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Syrie: un an après, l’accord de Sotchi pour Idleb est-il enterré?

Un an après l’accord conclu entre Moscou, allié du régime syrien, et Ankara, parrain des rebelles, pour éviter une offensive du pouvoir de Damas contre la région d’Idleb, l’entente turco-russe sur la Syrie semble plus que jamais menacée.

Face à un déluge de feu sur cette province du nord-ouest qui a tué en quatre mois des centaines de civils et les craintes ravivées d’une catastrophe humanitaire, l’accord signé à Sotchi a échoué à concrétiser ses principaux objectifs.

Mais est-il complètement mort, alors que les présidents russe, turc et iranien se retrouvent lundi à Ankara pour discuter du sort d’Idleb?

– Que prévoit l’accord?

Conclu le 17 septembre 2018 dans la station balnéaire russe de Sotchi, l’accord a été arraché in extremis: le régime de Bachar al-Assad préparait pour Idleb une offensive similaire à celles qui ont permis la reconquête d’autres fiefs insurgés –notamment la Ghouta orientale, près de Damas– au prix de plusieurs milliers de morts et de destructions massives.

L’ONU avait dit alors craindre que la bataille d’Idleb n’entraîne la « pire catastrophe humanitaire » du XXIe siècle, dans un pays en guerre depuis 2011.

L’accord a offert un peu de répit à l’ultime grand bastion rebelle et jihadiste de Syrie, dominé par Hayat Tahrir al-Cham (HTS, ex-branche d’Al-Qaïda) et où vivent trois millions d’habitants.

Il prévoyait la mise en place d’une « zone démilitarisée », de 15 à 20 km de large, pour séparer les zones gouvernementales des territoires rebelles et jihadistes, dans la province d’Idleb, mais aussi les régions voisines d’Alep, Hama et Lattaquié.

L’armée turque, déployée sur des postes d’observation, mais aussi la police militaire russe, devaient mener des patrouilles de surveillance dans cette zone.

L’accord prévoyait également la réouverture, avant fin 2018, de deux autoroutes stratégiques, reliant Alep (nord) à la capitale Damas, et à Lattaquié (ouest), des territoires tenus par le régime.

– Est-ce qu’il a été appliqué?

En un an, seule une disposition de l’accord a été strictement appliquée. Il s’agit du retrait des armes lourdes par les rebelles et jihadistes de la « zone démilitarisée ».

Les jihadistes ont toutefois refusé de quitter la zone, comme le stipulait l’accord.

La zone tampon n’a donc jamais vu le jour. Les patrouilles n’ont pas été menées. La réouverture des deux autoroutes n’a jamais eu lieu.

Entre septembre 2018 et mars 2019, la région a été le théâtre de bombardements et d’affrontements sporadiques entre forces du régime et jihadistes.

Fin avril, le régime, soutenu par l’aviation de Moscou, a intensifié les bombardements aériens, tuant plus de 970 civils en quatre mois, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) et déplaçant plus de 400.000 personnes, d’après l’ONU.

– L’accord enterré ?

L’accord aura toutefois permis d’éviter une effusion de sang durant les premiers mois après sa signature, selon des experts.

« L’accord a ralenti l’assaut », confirme Aaron Stein, de l’Atlantic Council.

Ces derniers mois, les violences se sont concentrées dans le sud d’Idleb et le nord de Hama, où une offensive terrestre lancée le 8 août par le régime a permis de reconquérir des territoires.

« L’accord n’est pas complètement mort », assure toutefois Aron Lund, du think-tank américain The Century Foundation.

« Les Russes et les Turcs continuent d’y faire référence » et il revêt encore « une importance symbolique et politique », estime-t-il.

Le regain de violences s’est accompagné d’un intense ballet diplomatique pour négocier le sort d’Idleb.

Ankara accueille lundi un sommet réunissant le président turc et ses homologues russe et iranien, pour discuter principalement de ce sujet.

« L’accord de Sotchi est toujours valable seulement » parce que la Turquie « ne montre aucune intention de se retirer de Syrie », souligne Nicholas Heras, analyste au centre de réflexion Center for New American Security.

Damas et Moscou ont accepté début août une trêve qui aura duré quelques jours, avant d’annoncer le 31 août un cessez-le-feu unilatéral, qui a réduit l’intensité des combats et des bombardements.

– La Turquie, grand perdant?

Maître quasi absolu du nord-ouest syrien, Ankara a vu sa marge de manoeuvre se réduire, soulignent les experts.

« La Turquie est indéniablement plus faible face à la Russie », selon M. Lund.

En janvier, les factions rebelles d’Idleb appuyées par Ankara ont été vaincues par les jihadistes de HTS, qui ont consolidé leur pouvoir.

Par ailleurs, la présence de forces turques n’a pas empêché l’avancée du régime.

Dans la localité de Morek, reconquise par les forces gouvernementales dans le nord de Hama, le principal poste d’observation de la Turquie se retrouve encerclé par le régime.

« Assad a montré qu’il pouvait contourner les postes militaires turcs », confirme M. Lund. « Ces avant-postes ne constituent pas le bouclier politique imperméable que la Turquie et ses alliés syriens espéraient qu’ils représenteraient », dit-il.



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