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Suffit-il de se proclamer anti-français pour bĂ©nĂ©ficier du soutien automatique de l’opposition camerounaise?

Par Enoh Meyomesse, romancier, essayiste et historien

Suffit-il de se proclamer anti-français pour devenir un «panafricaniste» vĂ©nĂ©rĂ© de tous ou un «patriote» africain ? Suffit-il de prĂ©tendre uvrer pour la baisse de l’influence française dans un pays pour devenir un «grand patriote» sur qui on ferme les yeux sur la fraude Ă©lectorale et la misère su peuple ? Suffit-il de prĂ©tendre incarner de bouche le changement simplement parce qu’on est en compĂ©tition avec un plus âgĂ© que soi avec qui on a cependant servi dans un mĂŞme gouvernement antipopulaire pendant plus d’une dĂ©cennie, pour devenir un «hĂ©ros»?

Telles sont les grosses questions qui se posent au vu de la manière dont les Camerounais soutiennent actuellement la singulière «victoire» de Bongo aujourd’hui Ă  la rĂ©cente Ă©lection prĂ©sidentielle au Gabon.

Je fais partie de ceux qui s’Ă©tranglent d’Ă©motion devant cette attitude extrĂŞmement surprenante. OubliĂ©e la «victoire» d’Ali arrivĂ© en 3ème position derrière AndrĂ© Mba Obam il y a sept ans. OubliĂ©e la manière dont le père Bongo est lui-mĂŞme arrivĂ© au pouvoir en 1967. OubliĂ©e la fortune scandaleuse de la famille Bongo sur le dos de la misère de la population gabonaise. (Un opposant de notre pays applaudit chaudement Ali parce qu’en 7 ans de règne il a bitumĂ© . 400 km de routes !!!, Ă´ grandiose exploit qui mĂ©rite de figurer dans le livre Guinness des records .). OubliĂ© l’envoie du BIR du Cameroun au Gabon pour consolider le rĂ©gime d’Ali que rejetait la population. OubliĂ©e la naissance d’une «dynastie rĂ©publicaine» en Afrique noire, la seconde après celle du Togo avec la famille EyadĂ©ma. OubliĂ©, tout bonnement, le dĂ©sir par la force, le feu et le sang, d’un dictateur africain de mourir Ă  son tour au pouvoir dans trente ans, comme son père hier. J’en suis scandalisĂ©

Deux enseignements majeurs
Le plus Ă©tonnant est que, contre toute attente, c’est mĂŞme prĂ©cisĂ©ment l’opposition camerounaise qui est en train de proclamer Ali «hĂ©ros» face Ă  Paris. Cette opposition qui, en 1992, avait criĂ© sur tous les toits Ă  la «victoire volĂ©e» de Paul Biya. Cette mĂŞme opposition qui affirme, sans jamais y parvenir, qu’il lui suffit de prĂ©senter un candidat unique pour battre Paul Biya, mais qui refuse d’appliquer cet axiome au Gabon voisin ou cela vient de se produire.

Quoi qu’il en soit, pour ma part je tire deux grands enseignements de ce singulier comportement.


1/- l’opposition camerounaise est tellement anti-française qu’elle est prĂŞte Ă  anoblir le premier des individus qui va claironner que la France en a après lui, y compris Paul Biya demain ;

2/- l’opposition camerounaise est finalement pour le statu-quo en Afrique, Ă  preuve, elle a Ă©tĂ© le principal soutien de Paul Biya au Cameroun depuis le retour du multipartisme en 1991.

Ce second enseignement vient conforter ce que je lui ai toujours critiquĂ© depuis le dĂ©but : notre opposition est une «opposition» qui cherche Ă  collaborer avec le rĂ©gime, et non Ă  le renverser. Tous nos leaders-lĂ , Ă  quelles que exceptions près, je le sais pour les avoir longtemps cĂ´toyĂ©s, ne dĂ©sirent qu’une chose : ĂŞtre nommĂ©s au gouvernement, tout simplement, et bien vivre sur le dos du peuple comme ils le voient faire les ministres de Paul Biya. C’est vraiment dommage pour notre pays .

Enoh Meyomesse
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