Opinions › Tribune

Sortir l’Afrique du cercle vicieux de la dĂ©pendance et de la mendicitĂ©

Par Michel Lobé Etamé, journaliste

Au cours de son dernier voyage en Afrique qui l’a amenĂ©e au Nigeria et au Cameroun, Christine Lagarde, patronne du FMI (Fonds MonĂ©taire International), a dĂ©clarĂ© que le Nigeria n’avait pas besoin d’une aide du FMI. Cette dĂ©claration vaut aussi pour d’autres pays africains, dont le Cameroun oĂą elle a poursuivi sa tournĂ©e.

Le Nigeria, un gĂ©ant africain par la taille et la population, est le premier producteur d’or noir sur le continent. Cette richesse, très mal rĂ©partie, est Ă  l’origine du conflit qui sĂ©vit actuellement dans ce pays oĂą seul le Sud jouit, de manière très inĂ©galitaire, des revenus pĂ©troliers.

Les cours du pĂ©trole s’effondrent actuellement et les projets de dĂ©veloppement du Nigeria sont revus Ă  la baisse. Le pĂ©trole Ă  lui seul reprĂ©sente 80% des recettes financières de ce grand pays. Mais le Nigeria dispose encore d’une cagnotte substantielle pour poursuivre sereinement son dĂ©veloppement et limiter sa dĂ©pendance au pĂ©trole.

Les dĂ©clarations de Christine Lagarde ne surprendront donc pas les initiĂ©s sur la capacitĂ© du Nigeria Ă  poursuivre son dĂ©veloppement Ă©conomique sans l’aide des institutions financières traditionnelles.

Le cercle vicieux de la dépendance et de la mendicité
La gestion Ă©conomique et sociale de l’Afrique noire reste très liĂ©e au modèle hĂ©ritĂ© de l’indĂ©pendance qui est basĂ© sur le clientĂ©lisme et la corruption.

L’Afrique dispose pourtant de richesses naturelles exploitables pour se passer des dons, des prĂŞts et des aides extĂ©rieures. Ces aides sont soumises Ă  des conditions qui font perdre aux Ă©tats africains leur droit de regard sur les investissements Ă©trangers.

Au fil des annĂ©es, de nombreux scandales ont Ă©tĂ© dĂ©noncĂ©s. Les choix proposĂ©s et imposĂ©s Ă  l’Afrique ne correspondaient pas Ă  leurs besoins. Des usines neuves et novatrices sont tombĂ©es en ruine.

Face Ă  ces Ă©checs rĂ©pĂ©titifs, les États ont Ă©tĂ© discrĂ©ditĂ©s auprès des Institutions financières et soumis Ă  des plans de restructurations. Les dettes contractĂ©es auprès des banques et les emprunts d’Ă©tat ont pĂ©nalisĂ© les Ă©conomies fragilisĂ©es et dĂ©pendantes. Les Fonds vautours en ont profitĂ© pour dĂ©plumer des pays moribonds.

Voilà pourquoi certains États africains sont soumis à la dépendance et à la mendicité auprès des bailleurs de fonds.


Une conjoncture économique internationale défavorable en 2016
Les prĂ©visions de croissance mondiales sont dĂ©sespĂ©rantes, selon le FMI. Les pays Ă©mergents revoient tous Ă  la baisse leurs prĂ©visions de croissance. Selon l’OMC, la croissance du commerce mondial sera cette annĂ©e de 2,8% au lieu 4% l’annĂ©e dernière. Ce ralentissement va nettement affecter les pays du BRICS et en particulier la Chine dont la crise boursière dĂ©montre la fragilitĂ© de son Ă©conomie.

Inéluctablement, les investissements de la Chine et des pays du BRICS en Afrique vont ralentir.

Ce mal peut aussi ĂŞtre un bien pour l’Afrique et l’aider Ă  sortir de sa dĂ©pendance Ă  l’Ă©gard pays « donateurs ». Saura-t-elle se prendre en charge pour dĂ©velopper ses infrastructures, privilĂ©gier les Ă©nergies renouvelables et son agriculture ? Face Ă  une conjoncture internationale morose, l’Afrique ne peut compter sur ses « amis ». Elle peut mutualiser ses prioritĂ©s par une coopĂ©ration technique continentale.

Le commerce intercontinental en Afrique est la seule alternative pour sortir le continent de sa dĂ©pendance chronique Ă  l’Ă©gard des grandes puissances. Tous les Ă©tats le savent. Mais rien ne bougent jusqu’Ă  prĂ©sent. Le cordon ombilical qui lie l’Afrique aux grandes puissances ne saurait Ă  lui seul justifier les Ă©checs. Un changement de mentalitĂ© s’impose. Nous avons tous le devoir d’y participer, de dĂ©construire ensemble nos cerveaux, nos complexes, nos faiblesses hĂ©ritĂ©es de la colonisation et nos peurs.

A l’horizon 2030, ce sera l’heure du bilan. Aurons-nous atteint nos « Objectifs du MillĂ©naire pour le dĂ©veloppement? ». Quelle Afrique laisserons-nous Ă  nos enfants ? Celle de la dĂ©pendance, de la mendicitĂ©, de la corruption, de la pauvretĂ©, des guerres et de la dictature ?


Journalducameroun.com)/n

0 COMMENTAIRES

Pour poster votre commentaire, merci de remplir le formulaire

A SAVOIR

- Les opinions et analyses présentées dans cette rubrique n'engagent que leurs auteurs et nullement la rédaction de Journalducameroun.com.

- JournalduCameroun.com n'est pas responsable des affirmations qui y sont présentées et se réserve le droit de modifier ou de retirer un article qui diffamerait, insulterait ou contreviendrait au respect des libertés publiques.

Ă€ LA UNE
Retour en haut