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Société: le phénomène de squatterisation gagne du terrain au Cameroun

85% de personnes à Douala, vivent dans des zones à risque. C’est ce qui ressort d’une étude.

C’est au nom de l’opération ville propre, que les délégués du gouvernement auprès des communautés urbaines de Yaoundé ainsi que de Douala, ont entamé depuis près de trois ans déjà, une vaste campagne d’assainissement de ce que les écologistes appellent, zones écologiquement fragiles (ZEF). En clair, zone à risque. Si les autorités parlent de préservation de la vie humaine pour expliquer les opérations de déguerpissement qui laissent généralement les familles sans toit et à la merci des caprices de la nature, l’on observe que les victimes et bien d’autres personnes n’ont pas parfois le choix, que de trouver refuge dans les bas fonds du pays, malgré les mises en garde de l’administration. Au Cameroun, 6 millions de personnes vivent dans des zones réputées non constructibles, dont 85% à Douala et à Nkongsamba, 80% à Yaoundé, 84% à Mbalmayo, 55% à Maroua.

Ces résultats issus d’une étude effectuée en 2007, montrent bien l’ampleur du phénomène de squatterisation dans les villes camerounaises, et il faudra s’attendre à la hausse de ces statistiques étant donné qu’au Cameroun, 48,2% des habitants sont citadins, et en l’an 2025, ils seront 61% à résider dans les villes, indique l’intellectuel Kengne Fodouop après une recherche menée sur le phénomène. Il y a donc une forte occupation des zones écologiquement fragiles par une population généralement à faible revenu, voire des chômeurs. Une fois l’endroit repéré, les habitants y construisent des habitats précaires. Il s’agit des maisons construites en matériaux provisoires, de récupération, et parfois en matériaux définitifs également. Bien que conscients du danger qui peut survenir à tout moment, les habitants des ZEF encore appelés des squatters, essaient de s’intégrer à travers la création de plusieurs activités. C’est le cas des cultures maraîchères qui se développent autour d’un étang à l’instar de l’horticulture. Les cultures fruitières ne sont pas en reste, tout comme plusieurs autres activités développées par les chômeurs telles la laverie des voitures, ou encore des petits commerces. Dans ces zones, se développent aussi des parcs d’attraction, des bars dancing, des postes de distribution de l’essence, en passant par les églises et autres aires de jeu, notamment des terrains de football où jouent les enfants très souvent pieds nus. Sans oublier que les populations riveraines utilisent des bas fonds, pour des décharges d’ordures publiques. Ce qui fait dire au psychologue camerounais Georges Mboe, que l’ampleur des risques tarde à faire de l’occupation des espaces en ville, la chose la mieux partagée.

Insuffisance de l’offre en logement, naissance des nouveaux quartiers
Face au public ce mardi, 24 mars au centre culturel français de Douala dans le cadre d’une communication organisée par le cercle de réflexion scientifique et de promotion d’actions (CARREGEO), l’enseignant et chercheur à l’université catholique de Yaoundé après la diffusion d’un documentaire sur la squatterisation réalisée dans la capitale, a mis en exergue la dimension psychologique qui sous-tend la légitimation du phénomène de squatterisation, non plus comme une incivilité, mais plutôt comme une réponse adaptée au contexte actuel marqué par une offre en logement bien en dessous de la demande. Vis-à-vis des risques (sanitaires, environnementaux, technologique, légaux), les personnes qui squattent dans les bas fonds de Yaoundé ou encore aux alentours des mangroves à Douala, attribuent leur situation à l’échec des pouvoirs publics, dont l’offre en logement de la Maetur, la SIC et crédit foncier, est non seulement insuffisante, mais élitiste. Il y a aussi des pressions socio culturelles, qui veulent que posséder une maison, vous donne votre vraie valeur, « c’est pas sa maison qu’un bantou s’affirme dans la société, dès lors, l’on est donc prêt à tout faire pour avoir une maison, y compris dans les ZEF, pourvu que ce soit une maison », explique le psychologue. Georges Mboe note qu’au fil des ans, la ville de Douala fait face aux nouveaux fronts d’urbanisation. En effet, l’expansion de la ville a entraîné la naissance des quartiers comme Madagascar, Nyalla, Ndogbassi. De même, la présence des multiples communautés nationales et étrangères dans la cité économique, pose un réel problème de logement. Implantée à 24 km de l’océan, ville plate dotée d’une pluviométrie importante avec 225 jours de pluie par an selon M. Mboe, Douala n’a pas fini d’être un site propice au développement du phénomène de la squatterisation.


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