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Sébastien Tchebayou: «Le Minfof a fait de la lutte contre la corruption en milieu forestier une priorité»

D’après le coordonnateur de l’ONG «Forêts et Développement rural» (Foder), l’action du ministère des Forêts et de la Faune en matière de lutte contre la corruption est louable même si le mal demeure

Compte tenu de votre expérience dans le domaine forestier pouvez-vous nous situer à quel niveau se trouve la corruption dans le domaine ?
Dans le domaine forestier, la corruption se situe tout le long de la chaine, depuis l’octroi des titres d’exploitation (vente de coupe, autorisation d’enlèvement de bois ou de récupération de bois, concession forestière) jusqu’à l’évacuation du bois en passant par les inventaires et l’aménagement. Une commission interministérielle est chargée d’examiner les dossiers de demande de titre d’exploitation. Au sein de cette commission la manifestation de la corruption a de multiples facettes. Sur le terrain, lors de l’activité d’exploitation elle-même, la corruption a pour auteurs les agents des différents ministères intervenant dans le secteur (MINTSS, MINPS, MINSanté, MINEPDED, MINFOF, MinJustice). Lors du transport, la corruption est surtout le fait des agents du MINFOF, des agents de la police et de la gendarmerie commis au contrôle routier. Au niveau de la transformation, les auteurs de la corruption sont quasiment les mêmes que ceux de la transformation. Le développement et l’exhaustivité des domaines de la corruption dans le secteur forestier prendraient beaucoup de temps.

Quelles sont jusqu’ici les mesures entreprises par le gouvernement ou par des ONG forestières telles que la vôtre pour éradiquer ce fléau ?
Face à la corruption dans le secteur forestier, le gouvernement de la République et en particulier le ministre des Forêts et de la Faune actuel a fait de la lutte contre la corruption une priorité. Chaque fois qu’il a été convaincu de la corruption de la part d’un fonctionnaire de son ministère, il n’a pas hésité de sévir avec la plus forte énergie. L’initiative à résultats rapides implémentée par son ministère lui aurait permis de comprendre quelque peu le visage de la corruption tout au moins dans le domaine de transport. Dans la recherche de l’efficacité et de l’efficience, ce département ministériel a renouvelé l’équipe de sa cellule de lutte contre la corruption en nommant à la tête une personne indépendante qui n’est pas fonctionnaire. Cette cellule, tout comme le ministère, collabore assez étroitement avec les organisations de la société civile dans la lutte contre la corruption dans le secteur forestier. C’est ainsi que le ministre Ngolé Ngwesse Philip a reçu en 2012 une équipe du FODER dans le cadre d’un programme de lutte anticorruption dans le secteur forestier et a fait désigner à l’occasion, un contact de FODER au sein du Ministère.

Le MINFOF a accueilli très favorablement le projet Anti-Cor que lui a présenté FODER et a participé activement dans sa mise en uvre en permettant la sensibilisation et la formation de son personnel à la lutte contre la corruption. Cette campagne a été menée avec la collaboration de Transparency International et de la CONAC. Un site web créé par FODER existe, qui sensibilise sur les méfaits de la corruption (www.anti-cor.org). Par ailleurs, FODER comme beaucoup d’autres ONG ont eu à former de nombreuses communautés des régions forestières à la dénonciation de certains actes non légaux dans le secteur forestier. Ces formations se poursuivent. C’est ce que nous appelons dans notre jargon «observation indépendante externe» (OIE). Tout agent de terrain sait désormais que les actes négatifs qu’il pose peuvent être relayés au plus haut niveau.

Qu’est ce qui selon vous favorise l’expansion de la corruption dans le domaine forestier au Cameroun ?
Les causes de la corruption sont pratiquement identiques à celles dans tous les secteurs de la vie nationale. Nous aborderons ce point en deux volets: Les motivations du corrompu, sans être exhaustif sont: l’attrait du gain facile, la cupidité, la prétention qui fait mener une vie supérieure à son niveau réel, l’imitation qui peut être liée au désir de paraître dans la société, l’impunité, l’absence de méritocratie, le parrainage par un haut placé qui sert de «parapluie» pour paraphraser le langage courant. Nous pensons que les baisses successives de salaire des fonctionnaires dans les années 90 ont contribué à accélérer l’expansion de la corruption faisant de ce fléau une habitude, une pratique qui jusqu’à une certaine date se déroulait à ciel ouvert. Le corrupteur dans sa démarche, poussé, lui aussi par l’appât du gain veut éviter la perte de temps, obtenir des faveurs, avoir plus que ce qu’il mérite, contourné la loi.

La loi dans le domaine forestier prévoit des sanctions liées à sa violation. Pourquoi ces mesures ne marchent-elles pas au regard de ce qui se passe sur le terrain ?
Le fait est que la corruption fait partie de ce qu’on appelle les dessous de table et donc très difficile à prouver ou à y appliquer le flagrant délit. Pour ce qui concerne les fonctionnaires de l’administration forestière, le ministre des Forêts et de la Faune actuel a eu à sévir chaque fois qu’il a été convaincu de la culpabilité de ses agents. Nous avons suivi par voie de presse et par les antennes des responsables qui ont été relevés de leur fonction avec pour certains la suspension de salaire et la traduction au conseil de discipline de la Fonction Publique. Du temps où le MINFOF fonctionnait avec l’observateur indépendant, on produisait et publiait le sommier des infractions forestières avec pour contrainte de payer ses amendes avant de postuler à un titre. Et donc on ne peut pas dire que la loi n’est pas appliquée. Mais il faut reconnaître que du fait de la corruption et de la multiplicité d’acteurs intervenant dans le secteur, elle n’est pas appliquée dans sa pleine mesure. Nous pensons que de nos jours les efforts sont fait plus qu’il y a quelques années. Nous devons louer cette progression dans l’effort.

Quelles sont les mesures de renforcement à prendre pour que le secteur forestier ne connaisse plus la corruption ?
Ce serait une utopie que de penser qu’on peut éradiquer la corruption dans le secteur forestier comme dans tout autre secteur d’ailleurs. On penserait qu’en remettant les fonctionnaires à leur niveau salarial d’avant les années 90, on combattrait la corruption. Cela est un bon sujet de débat, mais en voyant l’exemple des autres corps de métier où les augmentations de salaire et les progressions professionnelles s’opèrent fréquemment et régulièrement, et dont les membres ne cessent le racket, nous pouvons plaider pour une augmentation de salaire dans un esprit autre que celui de la lutte contre la corruption. Nous pensons toutefois que la sensibilisation, la moralisation dans le sens de changement de mentalité peut aider à une prise de conscience et provoquer le changement. Nous pensons aussi qu’il ne faut pas seulement sanctionner les agents véreux, mais il faut aussi récompenser les bons agents de la belle manière en sorte de créer une émulation. La cellule de lutte contre la corruption devrait jouer un grand rôle de sensibilisation. Mais seulement en a-t-elle les moyens?

Article lié: La corruption en milieu forestier comme elle se vit au Cameroun

Sébastien Tchebayou, Coordonnateur de FODER
Journalducameroun.com / Téclaire Ngo Nyeck)/n

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