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Sous alimentation au Cameroun, l’urgence silencieuse

Au fil des années, l’autosuffisance alimentaire a fait place à l’urgence alimentaire

Un mal caché
L’alerte a été donnée au mois d’avril dernier par l’organisation des nations unies pour l’enfance (UNICEF). Dans un de ses rapports d’activités, l’organisation a fait savoir que Chaque année, au moins 45 000 enfants succombent à la malnutrition au Cameroun. Un chiffre qui ne peu surprendre de nombreux camerounais. Ils font face depuis de nombreuses années déjà, à une crise alimentaire profonde. La gravité de la situation est bien éclipsée par les conflits et les crises qui touchent les populations réfugiées dans les autres pays de la région. Pour cette raison il apparait difficile de donner une voix à ce que l’UNICEF qualifie d’ « urgence silencieuse ».

L’extrême nord du Cameroun très exposé
Les observations de l’UNICEF ont porté sur les régions Est, Nord et Extrême-nord du Cameroun. Dans le nord du Cameroun précisément, les experts de l’organisation ont relevé que la malnutrition aiguë globale (GAM), dont le taux s’élève à 12,6 pour cent, touche 115 000 enfants de moins de cinq ans. Près de 40 pour cent des enfants (environ 350 000) souffrent de malnutrition chronique. D’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le taux de GAM est « grave » lorsqu’il se situe entre 10 et 14,9 pour cent ; il faut alors avoir recours à l’alimentation complémentaire. Lorsqu’il atteint 15 pour cent ou plus, il s’agit d’une urgence. Ces taux de malnutrition sont selon les experts aussi élevés que ceux des pays purement sahéliens. Le nord et l’extrême nord du pays comptent pour rappel environ 4,9 millions d’habitants, un peu trop encas situation généralisée de famine.

Une situation aux causes multiples
Les causes de malnutrition au Cameroun sont multiples et variées selon des responsables locaux d’ONG. On cite le manque de soins de santé essentiels, l’insécurité alimentaire, l’accès insuffisant aux services essentiels à la survie des enfants et les mauvaises pratiques relatives à l’alimentation des nourrissons. Dans certains cas c’est l’isolement géographique de certaines zones qui est indexé. L’UNICEF rajoute à cela les vagues de réfugiés qui affluent de République centrafricaine et du Tchad, aggravant des conditions de vie déjà difficiles, des populations de l’est et du nord du Cameroun. D’un autre coté, les observateurs rappellent les problèmes de gouvernance et de gestion qui plombent les initiatives viables. En 2008, 1,8 million d’euros a été débloqué dans le cadre d’un « Programme maïs », pour subventionner des Groupes d’initiatives communes (GIC) constitués par des paysans. Mais, selon une étude de l’ACDIC une association de défense d’intérêts collectifs, 62% de cette aide a été détournée vers des GIC fictifs montés par des fonctionnaires du ministère de l’Agriculture.

Une intervention insuffisante de l’Etat
Des accusations non totalement réfutées par les autorités. Pendant ce temps, la production nationale de maïs peine à satisfaire la demande: « De 60.000 tonnes en 2008, le déficit (pour la consommation) est estimé à 120.000 tonnes pour 2009 ». Pour ce qui est de l’urgence, le gouvernement a pris des mesures qualifiées d’encourageantes, en vue d’intégrer aux services de santé la nutrition et les traitements contre la malnutrition, mais il reste beaucoup à faire à toutes les parties concernées, et les ressources manquent. Une intervention urgente et complète nécessiterait d’après les experts, une somme proche d’un milliards de francs CFA, l’équivalent des sommes détournées dans le cadre du programme maïs


unicef.org)/n
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