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Sénatoriales au Cameroun: L’opinion divisée

Les avis divergent sur l’opportunité choisi par le Chef de l’Etat de lancer ces élections avant l’organisation des législatives et des municipales

Depuis l’annonce des élections sénatoriales pour le 14 avril 2013 au Cameroun, l’opinion publique politique est très fortement partagée sur l’opportunité prise par le chef de l’Etat de les organiser avant les législatives et les municipales. Samedi 02 mars 2013, le comité central du Social Democratic Front (SDF), principal parti de l’opposition au Cameroun, s’est réuni à propos. Des informations rapportées à l’issue de cette réunion présidée par le président du parti John Fru Ndi, font état de ce que même au sein de ce parti, les positions ne sont pas uniformes entre les partisans du oui à la participation aux sénatoriales et ceux qui sont catégoriquement contre. Le SDF a des raisons de s’inquiéter, avec un peu moins de 900 conseillers communaux, contre plus de 10 000 pour le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), parti au pouvoir, la bataille risque d’être serrée, même dans les zones considérées comme des fiefs du parti de John Fru Ndi. Au sein du RDPC on affiche une grande sérénité. « Nous sommes prêts pour ces sénatoriales et nous ne pensons pas que le débat sur la légitimité de ceux qui vont choisir les 70 sénateurs soit à remettre en cause. Le mandat des conseillers municipaux a été prolongé et leur donne la compétence selon la loi, pour désigner les sénateurs, je ne vois pas où est le problème», a fait savoir Sali Dairou, un ancien ministre et haut membre du parti au pouvoir. Une position que ne partagent pas certains intellectuels. « Je ne pense pas qu’on puisse avoir un souci avec la loi, elle semble avoir été respectée, quoiqu’il faut relever que le Sénat censé représenter les régions, est mis en place par des conseillers municipaux sortants. Peut-être du point de vue de la loi c’est normal, mais est-ce que cela fait l’objet de consensus? Or c’est justement sur la question de consensus qu’on attendait la mise en uvre du Sénat », a soutenu Stéphane Akoa, politiste au sein de la Fondation Ango Ela à Yaoundé.

L’argument de monsieur Akoa semble une chose partagée. « La démocratie est un choix d’organisation politique et le Cameroun a fait ce choix à l’exclusion des autres formes que sont l’oligarchie ou la dictature. Mais cela n’est vrai que dans les papiers, dans les faits c’est le contraire et on le voit. Il faut savoir que les démocraties modernes ont des règles et parmi elles, le consensus et le contrôle mutuel des pouvoirs. Nous allons vers la mise en place d’une institution aussi importante que le Sénat, avec une opinion divisée et une garantie de main mise du parti au pouvoir qui contrôle tout l’appareil institutionnel, que peut-on en attendre? Et puis lorsqu’on parle de légitimité, je suis désolé elle ne se prolonge pas. Le texte qui prolonge le mandat des conseiller municipaux concerne la gestion des affaires courantes. Elle ne saurait en aucun cas s’étendre aux jeux de rôle de la représentation élective », Explique pour sa part Richard Makon, universitaire spécialiste du Droit Public. Au sein du RDPC, des sons discordants se font déjà entendre. Le président Biya a fixé les règles de désignation des candidats de son parti à ces élections et certains sous le couvert de l’anonymat affichent un mécontentement. Ils estiment que certaines personnes une fois encore tireront avantage de la situation au mépris de l’intérêt du groupe. Dans leurs analyses, ils estiment et admettent que même pour eux, ce n’est pas intéressant d’arriver à un stade où les mairies travailleront avec des Sénateurs qu’ils n’ont pas choisi. « Le pouvoir qui était supposé être celui du contrôle de la collectivité sur le Sénat est fortement dilué, mais nous sommes en politique », a expliqué un militant de ce parti. 17 ans après que la constitution camerounaise ait consenti sur la pression de l’opposition à mettre en place un Sénat, le président Biya a décidé, il y a quelques jours de l’organisation des consultations y relatives, dans un calendrier que lui seul maîtrisait. Tout le monde semble y trouver un geste fort, en ce que la mise en place du Sénat permettra celle du conseil constitutionnel. Le 20 mai prochain, fête de la Nation, Paul Biya risque d’assister le défilé avec à ses côtés, son président du Sénat. La question est qui sera-t-il?


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