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Syrie: HRW réclame transparence et responsabilité sur le transfert des jihadistes (AFP)

Le transfert de centaines de jihadistes étrangers présumés du groupe Etat islamique (EI) et leurs familles doit se faire dans la transparence, a exhorté Human Rights Watch (HRW), rappelant en particulier la responsabilité des Etats vis-à-vis d’enfants entassés dans des camps en Syrie.

Interrogé sur le terrain par l’AFP, dans la ville syrienne d’Amouda (nord-est), Nadim Houry, directeur du programme Terrorisme et Contreterrorisme de l’ONG, a notamment évoqué le cas de la France, l’appelant à ne pas laisser ses ressortissants, dont des enfants de moins de sept ans, à « Guantanamo-sur-Euphrate ».

Une référence à la prison qui abrite sur une base américaine à Cuba des détenus accusés d’avoir participé aux attentats du 11-Septembre, et au fleuve qui borde les territoires tenus par les Kurdes dans le nord-est syrien.

« Nous sommes confiants qu’une fois qu’ils arriveront en France, il y aura un mécanisme en place. Ce qui nous préoccupe, c’est ce qui va se passer d’ici-là. Nous sommes dans une zone grise », a mis en garde M. Houry.

A ce jour, le dossier des jihadistes étrangers est un véritable casse-tête pour les autorités semi-autonomes kurdes de Syrie: elles refusent de les juger et réclament un rapatriement vers leur pays d’origine. Mais les pays occidentaux sont extrêmement réticents.

La question est d’autant plus sensible que le retrait annoncé des forces américaines déployées aux côtés des forces arabo-kurdes en Syrie pour lutter contre l’EI fait craindre un vide sécuritaire. Washington a en outre récemment appelé les autres pays à rapatrier leurs jihadistes.

Malgré la pression d’une partie de l’opinion publique, Paris s’est ainsi résolu à envisager le retour des jihadistes français retenus par les forces kurdes. Leur nombre n’est pas connu mais des sources évoquent le cas de 130 personnes, dont une cinquantaine d’hommes et femmes et des dizaines d’enfants.

La question de leur rapatriement fait l’objet d’un vide juridique, a encore fait valoir à l’AFP Nadim Houry.

Lors des futurs transferts, « nous aimerions vraiment être présent, ou alors il devrait y avoir au moins un peu de transparence », a-t-il clamé.

– Femmes françaises –

HRW cherche par ailleurs à déterminer le nombre exact d’étrangers qui pourraient être rapatriés, les voies qui seraient susceptibles d’être utilisées, et à savoir si les enfants seraient séparés de leurs parents.

Avec la montée en puissance de l’EI en 2014 et la conquête de vastes régions en Syrie et en Irak, des dizaines de milliers d’étrangers ont rallié le « califat » autoproclamé, qui a depuis vu son territoire se réduire comme peau de chagrin.

Depuis mi-décembre, l’alliance arabo-kurde des Forces démocratiques syriennes (FDS), soutenue par Washington, mène une offensive contre les derniers bastions de l’EI dans l’est syrien et met la main quotidiennement sur des hommes, des femmes et leurs enfants ayant rejoint les jihadistes.

Avec l’intensification des combats depuis deux mois, plus d’un millier d’étrangers au total sont arrivés dans le camp de déplacés d’Al-Hol, selon des responsables locaux.

Mercredi, dans ce camp, des dizaines de femmes étrangères et leurs enfants fraichement débarqués du dernier bastion de l’EI patientaient dans une zone d’accueil pour se voir attribuer une tente, a constaté une équipe de journalistes de l’AFP.

Des femmes drapées dans leur niqab noir, dévoilant parfois leurs yeux, s’adressaient à leurs enfants pâles et maigres, en anglais ou en français, d’après la même source.

Ces familles n’ont pas été autorisées à parler aux journalistes. Elles doivent être installées dans un secteur du camp réservé aux proches de jihadistes et qui est totalement bouclé.

– « Coupables de rien » –

« Les Françaises veulent désespérément rentrer à la maison. Elles savent qu’elles seront poursuivies (…) si elles ont commis un crime, elles devraient être jugées », a affirmé le responsable de HRW.

M. Houry a précisé que les mères françaises étaient « très inquiètes pour leurs enfants », ajoutant que les conditions de vie dans les camps étaient « difficiles ».

« Les enfants doivent pouvoir rentrer chez eux et retrouver une vie normale, recevoir le soutien dont ils ont besoin, de leur pays et leur famille élargie. Ils ne sont coupables de rien, ce sont des victimes ici », a insisté Nadim Houry.

Quant aux adultes, certains ont selon lui « commis des crimes très graves » et « doivent rendre des comptes ».

« Le meilleur moyen, c’est un procès équitable », a ajouté M. Houry, dont l’équipe prévoit de rencontrer les étrangers retenus dans les camps.


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