L’épouse de l’ingénieur camerounais disparu à Pointe-Noire au Congo, confie sa détresse et celle de ses enfants depuis 18 mois
Dans quelles circonstances avez-vous appris la nouvelle de la disparition de votre époux?
Ma vie a subitement basculé le samedi 9 avril 2011. C’est une journée noire où tout s’est effondré après le coup de fil de M. Tiotsop Alain Bertin, gérant de GTG Congo, nous informant que mon époux, Tchamba Ngassam Melvin était porté disparu. La veille déjà, j’avais reçu un curieux appel téléphonique de M. Wankeu Nyamsi Achille, me demandant de continuer à soutenir mon époux comme je le fais souvent sans aucune autre précision, sachant qu’il était déjà introuvable à ce moment-là.
Qu’est-ce que l’on vous a dit concrètement pour vous expliquer les circonstances connues de la disparition de votre mari?
Les faits qui m’ont été rapportés sont les suivants: mon époux et ses collègues ont été mis en mission de service le 6 avril 2011, pour Zanaga en République du Congo. Il s’agit d’une localité où mon époux allait séjourner pour la première fois. Il y est arrivé en compagnie de ses collègues aux alentours de 19h30 et après leur accueil sur les lieux et leur dîner, ils n’ont pas tardé à se coucher en raison de la fatigue. Mon mari partagerait sa chambre avec un de ses collègues basé à Zanaga. Après s’être couché vers 22 heures, il ira aux latrines deux à trois fois à l’extérieur, entre 22 heures et minuit, selon son collègue et co-chambrier. Ne le voyant pas, ce dernier s’est dit qu’il était encore allé se soulager et s’est donc rendormi. A 3h40 du matin son collège va constater qu’il n’est toujours pas dans son lit. Or, la porte de la chambre étant entrouverte, il s’est dit que mon époux, à cause des insomnies, prenait de l’air dehors. C’est à 7 heures du matin que ce dernier va donner l’alerte sur sa disparition.
Quel est votre état d’esprit actuellement ?
Quand je réalise qu’il y a de cela déjà dix-huit mois que je n’ai plus aucune nouvelle de mon époux; que plus le temps passe, plus l’impasse perdure… je suis totalement égarée dans une effroyable nébuleuse qui m’impose des larmes brûlantes, la peine, les soucis, un traumatisme et une douleur sans pareils. Parfois, je me dis: «mon Dieu, c’est un rêve qui va certainement prendre fin à mon réveil». Mais non! Il s’agit de la réalité, d’une histoire qui me hante heure après heure car, mon Mel., mon ami. je ne sais pas où il est et dans quelles conditions. Je n’ai aucune idée sur ce qui s’est passé ni sur ce qui se passe. C’est l’obscurité et l’incertitude autour de moi. Je suis toute affaiblie alors qu’en même temps je dois tenir pour mon époux et pour nos enfants.
Vous avez des enfants en bas âge. Comment vivent-ils l’absence de leur papa?
Pour eux, tout est à l’envers. D’abord, depuis la disparition de mon mari, ma fille aînée ne cesse d’essayer de me rassure en me disant «maman, ne pleure pas, papa va revenir. Allons dans la chambre prier pour papa. Il va venir. demain». Elle me demande souvent si papa va revenir avec son vélo, ses cadeaux. Deux semaines avant le premier anniversaire de la disparition de son père, pendant que j’effectuais quelques tâches ménagères, après m’avoir observé quelques instants, elle est venue tout près de moi et m’a dit: «maman, papa revient demain». Et tous ensemble, nous avons dit: «au nom de Jésus, amen!». Elle ne cesse de me questionner sur son père. Elle veut savoir où il est, s’il a voyagé? Quand il reviendra-t-il? Etc. Et à chaque fois, je lui donne des réponses positives bien sûr. Je lui demande de prier constamment pour papa car, un jour, Jésus va nous aider. Souvent, mes enfants perdent leur gaieté et pâlissent parce que non seulement leur papa n’est pas présent, mais encore, il les appelle plus. Et quand d’autres enfants parlent de leurs pères, ils reviennent vers moi, pour se rassurer qu’ils en ont toujours un. Constamment mes enfants (deux filles de 4 et 2 ans Ndlr.) m’observent de près, elles épient mes gestes, ma mine et me demandent tout le temps «maman, ça va ?». C’est très dur à vivre…
Quel message voulez-vous passer aujourd’hui, 18 mois après la disparition de votre mari?
Au gouvernement camerounais, nous leur disons que nous sommes toujours dans l’attente des promesses qui ont été faites à la famille, à savoir: suivre minutieusement le dossier et donner des informations à chaque étape de la procédure. Au gouvernement congolais, nous les prions de reprendre les enquêtes sur la disparition de Melvin Tchamba car, les premières procédures n’ont pas permis de lever les zones d’ombres, tant sur les circonstances et les causes de sa disparition, que sur son sort à ce jour. Aux populations camerounaises et congolaises qui auraient quelques informations sur cette disparition, qui auraient vécu pareil évènement, nous les prions d’apporter leur concours tant aux autorités qu’à la famille en fournissant aux premières, l’information pouvant les aider dans le cadre des investigations, et à la seconde, des conseils et informations utiles. A tous ceux qui, dès les premières heures de cette disparition jusqu’à ce jour, nous ont apporté leur soutien multiformes, nous voulons leur exprimer notre sincère reconnaissance.
