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Subvention du Carburant au Cameroun: L’Etat prépare le retrait

Le gouvernement justifie son revirement par la facture trop lourde et la volonté de rétablir la justice, mais il reste silencieux sur de nombreux points

Pour la première fois depuis le début des débats sur le sujet, les médias à capitaux publics et proches du gouvernement ont publié des informations relatives à la question de la subvention des prix des hydrocarbures au Cameroun, annonçant la position du gouvernement et du même coup le lancement officiel et public d’un débat qui jusqu’ici semblait être un tabou. Dans son édition de ce jour (19 juillet 2012), le quotidien national bilingue, cameroon-tribune, évoque en Une, un « soutien très lourd », parlant du prix du carburant, relayant ainsi des arguments déjà présentés par la télévision et la radio officielles (CRTV). Il ressort des différentes publications et diffusions que, pour le gouvernement, les camerounais ont désormais le choix entre voir le carburant subventionné au profit des plus riches, ou alors économiser la subvention au profit de la construction des routes des écoles et des grands projets structurants. « A l’heure où l’Etat a besoin de financements pour réaliser les grandes réalisations, peut-il continuer à emprunter à des taux d’intérêts parfois exorbitants des fonds qu’il peut trouver sur place, en procédant simplement à des réajustements dans l’affectation des enveloppes ? Il convient d’y méditer sérieusement quand on sait que les 400 milliards de subventions pour l’achat des carburants à la pompe en 2012 pouvaient financer la construction du barrage de Lom Pangar, ainsi que plusieurs écoles et hôpitaux », peut-on lire dans l’article, qui résume une position donnée par le secrétaire général du ministère du commerce et celle du directeur général de la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH) lors d’une récente rencontre informative avec des syndicats de transporteurs.

Le RACE dénonce une injonction des bailleurs de fonds
Pour le RACE et de nombreuses autres associations et opinions, cette position de l’administration est la preuve que sur « injonctions du FMI et la Banque mondiale, la mafia nationale du pétrole est résolue à sacrifier les intérêts des consommateurs d’énergie, sous l’autel de l’austérité». Or même si elle a lancé le débat au début de cette année, les officiels du bureau au Cameroun de la Banque Mondiale précisément se refusent d’avoir donné toute injonction au gouvernement camerounais. « C’est une décision nationale que de poursuivre ou de suspendre les subventions des prix de l’essence à la pompe. Ce que nous disons c’est que des sommes importantes d’argent sont affectés à un secteur, qui profite plus aux classes les plus favorisées et laisse de côté les plus défavorisées » explique-t-on auprès de cette institution. « Et en plus nous ne disons pas au gouvernement de supprimer la subvention de manière brusque, nous voulons partager avec les autorités si elles en sont disposées, notre expérience de retraits de subventions qui ont marché dans d’autres pays, notamment avec la mise en place des filets sociaux pour protéger les pauvres d’une augmentation brusque des prix », expliquait Shantanayan Deverajan, l’économiste en chef de la Banque Mondiale pour l’Afrique, lors d’une récente visite au Cameroun. A l’appui de cette logique, certains experts, estiment que la part de consommation des hydrocarbures par les ménages et sur leurs budgets reste à déterminer.

Un problème encore plus complexe
Pour d’autres experts, la soutenabilité de la subvention peut se consolider sans que cela n’affecte le prix final du carburant. Leurs analyses s’appuient sur le fait que la structure du prix du carburant au Cameroun comporte de nombreuses taxes qui se chevauchent et enflent injustement le prix. Un meilleur réexamen de la structure des prix selon eux, pourrait permettre de l’ajuster et de réduire par la même occasion le poids de la subvention. Une autre analyse voudrait que jusqu’ici, un des facteurs d’augmentation des prix à la pompe soit la non-compétitivité des produits raffinés par la SONARA, la société nationale de raffinerie. Pendant longtemps la vétusté de ses installations et une gestion critiquable, ont été à l’origine de pertes de productivité répercutées sur la facture de ses clients. Du côté de l’administration, on affirme que c’est justement parce qu’on dépensera beaucoup d’argent pour renforcer les installations de cette entreprise, que la facture de la subvention sera plus lourde en 2012. Un argumentaire qui ne tient pas la route, vu que les travaux à la SONARA ont consolidé leurs financements dès 2011 et qu’ils devraient déjà en principe être achevés à ce jour. « C’est d’ailleurs ridicule d’avoir un système d’approvisionnement en hydrocarbures, basé sur un dispositif avec en son c ur une société de raffinerie vendeuse de pétrole. Dans les meilleurs exemples, les raffineries perçoivent des droits de raffinage en volume de pétrole et c’est ce droit qu’on peut revendre aux ménages à des prix subventionnés », explique Bernard Ouendji, Ancien haut cadre du gouvernement camerounais et aujourd’hui expert consultant. En plus il reste difficile de comprendre que la facture de la subvention puisse connaître une hausse dans un contexte mondial de recul des prix du baril, même avec un dollar en hausse. Enfin le gouvernement devra prendre en compte un autre paramètre avant de réajuster son action sur le prix de l’essence, celui du risque de la reprise du commerce du carburant en provenance du Nigéria. Des opérateurs résidant chez ce grand voisin ne crachent pas sur la perspective de pouvoir relancer les activités du « Zoua-Zoua » (carburant frelaté, de mauvais qualité) avec à la clé l’acquisition des CFA, une monnaie stable et convertible à l’étranger, au contraire du Naira local. Dans cette perspective, l’Etat camerounais aura encore plus à perdre. Pour d’autres experts, les pays du golfe de guinée pourraient se mettre ensemble pour trouver des solutions de raffinerie réduisant les coûts de production et donc de consommation pour le client final. Une solution jamais explorée jusqu’ici.

L’état voudrait se retirer de la subvention du prix du carburant au Cameroun
www.fntp.fr)/n

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