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Sylvestre Lebell Nyeck Nyeck, de HEC Paris à la mairie de Makak

« Je ne me suis jamais senti à l’aise autant qu’aujourd’hui », affirme l’actuel édile de la commune de Makak, rentré au Cameroun après avoir démissionné dela tête de l’une des sociétés du groupe Bolloré

Diplômé de l’Ecole des Hautes Etudes Commerciales de Paris (HEC), Sylvestre Lebell Nyeck Nyeck, actuel édile de la commune de Makak est rentré au Cameroun après avoir démissionné de la direction générale de l’une des sociétés du Groupe Bolloré. «Je ne me suis jamais senti à l’aise autant qu’aujourd’hui», affirme-t-il. Entretien avec Journalducameroun.com

Pouvez-vous vous présenter à notre public, qui est Sylvestre Lebell Nyeck Nyeck?
Je suis simplement un Camerounais ordinaire, d’origine modeste, qui a été élevé par sa grand-mère par ce que sa mère l’a eu a étant très jeune. J’ai eu le privilège d’avoir l’éducation de ma grand-mère, enfant dorloté mais presque dressé comme un cheval également. J’ai eu la chance d’aller à l’école primaire de mon village, l’Ecole publique de Makak, qui était à moins d’un kilomètre de la maison ; Ensuite j’ai été au Collège sacré c ur de Makak (CoSaCo), toujours près de la maison. Nous avons été exclus lorsque j’étais en classe de seconde parce que j’avais imité les «enfants de riches». Quelques-uns de mes camarades de l’époque sont Robert Didier Mbella Mbappe, le fils de l’ancien ministre Mbella Mbappe; Jean Paul Sende et autres. Je les ai suivis dans une grève où je n’avais rien à gagner en réalité, c’était un effet de mode. Nous avons été renvoyés et par chance, je suis allé faire le concours du collège Liberman à Douala, au temps du père Guy de Villiers. Les résultats sont sortis le jour où j’ai été recruté au lycée Joss. J’ai été recruté comment? Tandis que tout le monde avait un parent autour de lui, moi j’étais seul. Le ministre Charles Etoundi était proviseur du Lycée Joss en ce moment. Il était à l’étage pendant que nous étions en rang. Il est donc descendu, il m’a tiré dans les rangs. Il était surpris qu’un enfant se retrouve là seul. Le lycée Joss était alors un lycée de référence où fréquentaient des enfants de la haute administration. Je suis allé dans son bureau et il m’a dit: «mon fils tu cherches quoi?» j’ai répondu: «Je veux m’inscrire». Il a vu que j’étais né à Makak et apparemment c’était un ancien du Cosaco. Ça l’a marqué. Il m’a demandé : «Pourquoi tu viens ici?» «J’ai été renvoyé», lui ai-je rétorqué. Il était surpris de m’entendre dire la vérité. Il m’a recruté le même jour, sans rien me dire. Lorsque je pars de là, je me rends au Collège Libermann, le même jour, aux environs de 14h00, pour regarder mes résultats. Il se trouve que là également j’ai réussi. Mais j’ai réussi sous réserve. Le recteur m’a interviewé, il m’a fait faire quelques exercices de mathématique, et au bout de 20 minutes, il m’a dit: «Vous êtes retenu». Je suis rentré le dire à ma mère le soir, qui, sans réfléchir, a choisi le collège Libermann. C’est pour cela que je suis allé dans ce collège au lieu du lycée Joss.

Après le secondaire, que faites-vous?
Je suis parti de Libermann en classe de terminale après avoir raté le Baccalauréat à l’oral. Le père Guy de Villiers m’a conseillé d’aller au lycée bilingue de Buéa pour y apprendre l’anglais, parce que j’avais eu le mérite d’avoir 0/20 dans cette langue. Je suis allé à Buea où j’ai eu un Bac C. J’y suis resté quelque temps. Un jour, on m’a parlé du concours de l’école de commerce. J’ai fait le concours dans l’anonymat total, je l’ai eu. Quand je sors de l’école de commerce de Douala, il y a ce qu’on appelle le «projet jeunes promoteurs»: on prend les meilleurs qu’on envoie à HEC Canada ou à Paris. Comme j’étais troisième, j’avais la possibilité d’aller suivre des études à Paris. Mais la condition pour aller à Paris, c’est que l’étudiant devait se charger de l’hébergement. J’ai la chance à cette époque d’avoir un oncle qui habite Gennevilliers, il est décédé aujourd’hui. Il m’accueille généreusement, j’y passe quatre mois et au bout de cette période j’essaie de me battre. J’ai la chance par la suite, lorsque je termine mes études, d’être pris au Groupe Bolloré comme un chargé d’études au département des études et prospective. Je prends le parti de revenir au Cameroun, sans laisser le groupe Bolloré, pour y chercher du travail. Je fais un test à la Société Nationale d’Investissement (SNI), je ne suis pas retenu. Je repars en France. Je reviens au Cameroun où, grâce aux conseils d’amis, j’obtiens un agrément pour la prospection forestière. .

Comment se passe votre recrutement au groupe Bolloré?
Je suis à Paris et j’ai la chance d’habiter à un moment donné non loin du Trocadéro. J’ai un ami, Joly Betrand, qui travaille aujourd’hui dans une chaine de télévision française, qui me dit qu’on recrute des diplômés d’école de commerce à Bolloré. Je m’y rends, je rencontre une dame qui m’explique qu’ils ont besoin de deux ou trois personnes, que j’ai le cursus nécessaire et qu’ils vont me rappeler. Ça se passe par un test psychotechnique, une interview. Et puis on m’appelle et c’est comme ça que je débute à Bolloré. Je peux dire aujourd’hui que je suis un enfant de ce Groupe même si je n’y suis plus volontairement. Il faut souligner que j’ai quand même été directeur général d’une entreprise du groupe Bolloré au Cameroun, la société forestière HFC, qui exploitait le bois à Campo. J’ai démissionné de ce poste en 2005 pour me mettre à mon propre compte, après avoir eu mon agrément. J’ai ainsi créé ma petite entreprise forestière. Par le truchement d’un certain nombre de frères, d’amis, on se retrouve dans les énergies et énergies renouvelables. J’ai rencontré, il y a quelques années, un jeune camerounais, qui était porteur d’un projet d’énergie solaire. Ça m’a convaincu, je me suis mis avec lui. Et puis, il n’y a pas longtemps, j’ai rencontré un autre jeune frère, également porteur de plusieurs projets d’hydroélectricité, parce qu’il a fait des barrages en Ukraine et dans d’autres pays. Je me suis dit: «Pourquoi ne pas se mettre ensemble pour avancer?»

A Bolloré, comme indiqué dans votre CV, vous avez été chargé d’Etudes au Groupe Bolloré investment; puis chef de département Etudes de Bolloré Investment; et enfin Directeur général de la société forestière HFC. Pourquoi décidez-vous de quitter le groupe Bolloré?
J’ai quitté le groupe Bolloré parce que je souhaitais relever de nouveaux défis professionnels. Je suis une personne dotée de convictions et qui essaye autant que faire se peut de vivre selon ces dernières. Pour le cas de la HFC, je suis arrivé au moment où je pensais qu’on allait redynamiser l’entreprise alors que mes patrons voulaient s’en débarrasser. Je naviguais à contre-courant de leurs objectifs. Moi je voulais faire carrière alors que les autres étaient en fin de carrière, et voulaient fermer l’entreprise. Ce constat m’a amené à envisager un nouveau projet professionnel. Je trouvais que c’était la démarche qui convenait à ce moment-là. J’ai dû partir du groupe Bolloré pour rentrer chez moi. Contrairement à ce que les gens peuvent penser, je n’ai pas eu d’autres offres quand je partais du groupe Bolloré. Je me suis retrouvé dans ma toute jeune PME. Grâce à quelques amis, notre activité forestière a progressivement pris forme. Mais je dois à l’honnêteté de dire que ma séparation d’avec le groupe Bolloré s’est déroulée de façon absolument pacifique. D’ailleurs il ne saurait en être autrement. Je ne leur reprochais rien. Eux non plus n’avaient aucun grief contre moi. Nous étions simplement à la croisée des chemins.

Lorsqu’on suit votre parcours académique, on observe qu’à l’ESSEC de Douala, vous avez eu un DESC en gestion des entreprises et à HEC Paris: Un Diplôme en management des entreprises. N’y avait-il pas là une volonté dès la base de vous mettre à votre propre compte?
A l’école de commerce, on forme les managers. Et le manager se sent à l’étroit lorsqu’il n’est pas dans sa propre entreprise. Je ne reproche rien à ceux qui sont allés ailleurs, parce qu’il y a des multinationales où vous vous sentez à votre place, où vous avez la liberté. Pour mon cas, je ne me suis jamais senti à l’aise autant qu’aujourd’hui. Pourtant, aujourd’hui, j’ai moins de moyens qu’avant, où j’avais un salaire conséquent, avec très peu de charges. Aujourd’hui, il arrive que je me retrouve sans argent, mais je suis fier parce que je sais que je peux me faire un nom, à force de travail. En réalité, je n’ai jamais voulu être un employé.

Aujourd’hui, sur le plan professionnel, vous vous présentez comme un «chef d’entreprises». Combien en avez-vous et dans quels secteurs uvrent-elles?
La société forestière a été créée avant mon départ du groupe Bolloré. Lorsque j’en suis parti, j’ai reçu l’appui d’un ami qui a jadis travaillé au ministère camerounais des Forêts. Aujourd’hui c’est un de mes conseillers. Bref, je suis chef d’une entreprise forestière. J’ai une autre entreprise qui fait dans le BTP qui s’appelle «4S»; «Sodis», dont le c ur de métier est le développement de l’énergie solaire. Ensuite il y a NPCC (Nyong Power Plants Corporation) qui uvre dans l’hydroélectricité. Nous sommes en train de structurer un holding financier qui va chapeauter toutes ces sociétés. Ce holding portera le nom d’«Orion group investment». Au total ça fait une demi-dizaine de sociétés.

Votre parcours professionnel semble un peu chevaucher avec votre parcours politique. Vous avez travaillé avec Augustin Frédérick Kodock, l’ancien secrétaire général de l’Union des populations du Cameroun (UPC).
J’entre à l’UPC avant sa légalisation parce qu’il y a un homme que j’admire, le prince Dika Akwa. Kodock n’est pas là en ce moment. Il va nous rejoindre plus tard. En 1992, par la force des choses, je suis élu secrétaire général du mouvement des jeunes de l’UPC, ce qui me permet de travailler auprès de Monsieur Kodock dont je n’étais pas l’adjoint. Comme j’étais de loin plus jeune que lui, me considérant comme son fils, il m’a adopté. J’ai servi à un moment comme son particulier. C’est comme ça que j’ai eu la chance de travailler avec le député Kodock, devenu peu après ministre d’Etat. J’étais certes au sommet du parti étant très jeune, mais à aucun moment je ne me suis considéré comme son adjoint. Je pense qu’il m’a plutôt traité comme un fils, ce qui ne m’a pas toujours arrangé parce qu’il ne me considérait pas toujours comme un homme politique. En politique, le paternalisme a un temps. Il arrive que quand vous voulez suivre votre propre chemin, vous courrez le risque de contrarier votre propre père. Il est arrivé plusieurs fois que le ministre Kodock et moi ayons des avis divergents. Mais nous avions la chance d’être originaires du même arrondissement, il est natif de Makak comme moi. Je n’avais jamais accepté qu’il me traite comme un enfant en politique. Mais dès qu’on sortait du cadre politique, je me soumettais à «l’autorité parentale». En 1994, je n’étais plus auprès de Kodock. Je suis resté à l’UPC mais je lui ai fait savoir que je n’étais pas d’accord sur ses choix politiques. Même si j’avais et j’ai encore du respect pour l’homme intelligent et l’homme politique réaliste qu’il était. C’est connu de tous. Il y a en a même ceux qui me disent que si Kodock était resté en vie, je ne serais pas maire, c’est une possibilité. Je peux néanmoins vous dire qu’on se vouait un respect mutuel, parce que Kodock avait la liberté de penser, tout comme moi. C’est un homme politique que j’ai admiré, sans être d’accord avec tout ce qu’il me demandait de faire. Mes parents ont été témoins de Jéhovah. Je suis en politique seul, je ne suis pas entré en politique comme un revanchard.

Aujourd’hui vous êtes également maire de Makak. Qu’est-ce qui vous amène à solliciter un mandat d’élu local?
Comme je ne voulais pas démissionner de l’UPC, je me suis tu, pour rester en vie politiquement. C’est une simple coïncidence: après la mort de Kodock, le parti traverse une période assez difficile et un certain nombre d’ainés estiment que je peux avoir ma contribution à apporter. Ils m’invitent à toutes les réunions qui se tiennent et je redeviens ainsi actif. Je suis un homme de partage, je partage la pensée, je partage le peu de moyens que Dieu me donne et il est arrivé que mon partage attire l’attention de mes frères, des ainés sur le plan culturel, politique, des jeunes et des plus jeunes que moi d’ailleurs; qui viennent me voir un jour chez moi pour me demander d’être maire. Nous sommes à une mandature avant la mienne. Et je leur dis : «je pense que ce n’est pas le moment». Je prendrais comme alibi que je n’ai pas de terrain à Makak-centre et que je serais mal à l’aise comme maire. En réalité, je suis de la périphérie de Makak, pas du centre bien que j’y ai grandi. Mon village natal se trouve à une vingtaine de kilomètres du centre. Ces messieurs vont se battre pour me trouver du terrain, que j’ai acheté; et puis une mandature plus tard, en 2013, ils reviennent à la charge pour me rappeler qu’avant j’avais refusé parce que je n’avais pas de terrain, ce qui n’était plus le cas. Je me soumets à leur volonté. Nous sommes allés aux élections au moment où c’était le plus difficile: l’homme d’envergure qu’était Kodock est décédé, l’UPC est géré par un Comité provisoire. C’est dans ce contexte que je suis investi dans une liste que je ne maitrisais pas. L’honorable Sende et l’honorable Bapooh qui étaient chargés d’investir dans le Nyong et Kelle m’ont désigné, c’est ainsi que j’ai été investi. La population de Makak, pas seulement de mon parti, a mis la pression pour que je sois élu maire. J’ai eu également la chance, dans un Conseil de 25 membres, d’obtenir 20 voix. J’ai été installé maire le 20 décembre 2013.

Un an et demi après votre installation, comment trouvez-vous le mandat de maire?
Lorsqu’on n’est pas maire, c’est une vision globale qu’on a et de loin. Lorsqu’on devient véritablement maire et qu’on n’est plus un critique de la mairie mais un acteur, je dois avouer qu’il y a des choses que vous découvrez. On passe entre six mois et un an à l’école de la gestion communale. En entreprise si ça ne marche pas, je suis le patron, je sais comment faire. A la mairie, vous avez le Conseil municipal, vous avez la tutelle, vous avez les électeurs, vous avez même la population. Donc, vous ne pouvez pas gérer la mairie comme si vous gérez votre entreprise. Vous pouvez être un homme d’affaires très prospère, et être un piètre maire. Je me suis mis à l’école de la gestion communale, au bout de six mois, j’ai compris de quoi il était question. Durant les six autres mois, je me suis mis à l’école de mes collaborateurs.

Nous avons le potentiel pour que le rêve du maire de Makak que je suis soit une réalité et j’ai pris sur moi de ne pas agir par rapport à mon mandat. C’est-à-dire que je n’ai pas peur de démarrer un projet avec la peur qu’il sera exécuté après mon mandat. J’ai dit à mes collaborateurs, lors du dernier Conseil municipal, que nous devons poser dès cette année des actes visibles pour la population. La première chose que nous sommes en train de faire en ce moment, c’est l’élaboration du plan communal de développement, qui est un document de référence en matière de planification et de programmation du développement. En réalité, tant qu’une commune ne dispose pas de cet outil, elle ne peut pas fonctionner normalement. On tire vers la fin de l’élaboration de ce plan. Nous avons eu pour cela l’accompagnement du Programme National de Développement Participatif (PNDP) et je peux dire aujourd’hui que je sais où je suis et que je sais où je vais.

Et vos rapports avec la population?
J’ai essayé de montrer aux populations de Makak qu’on a beau être un maire investi par un parti, on est d’abord maire avec tout le monde. C’est pour cela que je n’ai cessé de lancer des appels à mes frères de Makak pour leur dire: «le maire a beau être militant de l’UPC, il est d’abord le maire de tous. Si les gens veulent bloquer les projets pendant cinq ans, en attendant de revenir ou de venir, on aura perdu du temps». Nous avons des opportunités aujourd’hui pour que Makak avance. Le préfet nous a rappelé qu’on parle de Makak au passé, et c’est vrai. L’histoire de Makak est glorieuse, le collège sacré c ur, le collège évangélique, les hommes qui sont passés par là, etc. Mais après ça? Le préfet nous a assigné une mission, c’est de se battre pour que l’histoire de Makak ne se conjugue plus au passé. Qu’à défaut de se conjuguer au présent, qu’elle se conjugue au futur. Nous avons un certain nombre de projets phares. Je ne crois pas au développement de l’industrie dans des pays agricoles, sans développement de l’agriculture. Je voudrais, à court terme, coacher au moins 200 éleveurs et 200 planteurs. Ces derniers pourront créer des emplois et être des contributeurs pour la mairie. Les mairies pour la plupart dépendent au Cameroun des centimes additionnels communaux, ce qui est catastrophique. Lorsque vous regardez les rythmes de recouvrement, ça fait que les mairies sont endettées et lorsqu’on vous reverse les centimes additionnels, vous payez les dettes, et vous recommencez avec les dettes. Nous voulons sortir de ce cirque-là, qui consiste à attendre tout de l’Etat. Nous voulons mettre aussi l’accent sur la bonne gouvernance. Gouvernance ça veut dire quoi? Quand on vous affecte un crédit de 10 millions de F, vous l’exécutez bien et vous ne rendez pas compte à l’Etat, c’est ce que j’appelle problème de gouvernance. Il faut qu’on apprenne à rendre compte. Quelqu’un vous a fait un transfert de crédit, même si le projet a été bien exécuté, il faut rendre compte. Nous ne l’avons pas fait avant. J’entends donc à partir de cette année, de manière semestrielle, rendre compte des transferts reçus. En 2014, nous ne l’avons pas fait, il faut savoir le confesser. L’école de la gestion communale nous a permis de comprendre que si vous ne rendez pas compte de ce qu’on vous a donné, il est possible qu’on vous oublie. Nous allons également nous atteler à la coopération. Les textes et lois en vigueur nous permettent d’aller chercher des sources de financement ailleurs. Nous comptons rentabiliser en outre ce dont Makak dispose en termes de compétences. Si développement était synonyme de nombres de diplômés, nous serions au sommet du Cameroun, parce que nous avons le culte de l’excellence en matière d’éducation chez nous. Au lieu des batailles menées pour s’approprier d’éventuelles réalisations, les uns et les autres doivent comprendre que personne ne mettra son argent pour développer Makak en étant à la tête de la commune, les moyens viendront de l’Etat ou de la coopération, le maire n’étant qu’un gestionnaire.

Où en êtes-vous avec le projet d’encadrement de 200 planteurs et de 200 éleveurs que vous avez évoqué tantôt?
Le projet est prêt, nous sommes à la recherche des financements.

Est-ce le seul?
Nous avons un autre projet d’envergure, qui pourrait créer 1500 à 2000 emplois à Makak. Ce projet pourrait permettre la construction de 250 à 500 logements sociaux, et pourrait amener la commune à avoir ses ressources propres. Nous sommes en pourparlers avec l’Etat et les partenaires. Je le considère comme un dossier en instruction et il vaut mieux garder le secret de l’instruction.

La Formation à HEC Paris a été possible pour Sylvestre Lebell nyeck Nyeck grâce au « projet jeunes promoteurs » de l’école de commerce de l’université de Douala
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Quelle est votre appréciation de la mise en uvre de la décentralisation au Cameroun ?
Je pense que le chef de l’Etat a fait un choix de développement: développer le Cameroun en commençant par la cellule de base qu’est la commune. Maintenant, est-ce que la structure technico-administrative, qui est chargée d’implémenter cela, comprend et est d’accord? L’impression que j’ai, c’est que les responsables de la structure technico-administrative estiment que le chef de l’Etat leur enlève le pouvoir pour le donner à des gens qui ne connaissent rien, que sont les maires. Ces responsables reprochent régulièrement aux maires l’incompétence. Parfois ils vous concèdent les compétences, mais pas les ressources. Je pense que le chef de l’Etat a la volonté réelle de décentraliser, mais la structure technico-administrative ne suit pas. La preuve: la loi dit qu’en 2015, tous les ministères auraient dû transférer les compétences et les ressources aux communes, en ce qui nous concerne à Makak ce n’est pas le cas. Les lenteurs sont conjoncturelles et structurelles.

En 2014, quel a été le montant des ressources allouées à la commune de Makak
Nous avons eu un peu moins de 80 millions de transfert de ressources, pour des besoins évalués à 3,5 milliards de F CFA. La conjoncture actuelle, marquée par la contraction des ressources de l’Etat du fait de la guerre contre Boko Haram, fait que chacun revoit ses prétentions à la baisse. Nous comprenons cette situation et nous comptons faire avec ce que nous pourrons avoir. Cette année, l’entretien routier qui nous est attribué en régie est passé de 13 millions à 27 millions. C’est quelque chose de substantiel. Chaque maire peut quand même monter quelque chose de visible au centre urbain. Lorsqu’on vous donne également les ressources pour construire deux salles de classe de gré à gré ou en régie, c’est du visible. Le minimum que nous avons peut quand même permettre aux populations de voir que le maire a la volonté et que les moyens manquent. Cette année, les gens verront des actions concrètes. Nous avons l’électrification rurale que nous faisons sur 1,1 km, l’entretien routier a déjà commencé. Je ne travaille pas pour le mandat, je travaille pour le développement.

La commune de Makak c’est combien d’âmes?
La commune de Makak c’est à peu près 41.000 habitants, sur 1290 Km2, répartis dans 41 villages, trois cantons dont deux chefferies de deuxième degré et une chefferie de premier degré en attente.

Comment arrivez-vous à concilier la gestion de la mairie avec la gestion de vos entreprises?
(Rires). C’est une très bonne question. Je me suis libéré des charges de directeur général dans mes entreprises, pour devenir le président du conseil d’administration. Je voudrais même partir de là pour ne m’occuper que du holding financier. Je suis maire de Makak et je l’assume. Il ne se passe pas un problème à Makak que je n’assume à cause de l’absence. J’ai la chance d’avoir des adjoints compétents, ce qui signifie que la mairie n’est jamais abandonnée. La malchance aurait voulu qu’un maire soit pris en charge par la commune. Ce que les gens ne reconnaissent pas, c’est que les maires n’ont pas de salaire. Il faut bien que le maire travaille ailleurs pour trouver de quoi nourrir sa famille et rendre service à la commune, du moins pour celle de notre niveau. La commune de Makak n’a pas les moyens de prendre le maire et ses adjoints en charge. Si vous faites la division arithmétique, le maire de Makak gagne 9500 F CFA par mois, si vous prenez les avantages du maire et vous les divisez par 12. C’est vrai que si ça marche quand même bien vous avez un logement de fonction, des frais de carburant. Mais pour l’instant ça ne marche pas. Ça ne marche pas parce que les communes viennent de se libérer du joug de l’administration. Je pense qu’avec la décentralisation, chaque maire qui met son intelligence à contribution doit pouvoir trouver les moyens de sa politique. Si mes informations sont exactes, il semblerait que le dossier sur le salaire des maires se trouve en ce moment sur la table du président de la République, à défaut d’être sur celle du Premier ministre. Les sénateurs ont des salaires, les députés ont des salaires, le maire est le seul élu qui n’a pas de salaire. Je ne le dis pas pour justifier le fait que le maire soit absent. C’est un choix, le poste de maire n’est pas une prescription médicale. J’ai choisi en sachant que j’étais chef d’entreprise et que la mairie allait me consommer beaucoup de temps. Mais rassurez-vous, je suis présent.

Et comment-faites-vous pour vous rendre régulièrement à Makak?
J’ai la chance d’être à deux heures de Makak par route.

Parmi les activités de vos entreprises, y en a-t-il une qui vous passionne particulièrement?
C’est difficile d’en choisir une. L’activité qui a permis la naissance des autres, c’est l’exploitation forestière. Je suis passionné par les énergies renouvelables, ce n’est pas un effet de mode. Je me suis dit si je suis passionné par le développement du Cameroun, il faut que j’engage le combat pour les énergies. Vous savez, le chef de l’Etat nous engage à l’émergence en 2035, et il n’y a pas d’émergence sans énergies. Maintenant: est-ce que l’énergie hydroélectrique est la bonne? Dans tous les cas ce n’est qu’elle que nous avons connue. J’ai fait de l’entreprise Sodis un nouveau challenge pour moi. C’est quelque chose qu’on n’est pas habitué à voir et à faire.

Sylvestre Lebell Nyeck Nyeck (ici dans l’un de ses bureaux au quartier Hippodrome à Yaoundé): « vous ne pouvez pas gérer la mairie comme si vous gérez votre entreprise »
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L’énergie renouvelable est un thème à la mode aujourd’hui que ce soit au Cameroun ou dans les grandes conférences internationales. On peut se demander la pertinence de cette énergie au Cameroun, pays qui dispose déjà d’un potentiel hydrographique sous-exploité. Quelle est la plus-value éventuelle qu’apporte votre structure?
Je vais laisser le soin aux autres d’apprécier mais je dis: 54% du soleil qui tombe sur la terre tombe en Afrique. Comme c’est gratuit, on utilise. Les gens confondent les entreprises qui vendent les plaques solaires, avec les entreprises qui font dans le développement de l’énergie, et entre autres l’énergie renouvelable. Nous sommes une entreprise qui fait dans le développement de l’ingénierie solaire. Selon les problèmes en approvisionnement de l’énergie que vous pouvez avoir, on vous soumet des propositions et vous choisissez. Nous n’oublions pas cependant qu’il faut rentabiliser le potentiel hydroélectrique, c’est pour cela que nous avons un volet construction des barrages hydroélectriques dans laquelle est spécialisée l’une de nos structures.

Vous avez une entreprise qui fait dans l’exploitation forestière et au moins une autre qui fait dans le domaine des énergies renouvelables et vous parlez de promouvoir le développement durable au Cameroun. Les deux activités sont-elles compatibles avec la perspective du développement durable?
Il est important de souligner que je mène des activités légales. La loi qui régit l’exploitation forestière au Cameroun est telle que, si elle est respectée, nous n’aurons pas de véritable problème. Mais le problème qui se pose c’est qu’il faut bien que la forêt remplisse toutes ses fonctions. La fonction économique de la forêt est régie par des textes qui sont très clairs et il y a des normes d’exploitation qui font que la forêt puisse se renouveler. Au-delà de ça, il y a une fonction sociale de la forêt. Lorsque les gens se trouvent dans un village, qu’ils n’ont pas accès à l’électricité, qu’ils n’ont pas accès au gaz, ils vivent de la source d’énergie qu’on appelle le bois. Il convient pour l’Etat de mettre en cohérence toutes les politiques qui encadrent l’exploitation forestière. La norme internationale veut que chaque Etat réserve 16% de son territoire sous forme de réserves forestières, où on n’abat pas d’arbres. Le Cameroun est à 19%. L’enjeu aujourd’hui, c’est de créer la véritable économie forestière. Il faut que les gens gagnent de l’argent parce qu’ils plantent. Si on crée une nouvelle forme d’activité forestière qui consiste au développement des plantations, ça devient une source de création d’emplois, pour l’instant on n’en est pas là. Il n’y a pas une contradiction entre les multiples activités que nous menons et l’objectif du développement durable, le problème c’est le respect des règles et des normes. C’est ce que je m’efforce de faire et, de plus en plus, mes collègues qui font dans l’exploitation forestière font des efforts pour ne pas être en marge de la réglementation.

Quelle est votre perception de l’environnement des affaires au Cameroun? Le pays étant généralement mal classé dans les indicateurs internationaux?
Le véritable problème du Cameroun, et je l’ai dit au départ, c’est que nous avons une structure technico-administrative qui est habituée à certaines pratiques parfois à l’opposé de la volonté du sommet de l’Etat. On a aussi des habitudes de fonctionnaires qui font qu’on passe huit heures dans un bureau même si en réalité on en a fait que deux pour travailler effectivement. Je pense que nous ne travaillons pas assez. Seconde chose, je pense qu’on ne s’auto-évalue pas et qu’on ne s’évalue pas. Je pense également qu’on n’a pas des objectifs clairement définis à atteindre. Vous ne pouvez pas donner du travail à quelqu’un sans objectif, et attendre quelque chose de la personne. Est-ce que la structure technico-administrative mise en place avec les indépendances est prompte à assumer la nouvelle formule? je n’en sais rien. Les réformes qui sont mises en place sont salutaires, mais il manque d’hommes de réformes pour les implémenter. Il y a un problème de rythmes de réformes. Je n’accuse pas un corps de métier en particulier. Si chacun de nous, où qu’il se trouve, faisait son travail, on n’aurait pas ces problèmes. Si dans toutes les communes du Cameroun, les maires et leurs adjoints faisaient leur travail, on trouverait une voie. Mais si au niveau de la tutelle de la commune on estime que cela va vite, il va encore y avoir des blocages. Il y a donc tout cela qui concourt à la cohérence des plans de développement. Nous n’avons pas d’autre choix que de changer nos habitudes pour arriver à l’émergence.

Y a-t-il des difficultés que vous rencontrez au quotidien dans votre gestion communale?
Le véritable problème de la commune de Makak c’est le personnel. Nous avons une trentaine d’agents permanents mais très peu d’agents formés. Le maire doit faire avec cinq collaborateurs et lorsqu’il en 30, il y a un problème: les autres estiment que le maire ne travaille pas avec eux. En réalité de par leur formation, ils ne peuvent rien apporter. Maintenant, les cinq autres avec qui vous entendez travailler parce qu’ils ont la compétence, estiment qu’ils sont surchargés, que vous voulez même les tuer. Vous ne pouvez pas recruter parce que vous êtes en effectif pléthorique, sur le plan politique et social, vous ne pouvez pas non plus licencier. Si j’avais le choix, j’aurais licencié les 4/5e du personnel de la commune de Makak et j’aurais recruté cinq personnes qui puissent faire fonctionner la commune. A défaut de licencier ou de recruter, j’entends rendre utile ce personnel dans des projets de la commune. Lorsque vous avez à la gestion des recettes, un homme qui a le CEP, ce n’est pas qu’il ne vaut rien mais il peut servir ailleurs. Si on met en place le projet pilote d’élevage, il peut y servir. Lorsqu’on a des attaques aux frontières, on ne va pas créer un climat à même de créer des tensions sociales.

Deuxième problème, c’est le fait que les gens n’arrivent pas à se départir de leur appartenance politique. Je pense ici à mon propre parti: lorsque des militants me voient discuter avec des militants d’autres partis politiques à l’instar du RDPC, il y en a pour qui c’est considéré comme une trahison, comme s’il y avait un mur étanche entre les partis. Pourtant, les partis sont seulement des instruments qui permettent d’être élu, et lorsqu’on devient maire, il faut gérer les hommes indifféremment de leurs chapelles politiques. L’autre problème propre à toutes les communes, c’est le manque de moyens. Vous avez beau avoir les meilleurs projets, si vous n’obtenez pas les financements, vous ne ferez pas grand-chose. Le dernier problème enfin c’est le mépris auquel font face les maires, on a l’impression que le maire c’est celui qui a raté sa vie et qui revient au village. Mais on gère cela. Il est possible que je me représente en le sachant, puisque c’est une perspective que j’envisage.

Augustin Frédérick Kodok, ancien secrétaire général de l’UPC, aujourd’hui décédé. « C’est un homme politique que j’ai admiré, sans être d’accord avec tout ce qu’il me demandait de faire », confie M. Nyeck Nyeck
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