Sans tambour; ni trompette

Par Henri Georges Minyem, Président du Lcn (Le Cameroun Nouveau)

Cela fait exactement 16 mois que la pétition « Pour la reconnaissance des droits civiques aux Camerounais de la diaspora et du caractère inaliénable de la nationalité camerounaise d’origine par la République du Cameroun » a été initiée par LE CAMEROUN NOUVEAU (LCN), parti politique en gestation en janvier 2010, qui fut d’abord un « Think Tank » regroupant alors des Camerounais de la diaspora, soucieux de faire valoir leurs droit de Camerounais hors du triangle national. C’est en effet le 16/01/2010 que cette pétition «Pour la reconnaissance du droit de vote aux Camerounais de la diaspora et pour la double nationalité » fut lancée par l’universitaire Henri Georges Minyem pour LCN (elle est toujours en ligne à cette adresse : http://6033.lapetition.be/), et envoyée 1 an et 2 mois plus tard, soit le 25/03/2011 au président Paul Biya. Ah, c’est vrai qu’ici et là s’élèvent déjà des voix comme autrefois pour s’approprier la paternité de cette loi qui vient d’être votée au parlement Camerounais et qui accorde le droit de vote aux Camerounais de la diaspora. Ces insipides et aporétiques luttes d’ego, ces positionnements centrifuges sont contre-productifs et n’apportent rien à la cause commune pour laquelle les forces progressistes se battent au sein de notre pays : l’aspiration de tous à une société du mieux-vivre ensemble, tous égaux devant la loi fondamentale et organique, parés de notre nationalité, et des obligations afférentes en termes de droits et de devoirs.

La reconnaissance de ces droits est une étape indispensable dans l’accomplissement de l’être tant la chose politique est à coup sûr et de tous les actes humains, celui qui interpelle le plus directement notre identification sociale et notre positionnement sociétal. Il en arrive à influencer notre conscience de nous-mêmes et notre identité. C’est par le biais de la socialisation après la cellule nucléaire qu’est la famille que nous vient la conscience du monde et de notre singularité. Aussi il convient de ne point ignorer que les découpages géographiques étant les résultats de conventions n’en sont pas moins exempts d’impact psycho-cognitif chez les individus au sein d’un contexte social dans lequel les membres d’un groupe peuvent s’auto représenter et s’autooroganiser. De fait, avec cette reconnaissance à la diaspora du droit de vote par l’assemblée nationale Camerounaise, nous venons de parcourir une partie du chemin, mais une partie seulement car il reste la question plus fondamentale de la double nationalité !

Par son implication active, méthodique, efficace, LCN démontre une fois de plus son pragmatisme, nonobstant le vacarme tonitruant des oracles prédicateurs d’apocalypse et censeurs contempteurs des combats cybernétiques à leurs yeux inefficaces, les nombreuses vociférations des uns et des autres, plus guidées par des logiques centrifuges, perfides et égocentriques qui ne sont ni des gages d’efficacité, ni des pré requis de pertinence, encore moins les meilleures armes politiques qui puissent être déployées en politique. LCN est devenu un véritable laboratoire à idées et le vivier naturel à foison pour les instances dirigeantes des gouvernements RDPC, qui s’inspirent ouvertement de nos idées, comme en témoigne la fréquentation exponentielle de notre site : http://www.lcn-cameroun.org depuis plusieurs mois, ave des pointes quotidiennes de trafic à plusieurs milliers d’internautes. A cette allure, nous devrions exiger des droits d’auteurs fortement rétribués pour cette contribution à la réflexion nationale dont bénéficient l’ensemble de nos compatriotes. Pourtant, plutôt que d’y être hostile, j’y vois plutôt des facteurs d’alimentation de la réflexion critique dans notre pays, pour le bien de tous les Camerounais. Alors, ne boudons pas notre plaisir et reconnaissons à tous les acteurs qui se sont élevés pour contester cette injustice depuis 2003, y compris les membres du COSCE, les militants du RDMC qui ont battu le pavé parisien, ou ceux de Montréal et de Washington le mérite d’avoir chacun apporté, à son niveau, une pierre à la construction d’une citoyenneté de plein exercice pour tout Camerounais où qu’il se trouve dans le monde. Le combat en valait la peine et le LCN, en mon nom, s’associe à toutes les forces progressistes pour leur dire : « Prenons acte de cette avancée, mais du chemin reste encore à parcourir ».

DE LA RECONNAISSANCE DU DROIT DE VOTE PROPREMENT DITE
Quand l’on parle de droit de vote pour les Camerounais de la diaspora, la question n’est pas tant de déterminer si cela était proscrit par la loi ou pas. Il s’agit, à mon sens de savoir si les conditions d’effectivité étaient réunies afin de permettre que de tels suffrages puissent être à la fois exprimés et comptabilisés. En d’autres termes, quand l’on parle de Camerounais qui auraient le choix de se déterminer pour tel ou tel candidat, les services consulaires avaient-ils délégation pour leur permettre de le faire et mandat pour pouvoir organiser pareilles consultations ? A la question légale se doublait donc une considération pratique quant aux modalités d’organisation de telles consultations.

Il ressort d’évidence que par incurie ou par calcul politique, ces dispositions n’avaient pas été prises et l’optimum pouvait d’autant moins être atteint qu’il n’était même conceptualisé.
L’autre question relative au droit de vote de la diaspora est celle de l’évaluation du poids relatif de cette diaspora sur les échéances auxquelles elle pourrait participer.

Ici aussi, soyons lucides. Le vote de la diaspora ne sera important, voire décisif que si les conditions de la transparence sont réunies, d’une part, et si la participation est substantielle. Ce deuxième volet me semble beaucoup moins problématique à l’extérieur qu’à l’intérieur du Cameroun car, nous devons à la vérité de reconnaître une conscience politique beaucoup plus importante quand l’on est hors du Cameroun que dedans.
Ce constat n’est pas un jugement de valeur mais une donnée objective.

Par conséquent, ce la ne signifie aucunement que les Camerounais de l’intérieur ne sont pas politisés, mais en valeur relative, la diaspora l’est certainement plus :

. A cause des problèmes physiologiques du quotidien auxquels sont soumis beaucoup de nos compatriotes de l’intérieur,
. Eu égard aux difficultés structurelles inhérentes aux déplacements,
. Par l’inféodation des autochtones aux man uvres sociologiques de manipulations des masses par l’avilissement alimentaire,
. Sans oublier la faible alphabétisation,
. Et pour couronner le tout, la crise de la démocratie représentative qui se manifeste par une défiance envers le politique et le déficit de confiance en des leaders politiques crédibles, surtout après l’éphémère fièvre transitionnelle des années 1991-1992.

Dans la diaspora, peut-être justement du fait de la concomitance des nationaux avec d’autres nationalités exerçant leurs droits constitutionnels depuis bien plus longtemps, l’évidence d’un vote apparaît comme la condition d’existence sociale et cette conscience politique engendre des devoirs, mais aussi et surtout des droits dont les natifs de ces pays démocratiquement plus anciens savent trop les luttes, les combats, les conquêtes qu’il leur a fallu mener au fil des siècles afin de pouvoir exercer le droit à une libre expression politique et citoyenne dont découlent les notion de démocratie et de république.

Les natifs des pays de démocraties plus anciennes ont depuis fort longtemps compris que dans un Etat démocratique, le pacte d’association et le pacte de gouvernement pouvaient se fondre en une entité supra individuelle qui transcenderait les intérêts des uns et des autres afin de devenir un seul pacte de gouvernement qui tirerait sa puissance de l’adhésion volontaire car ontologiquement fondée sur l’homme entité, reconnue comme la mesure du droit naturel moderne. Telles seront les conceptions d’un Grotius, d’un Locke pro-monarchiste ou de Hobbes avec son Etat-Léviathan contrairement aux conceptions dualistes de Pufendorf.

Par conséquent, le droit de vote qui est un droit inaliénable dans une démocratie moderne génère aussi et surtout des devoirs dont il m’apparaît en évidence que les camerounais de la diaspora devront pouvoir être en mesure de les remplir. Quant à l’impact réel de ce droit effectif car légalement reconnu, seul l’avenir nous dira ce qu’il en sera.

Cependant, se pose aussi en filigrane la question de l’éligibilité de ces Camerounais et il faut bien reconnaître à cette loi d’arborer une démarche légèrement sournoise, ambiguë et donc incomplète, inachevée : Si l’on pose comme postulat de base que ce qui n’est pas permis par la loi est interdit. Doit-on en déduire que ce qui n’est pas interdit par la loi est permis ?

Difficile d’y répondre dans le cas présent, car la commission des lois constitutionnelles de l’Assemblée nationale du Cameroun a subtilement éludé les questions afférentes à ce deuxième point. De là à en conclure que la loi porte exclusivement sur le droit de vote et non sur l’éligibilité, il n’y a qu’un pas, qui peut laisser supposer que sur ce point, l’on verra plus tard.

Doit-on s’en offusquer ? Il est indubitable que la reconnaissance du droit de vote est un acte juridique qui infère un ensemble de droits annexes et la caducité de certaines dispositions législatives ou réglementaires en vigueur telles que la condition de résidence sur le territoire national, etc. Ce qui implique aussi que le droit d’éligibilité devra faire l’objet d’un examen approfondi car les conditions d’éligibilité aux différentes suffrages nationaux sont édictées dans les différents codes électoraux qui s’initient de notre constitution. Or ce texte fondateur du droit n’exclue aucun Camerounais au prétexte de sa localisation géographique. Il revient donc au législateur de clarifier cette position pour les nombreux Camerounais de la diaspora qui veulent en savoir davantage sur l’esprit de la loi qui autorise ce droit de vote de la diaspora.

DE LA QUESTION DE LA DOUBLE NATIONALITE
J’ai déjà longuement eu à m’exprimer sur cette question qu’organiquement, j’ai toujours liée à la première, et pour cause !

Autant la loi électorale camerounaise n’était pas explicite sur les conditions d’exercice de sa citoyenneté à l’étranger, autant elle est carrément inique en ce qui concerne les Camerounais ayant acquis une autre nationalité.
L’injustice se double d’une ambigüité dont l’on sait les origines, à savoir, la persécution des opposants lors des années des indépendances et le besoin de centralisation des instances partisanes incarné par la dissolution des partis d’opposition sous Ahidjo et la pesanteur des lois liberticides de l’époque.

Nous savons aussi (et le président Paul Biya le sait plus que tous) que l’esprit de cette loi est en totale contradiction avec une volonté de rassemblement des Camerounais ainsi que de la fusion de leurs compétences et capacités où qu’ils se trouvent au monde. Mais son objectif a-t-il jamais été de rassembler ?

En d’autres termes, permettre aux Camerounais de se prononcer sur les personnes qu’ils veulent voir présider à leurs destinées est une chose, les empêcher à la fois de se présenter eux-mêmes (si la condition d’éligibilité n’est pas associée à cette reconnaissance), ou de pouvoir jouir de leur nationalité Camerounaise sous le fallacieux prétexte qu’ils en ont acquis une autre relève carrément de l’arbitraire et de l’ostracisme à une époque de profonde mutation dans un monde mondialisé et réceptif aux apports de toutes sortes ; un monde où les frilosités identitaires, nationalistes sont des freins au développement et a contrario des facteurs d’efficience pour les pays industriels dans lesquels ces ressortissants étrangers notamment Camerounais se retrouvent au final, contraints de demeurer.

Pour exemple : Prenons le cas d’un Camerounais, devenu le PDG d’une multinationale aux USA ou en France. Ce Camerounais voulant toutefois mettre ses compétences au service de son pays se verra rétorquer que s’il veut rentrer servir son pays, il va falloir qu’il soit soumis à un salaire de droit Camerounais alors même qu’en Occident, affublé de sa nationalité d’emprunt, il sera à la tête d’un des fleurons mondiaux au même titre que ses compères à iso compétence académique. C’est une barrière irréfragable pour un ensemble de compétences qui sont contraintes de se sédentariser et qui sont autant de ressources pour leur pays d’origine. Pour ma part, j’y perçois plus une perte de richesses et d’opportunités pour le Cameroun qu’un quelconque gain en nationalisme par définition difficilement mesurable.

Ce que j’entends faire savoir ici, c’est que le calcul mesquin qui consiste à se dire : « Ils n’ont qu’à ne pas choisir une autre nationalité » est un faux calcul politicien qui suscite un artefact de fierté nationaliste puérile en lieu et place d’une agrégation de compétences. Ces positionnements politiciens occultent aussi une donne essentielle : Tous les Camerounais de l’extérieur ne rêvent pas que de faire de la politique ; par contre, leur interdire de la faire est une condition non exclusive mais évidente de leurs marginalité et expatriation.

Autant de raisons m’inclinent à penser que le Cameroun doit s’ouvrir à tous ses fils qui sont nés Camerounais et leur permettre à la fois d’exercer leurs obligations citoyennes en même temps que d’être utiles sans cette mutilation identitaire que l’Etat du Cameroun leur inflige, à contre-courant de la marche du monde où des binationaux président aux destinées des économies de leurs pays et de leurs politiques, tout en disposant de nationalités diverses (Gabon, Burundi, Sénégal, Rwanda, Togo, Ghana, Afrique du Sud, etc..) : Le Cameroun ne doit pas faire exception à la règle pour des raisons politiciennes.

POUR FINIR
Voilà, à l’heure où certains Camerounais de la diaspora célèbrent le droit qui vient de leur être reconnu de pouvoir exprimer leur suffrage quelle que soit leur localisation géographique, et alors même que le parti politique LCN (LE CAMEROUN NOUVEAU) est l’un des mouvements les plus actifs sur cette question depuis 1 an et demi, martelant durant des mois et chaque semaine l’impératif qui se posait là de voir le Cameroun leur reconnaître ce droit, j’éprouve un sentiment mitigé car toutes les conditions ne sont pas remplies.

De fait, je réitère que le gouvernement doit dans les mois prochains accéder à l’ensemble de nos revendications telles qu’elles figurent sur la pétition initiée afin de permettre à tous les Camerounais l’exercice d’une citoyenneté de plein exercice.

Je termine en réitérant que LCN est un mouvement républicain qui inscrit ses actes et revendications dans le cadre du respect des institutions et de ceux qui les incarnent, mais nos doléances sont fermes, nos critiques sont vives quand l’enjeu le requiert, nos propositions aussi.

Henri Georges Minyem, Président du Lcn (Le Cameroun Nouveau)
Journalducameroun.com)/n


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