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Sommet Afrique-France: A quoi joue Nicolas Sarkozy ?

Ouvrant les travaux du sommet à Nice, le président français a mis en avant sa nouvelle vision des rapports avec l’Afrique

Changement de discours du président français
Alors qu’il offrait un diner de gala aux chefs d’Etats africains présents à Nice pour le sommet Afrique-France, le président français Nicolas Sarkozy a défini les nouveaux rapports qui le lieront avec ses « amis africains ». Permettez-moi de vous dire à tous que la France vous considère tous comme des amis, comme des partenaires, comme des hommes et des femmes d’expérience, a-t-il déclaré. Jusqu’au dernier sommet Afrique-France de Cannes (celui en 2007), la tradition était un dîner qui réunissait les seuls chefs d’Etat et gouvernement francophones, a-t-il rappelé précisant qu’à ses yeux cela n’avait pas de sens. Des propos qui ne peuvent cependant occulter le fait que tous ces chefs d’Etat francophones, sont invités du président Nicolas Sarkozy, à l’occasion de la fête nationale française, le 14 juillet prochain. Une fête qui exclura de fait les autres Etats. L’Afrique francophone sera réunie pour célébrer ses cinquante ans d’indépendance. A l’analyse on peut imaginer que le président français serait l’otage des réseaux d’affaires français en Afrique, dont les intérêts n’ont pas changé à la même vitesse que la volonté du président Sarkozy dans son projet africain initial. La France et l’Europe ont autant besoin de l’Afrique que l’Afrique a besoin de l’Europe et de la Francea déclaré Sarkozy dans son discours d’ouverture ce lundi 31 mai à Nice.

Un sommet qui pourrait à nouveau diviser l’Afrique
L’autre point de discussion critiqué est celui sur « la place de la gouvernance mondiale ». Au-delà du discours de Sarkozy qui justifie l’enjeu par le besoin de légitimité internationale, la France a à nouveau jeté en Afrique un nouvel objet de division. « Il est absolument anormal, a expliqué Sarkozy, que l’Afrique ne compte aucun membre permanent » au sein d’un Conseil de sécurité des Nations unies qui doit, à ses yeux, être réformé sans tarder. Au nom du consensus continental ébauché en 2005, les éminences africaines exigent deux sièges de membre permanent (MP) au sein dudit Conseil. De même, elles réclament au moins deux places supplémentaires parmi les membres non permanents (MNP), ce qui porterait le total à cinq. La France soutenue par l’Angleterre, défendent au contraire, une formule intermédiaire « d’élargissement progressif » c’est à dire allonger dans un premier temps significativement la durée du mandat des membres non permanents, sans pour autant leur accorder le droit de veto réservé pour l’heure au Cinq majeurs (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni). Puis d’octroyer au « berceau de l’humanité », un des deux fauteuils réclamés au conseil de sécurité. Une proposition qui a divisé les ministres des affaires étrangères lors des débats dimanche, la veille du sommet. D’un autre coté il se pose le problème de la personne qui représentera l’Afrique. L’Afrique du sud en tant que puissance économique revendique la légitimité de cette place. Mais il faudra compter avec l’Egypte, le Nigéria et même le Sénégal dont le président Wade nourrit de grandes ambitions.

Les chefs d’Etats et de gouvernements africains réunis autour de N. Sarkozy

L. Blevennec/Elysee.fr)/n

Aucun engagement fixe ne devrait sortir du sommet
Entre amis, dans une relation de confiance, on doit pouvoir parler de tout, sans fâcherie et sans gêne. Une relation partenariale. Il n’y a pas d’un côté des grands pays, de l’autre des petits, mais des partenaires qui ont des intérêts à défendre, des points de vue à faire valoir, sur la base d’une relation d’égalité et tournée vers le futur a déclaré le président français. Une des manifestations de cette innovation concerne l’ouverture de la rencontre à des acteurs non politiques. La présidence française a choisi cette année des opérateurs économiques. Quelque 230 dirigeants d’entreprises, 80 venus de France et 150 d’Afrique, ainsi que des syndicalistes, débattront de développement et de sujets comme la responsabilité sociale et environnementale des entreprises, leur financement ou la formation professionnelle. Les conclusions de leurs travaux et leurs recommandations seront présentées aux chefs d’Etat et de gouvernement lors de la séance de clôture du sommet. Pour les experts, cela représente ni plus ni moins une forme de néocolonialisme. Il est difficile de parler de rapport économique décomplexés et partenariat solide tant que les réserves de change sont gardées au trésor de France, et la monnaie de la zone franc garantie par le même trésor. D’un autre coté il apparait clairement dans les statistiques des échanges, que la France est le premier fournisseur du Cameroun par exemple, mais n’en est que le quatrième acheteur. Un bilan très spécial pour un partenaire historique et privilégié. Les conclusions du sommet sont attendues ce mardi 1er juin 2010, mais de nombreux experts affirment déjà qu’il n’en sortira rien de concret.

Moment de gaieté à Nice

L. Blevennec/Elysee.fr)/n

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