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Sénégal: Polémique autour des mémoires de l’ancien président Abdou Diouf

Dans son livre, Abdou Diouf raconte des anecdotes et confidences qui ont mis mal à l’aise certains de ses anciens proches collaborateurs

Le livre mémoires de l’ancien président sénégalais Abdou Diouf, publié à Paris, et dont de larges extraits ont été diffusés dans la presse locale, suscite une vive contestation au Sénégal. L’auteur de l’ouvrage, actuel président de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), a été le second président de la République du Sénégal de 1981 à 2000, et membre du Parti socialiste.

Dans son livre, Abdou Diouf raconte des anecdotes et confidences qui ont mis mal à l’aise certains de ses anciens proches collaborateurs cités dans l’ouvrage. C’est par exemple le cas d’une altercation en 1984 entre ses anciens ministres et camarades de parti, Moustapha Niasse (actuel président de l’Assemblée nationale) et Djibo Kâ (député).

Rapportant une confidence de Moustapha Niasse à ce sujet, Diouf écrit : « (..) Est-ce que vous savez, Monsieur le président, que ce que j’ai fait à Djibo Kâ (il lui a donné une gifle : NDLR), au Bureau politique en 1984 est le résultat d’un complot entre Jean Collin – ancien ministre de l’Intérieur – et Djibo Kâ ? (..) Collin a dit à Djibo: Il faut amener le président à chasser Niasse du gouvernement. Il faut le couper du président et la seule façon de le faire, c’est de le provoquer. Il est nerveux, il fera une bêtise, et le président le fera partir. Il faut que tu insultes sa mère, il ne pourra pas le supporter, il te frappera et le président le chassera ».

Autre anecdote citée dans l’ouvrage et qui met mal à l’aise le Pr Iba Der Thiam, également ancien ministre de l’Education de Abdou Diouf.

« Au moment où Abdoulaye Bathily-opposant au régime de Diouf – devait passer maître de conférences à l’Université, Iba Der Thiam a voulu s’y opposer en me disant qu’il n’était pas au niveau requis. (..) Je ne sais pas ce qui s’est passé, mais Iba Der a demandé à ses agents de ne pas me transférer le projet de décret pour le nommer maître de conférences. Finalement, c’est quand j’ai demandé au recteur, Madani Sy, de trouver une solution qu’Iba Der a compris qu’il ne pouvait pas aller contre la volonté du président de la République, et Bathily a donc pu être nommé », révèle Diouf dans son ouvrage.

La réaction des personnalités citées dans le livre n’a pas tardé. Pour Djibo Kâ, Abdou Diouf raconte des contre-vérités dans son livre. « C’est faux de dire que j’étais manipulé par Jean Collin. Collin et moi n’avions que des relations professionnelles. Et Niasse ne m’a jamais giflé. Il s’est jeté sur moi et m’a juste touché à la tête. Si Diouf ne me respecte pas, moi je le respecte ».

Pourtant, Me Doudou Ndoye, ancien ministre socialiste, confirme les propos de l’ancien président.

« Moustapha Niasse prenait la parole et Djibo Kâ a murmuré deux à trois mots qui n’étaient pas bien placés. Et Moustapha Niasse s’est fâché. Il s’est levé, a pris Djibo Kâ, l’a abreuvé d’insultes de mère en wolof, et lui a donné des coups de poing jusqu’à ce que Djibo Kâ ait la lèvre fendue (..) C’est moi qui, suis le seul à me lever pour intervenir et les séparer », témoigne dans la presse Me Doudou Ndoye.

Iba Der Thiam aussi s’est défendu via la presse. Pour ce professeur d’histoire et ancien ministre, le récit de Diouf prouve, « son ignorance des usages et procédures universitaires. Diouf falsifie sciemment les faits. Il intrigue, règle des comptes et n’ a pas peur de jouer avec la vérité pour faire mal ».

En tout cas, si certains soupçonnent un règlement de comptes à travers les écrits de l’ancien président, d’autres pensent qu’il n’ y a pas d’objet à polémique. « Les autres qui ne sont pas contents n’ont qu’à écrire leurs mémoires. Alimenter cela de manière conflictuelle n’a pas de sens », estime Mamadou Ndoye, ancien ministre de Diouf et actuellement secrétaire général de la Ligue démocratique.

Selon lui, Diouf a donné son témoignage tel qu’il a vécu les choses, compte tenu de la position qu’il a occupée au niveau de la République. Il n’y a donc, dit-il « pas lieu de faire une guerre à partir de ses points de vue ».

Couverture des Mémoires d’Abdou Diouf
seuil.com)/n

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