qu’une lucarne.

A la fin de son premier mandat, François Mitterrand leur rend visite. « Il faut qu’on vous trouve un bureau sur la cour d’honneur, vous ne pouvez pas continuer à travailler comme cela », dit-il à Pierre Favier qui a couvert pour l’AFP les deux septennats du président socialiste avec Michel Martin-Roland.

La promesse sera tenue au début du second septennat de François Mitterrand. Les journalistes prennent leurs quartiers dans la cour d’honneur, occupant une ancienne salle de repos des gardes républicains. Le président vient l’inaugurer en personne. « Maintenant, vous pouvez travailler », se félicite-t-il.

Cette localisation est stratégique. Dans la soirée du 7 avril 1994, Pierre Favier s’étonne de l’agitation très inhabituelle qui s’est emparée de la cour. François Mitterrand est déjà gravement malade et il craint qu’il ne soit décédé. Le journaliste appelle sa secrétaire particulière et un quart d’heure plus tard, Michel Charasse, proche conseiller du chef de l’Etat, le rappelle.

« Je suis avec le président de la République, on vient de retrouver Grossouvre, il s’est suicidé dans son bureau. » L’annonce du suicide de François de Grossouvre, intime tombé en disgrâce mais qui avait conservé un bureau à l’Elysée sera l’un des événements marquants de ce septennat.

– « Nuire à la transparence » –

A l’arrivée de Jacques Chirac en 1995, rebelote. Le nouveau président « visite un week-end la salle toute petite et très vétuste et juge la situation impossible », raconte Philippe Goulliaud, l’accrédité de l’AFP. Des travaux sont engagés et la salle, qui accueille en permanence les accrédités des trois agences internationales, AFP, AP et Reuters, est de nouveau agrandie.

« L’immense intérêt d’avoir vue sur cour est de pouvoir suivre les allées et venues des personnalités reçues par les présidents et de les rejoindre à la dernière minute lorsqu’elles s’expriment sur le perron », relève le journaliste.

« Mais si le président de la République veut recevoir quelqu’un en secret, il a mille moyens de le faire », souligne-t-il. Ainsi, selon lui, éloigner la salle de presse « serait une façon très regrettable de nuire à la transparence ».

Lors de son mandat, Nicolas Sarkozy, dont les relations rugueuses avec la presse ne sont un secret pour personne, a lui aussi décidé d’agrandir et de rénover ce lieu. L’agence Bloomberg y rejoint les autres agenciers.

Pour Franck Louvrier, son ancien conseiller communication, cette salle « est un élément de la démocratie », un « lieu qui permet d’être en prise directe avec l’activité de l’Elysée » comme « ce qui se fait dans les grandes démocraties, Washington, Madrid… ».

L’ex-conseiller « ne comprend pas la démarche » d’Emmanuel Macron. « C’est un coup de canif dans l’organisation démocratique de nos institutions républicaines », assène-t-il.

Avec François Hollande, la salle de presse ne bouge pas. Là encore, elle permet aux journalistes accrédités de raconter quelques épisodes marquants de sa présidence. Comme en ce jour tragique de janvier 2015, quand le président dévale le perron pour rejoindre la rédaction décimée de Charlie Hebdo.

Son successeur entend rompre avec cette tradition de la Ve République. A peine installé à l’Elysée, Emmanuel Macron affiche sa volonté de mettre la presse à distance. Son équipe de com’ annonce brutalement le déménagement de la salle, au prétexte d’offrir de meilleures conditions de travail aux médias.

Au fil de réunions houleuses, les journalistes comprennent qu’il s’agit surtout de les écarter. « Ce n’est pas pratique pour les équipes d’avoir des journalistes au milieu de l’Elysée », avait d’ailleurs imprudemment avoué un membre du service de presse.

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