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Samuel Eto’o Fils réagit à la tribune libre de Jacques Zanga paru dans « Le jour »

« … Ma fierté légitime d’être humain ne saurait accepter que mon nom soit ainsi traîné dans la boue à travers vos colonnes… »

Dans sa livraison du mercredi 3 mars 2010, votre quotidien a publié un long article de deux pages sur «Les trois plaies qui minent les Lions indomptables», sous forme de tribune libre, signée d’un certain Jacques Zanga, qui n’est pas présenté aux lecteurs. Qui est-il ? Sa contribution est-elle celle d’un journaliste collaborateur de votre rédaction, celle d’un expert extérieur ou celle d’un simple lecteur? Il est d’usage dans votre profession que de telles précisions accompagnent les articles y compris les tribunes soit disant « libres ».

Il se trouve, à la lecture, que l’essentiel de cette longue et belle production littéraire est une violente diatribe sans fondement contre ma personne. Aussi, Monsieur le directeur de publication, me vois-je dans l’obligation de vous adresser le présent droit de réponse, sous réserve de toute autre forme de réparation du grave préjudice subi que je pourrai être amené à entreprendre. Parce que je soutiens qu’aucune allégation écrite par votre contributeur ne peut être prouvée, et donc que ma fierté légitime d’être humain ne saurait accepter que mon nom soit ainsi traîné dans la boue à travers vos colonnes, que vous avez généreusement ouvertes à une personne manifestement non identifiée qui, au lieu de se contenter des critiques objectives sur le fonctionnement de l’équipe nationale de football du Cameroun que nous souhaitons tous, a décidé de s’attaquer gratuitement à la personne de Samuel Eto’o.

Je voudrais bien qu’on ignore volontairement tout ce que j’ai déjà fait pour mon pays, grâce et à travers le football, mais qu’on n’invente surtout pas des histoires sur ma tête. «Pour Eto’o, tout est intrigue, manipulation, intimidation et corruption. Tout s’achète, tout se monnaie. Milliardaire, il s’en donne à c ur joie. Il sera rarement pris en flagrant délit de dénigrement frontal de ses partenaires en public, mais il se rattrape en coulisses. Payant des «journalistes» pour qu’ifs s’acharnent sur les erreurs de ceux de ses coéquipiers qui peuvent lui faire de l’ombre», peut-on lire dans le texte que vous avez publié. Je voudrais que vous me montriez qui j’ai corrompu et pour obtenir quoi, quels journalistes j’ai payés pour dénigrer mes coéquipiers de la sélection ! L’auteur de cet acharnement avoue lui-même que je n’ai jamais manqué de respect à un coéquipier en public, mais il s’empresse d’écrire que je me rattrape «en coulisses». On m’accuse d’avoir dit des méchancetés sur un coéquipier qui avait raté un penalty, et on m’envoie en même temps au bûcher pour un penalty que j’avais raté en quart de finale de la Can 2006. Que faut-il finalement comprendre?

Monsieur le directeur de publication, je suis un peu surpris que vous n’ayez pas, avant de prendre la décision de publier ce tissu d’insultes, reculé devant la légèreté d’un tel argument, de même que devant les idées malheureuses et saugrenues qui me sont facilement prêtées sur mes glorieux aînés tels que Roger Milla, Patrick M’boma, Thomas Nkono, Rigobert Song ou Pierre Wome Niend, ce dernier étant en plus un cousin. Pourquoi privilégier de supposés – en réalité imaginaires – propos d’Eto’o en coulisses plutôt que les déclarations publiques que j’ai toujours faites à propos de ces grands noms du football camerounais et que j’assume. En particulier, n’ai-je pas toujours soutenu que j’ai grandi au contact de Pat en sélection, et que mon modèle et meilleur footballeur du monde est Roger Miila? Tout le tralala qui se raconte depuis quelque temps par des esprits malveillants ne changera rien à ma position.

Je tombe à la renverse quand je lis des balivernes d’une extrême gravité que vous publiez, dans le genre : «Très fier d’avoir démocratisé le dévergondage sexuel au sein de l’équipe, il a de facto transformé la tanière en maison de passes, sa première décision forte de capitaine étant de permettre à chaque joueur de faire venir des filles pendant les regroupements pour gérer leur libido. » Encore une belle invention malheureuse sortie de l’imagination manifestement fertile de l’auteur de l’article. Je n’ai jamais refusé le rôle de leader que le destin et les circonstances d’une carrière m’ont octroyé au sein de l’équipe actuelle du Cameroun Mais tous les pouvoirs que vous m’attribuez, y compris le pouvoir de sélectionner ou d’écarter des joueurs, d’organiser la vie de l’équipe, de nommer ou de contrôler des dirigeants, y compris le ministre des Sports, sont-ils seulement envisageables pour un seul être humain au sein de la famille du football camerounais?

Monsieur le Directeur de publication, les insultes contre ma personne débordent du texte que vous avez choisi de publier, à quel dessein ! Je n’en sais rien. Je ne peux malheureusement pas y répondre, insulte par insulte. J’aurais même personnellement préféré ne pas y répondre du tout. Mais depuis sa publication par votre journal et sa propagation dans des courriers électroniques individuels, j’ai reçu énormément de messages de sympathie et de soutien de mes compatriotes excédés par l’outrance des propos de votre pamphlétaire. J’ai aussi, et surtout reçu le soutien de ma famille et de mes proches, qui m’ont conseillé – comme on dit dans notre jargon des gens du football – de «poser le ballon par terre», et de ne pas céder à un autre type de réaction qui pourrait être destructrice pour nous tous.

Par la force des choses et la volonté de Dieu, je suis un sportif de haut niveau. Je suis donc habité aussi par un esprit de fair-play, pourvu qu’il y ait un arbitre pour sanctionner les agressions et tacles par derrière que je subis. Je n’ai pas besoin d’en rajouter, l’histoire le fait à ma place. Je ne suis pas éternel, je ne suis pas un saint, mais je suis fier de ce que Dieu m’a permis de faire dans le football. A charge à ceux qui ont choisi d’essayer de manipuler l’histoire de poursuivre leur sale besogne. Je pense, et les Camerounais le savent, que s’il fallait passer par «intrigue, manipulation, intimidation et corruption» pour parvenir à ce que je suis devenu, comme c’est allégué dans les écrits haineux et puérils de M. Zanga, nous serions très nombreux dans ce cas, sans doute des milliers!

C’est parce que je crois aux seules vertus du travail et du mérite, parce que je veux éviter aux générations futures de connaître les mêmes difficultés que j’ai moi même connues pour accéder au plus haut niveau, que j’ai décidé depuis quelques années de mettre sur pieds une fondation ouverte à la jeunesse de mon pays. Fundesport est ma réponse aux allégations de sieur Zanga, j’investis de mon temps, de mon énergie et de mon argent, sans subvention ni aide d’un Etat ou d’un quelconque organisme extérieur, pour donner aux jeunes Camerounais, et bientôt à d’autres jeunes Africains, un encadrement leur garantissant une formation aussi bien sportive, intellectuelle que morale. La relève de notre football passe par là. Les futurs Lions indomptables viendront de là. J’espère que votre journal écrira un jour que Fundcsport est un espoir pour les enfants du Cameroun, et que cette uvre aidera beaucoup de mes jeunes compatriotes à sortir de la précarité et à être épargnés du rectangle peu vertueux «intrigue, manipulation, intimidation et corruption» qui semble être le seul repère de votre rédacteur.

Notre univers de footballeurs, je le reconnais, est habité par bon nombre de maux que décrit votre collaborateur de circonstance. Vous auriez cependant tort de faire de moi le bouc émissaire d’éventuels dysfonctionnements. Et je m’interroge d’ailleurs sérieusement sur la coïncidence do cette sortie médiatique avec la rentrée des Lions indomptables (soutenus par des Camerounais de bonne foi dont le premier d’entre eux, dans la phase actuelle de préparation de la Coupe du monde 2010) qui jouaient ce 3 mars à Monaco contre l’Italie leur premier match depuis la Coupe d’Afrique des nations en Angola…
Je laisse chacun devant sa conscience, mais je tenais à préciser à vos lecteurs qui ont été désabusés par la haine surprenante de Jacques Zanga contre ma personne, que je ne me reconnais nullement dans le tableau déformant que dépeint cet article fleuve publié dans les colonnes de Le Jour le 3 mars 2010.

Samuel Eto’o
pressedelanation.com)/n
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