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Santé publique: Début de la traque contre la vente d’eau en sachets

A Douala et Yaoundé, les vendeurs d’eau en sachets font depuis quelques jours l’objet de poursuite par les autorités

Le bras de fer a débuté
Vendredi 25 mars 2011, le préfet du département du Mfoundi qui couvre Yaoundé a pris une décision interdisant la vente d’eau sans autorisation dans la ville. Une mesure qui a laissé inchangé le niveau des activités du secteur, en raison de l’existence d’une réelle demande. Face à l’épidémie de choléra, qui est réapparu dans plusieurs villes du Cameroun et touché près de 12 000 personnes, un coupable a été vite désigné, l’eau vendu dans les sachets. Il est très souvent reproché aux promoteurs, de remplir les contenants avec une eau peu ou pas du tout traitée. «Nous demandons à chaque revendeur d’exiger de son fournisseur l’autorisation ou l’agrément qui l’autorise à produire et à commercialiser l’eau en sachets. Il faut que cette autorisation soit affichée, sinon nous allons saisir » fait-on savoir du côté de l’administration. La décision du Préfet du Mfoundi, rejoint celle prise plus tôt par le gouverneur de la région du littoral qui couvre Douala. En décembre 2010 lorsque Faï Yengo Francis prend cette décision, le but recherché est de protéger dit-on le consommateur. Aujourd’hui, il est question de lutter contre le choléra. « On ne peut pas parler de lutte contre le choléra, en permettant la vente du choléra en sachet. D’où la mesure salutaire du préfet du Mfoundi, qui doit être contagieuse à ses collègues d’autres départements du Cameroun » a fait savoir Delor Magellan Kamseu président d’une association de consommateurs. Peu de consommateurs sont au courant de la décision préfectorale, et pour ceux qui le sont parfois, leur situation financière et la rareté de l’eau distribuée par la Compagnie de distribution des eaux (CDE) ne leur donne pas le choix. « Quelle est l’eau qui est propre ? Même l’eau de la Snec (appellation commune de la compagnie de distribution d’eau), est sale. Parfois tu puises l’eau tu laisses deux jours le fond est rempli de particules», affirme Eric Fosso, un commerçant d’eau en sachet. L’administration elle, n’envisage pas de fléchir. « La vente d’eau est réglementée au Cameroun. Il y a des procédures qu’il faut suivre pour avoir l’autorisation de vendre de l’eau potable ; si on ne s’y conforme pas on risque d’aller dans tous les sens et voila le choléra qui pointe, nous préférons prendre des mesures conservatoires », affirme-t-on du côté du ministère de l’énergie et de l’eau.

Les vendeurs dénoncent l’instrumentalisation d’une situation
Des observateurs avertis pensent que l’administration fait une fuite en avant sur ses propres responsabilités concernant ce problème. La crise économique qu’a connue le Cameroun dans les années 1990 a touché tous les secteurs d’activité du pays dont celui de la distribution de l’eau potable. De nombreuses bornes fontaines qui se trouvaient dans les grandes villes sont aujourd’hui hors d’usage. Le secteur de l’eau potable a connu peu d’investissements, se laissant dépasser par la forte demande issue des urbanisations massives. Dans la ville de Yaoundé par exemple, seulement 100 des 300 000 mètres cube d’eau demandés sont disponibles. D’un autre côté, la vente des eaux minéralisées coute très cher. Entre 500 et 400 FCFA le litre et demi, trop élevé pour les populations, dont près de 7 millions vivent avec moins de 700 FCFA par jour. Les populations dans un premier temps ont recouru à des puits, mais là aussi les frais d’entretien étaient assez considérables. C’est dans ce contexte que survient le succès de l’eau en sachet. Moins cher, à 50 FCFA le demi litre, il est aussi accessible très facilement. Les vendeurs ne refusent pas de se conformer à la procédure d’autorisation préalable, et même à des contrôles inopinés. « Il faut être fou pour ne pas accepter le deal. En réalité le mètre cube d’eau (1000 litres) à la Snec nous revient à moins de 400 FCFA, après traitement et perte nous perdons entre 400 et 600 litres, et le mètre cube nous revient finalement à10 000 francs CFA. Nous revendons le reste des 400 litres à 100 FCFA le litre donc vous imaginez le bénéfice qu’on peut en tirer même après avoir réglé toutes les charges » nous a fait savoir sous le couvert de l’anonymat un des vendeurs, ajoutant que le problème de l’autorisation c’est qu’il était devenu un poste de corruption. « En même temps que l’Etat nous pourchasse, il devrait aussi lutter contre la corruption dans le secteur. Vous savez l’Etat n’a pas besoin d’interdire notre eau. Si un consommateur a mal au ventre, il n’achètera plus et à terme le business va mourir, c’est de la folie tout simplement de priver des gens d’eau alors qu’on offre aucune solution » a-t-il ajouté. Le paradoxe dans cette affaire, c’est que le Cameroun possède des réserves d’eau douce trois fois plus grandes que celles de la France, pour trois fois moins de populations.

L’eau en sachet doit être mieux contrôlée, selon les autorités camerounaises
camerounactu)/n


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