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Test obligatoire du VIH: Mama Fouda au c ur d’une nouvelle controverse

Par Benjamin Ndjama

Le ministre de la SantĂ© publique rend obligatoire le test du Vih/Sida pour toute personne en consultation dans un hĂ´pital et suscite la dĂ©sapprobation parmi les mĂ©decins et les experts en laboratoire. Une note d’information publiĂ©e le 22 Juin 2016 par le ministre de la SantĂ© AndrĂ© Mama Fouda rend obligatoire le test du VIH/SIDA pour toute personne en consultation dans une formation sanitaire du Cameroun. Une dĂ©cision qui fait sursauter mĂ©decins, pharmaciens et biologistes. A-t-on le droit d’imposer Ă  qui que ce soit un test du VIH ? A-t-on seulement le droit d’imposer Ă  un malade un acte mĂ©dical qu’il ne souhaite pas ? Nous avons interrogĂ© pour la rĂ©daction de ce texte une dizaine de spĂ©cialistes camerounais installĂ©s en Belgique. La plupart expriment leur Ă©tonnement devant la note d’information du MinsantĂ©.

Un mĂ©decin du travail a eu des doutes sur la vĂ©racitĂ© de l’information parce qu’elle lui paraissait tout simplement contraire Ă  la dĂ©ontologie mĂ©dicale et au droit. L’administration d’un acte mĂ©dical doit respecter l’autonomie du sujet et son consentement. Il nous a Ă©tĂ© expliquĂ© Ă  cet effet que le seul vaccin obligatoire est celui de la poliomyĂ©lite. Un pays comme les Etats-Unis qui a essayĂ© de rendre obligatoire le test du SIDA pour toute personne qui voulait entrer sur le territoire amĂ©ricain a Ă©tĂ© très critiquĂ© par l’OMS.

Un pharmacien biologiste très connu en Belgique dans les milieux du laboratoire estime que la note d’information du MinsantĂ© n’est pas seulement critiquable, mais qu’elle peut aussi avoir des effets contraires Ă  ce qu’elle recherche.

La note d’information du MinsantĂ© exprime le besoin de se conformer aux grandes orientations internationales en matière de VIH notamment les nouvelles directives de l’OMS et l’objectif « 90-90-90 » de l’Onusida.

Nous avons pris connaissance de la documentation de l’Onusida sur l’objectif « 90-90-90 ». Il n’est dit nulle part dans le texte en question que le test du VIH peut ĂŞtre obligatoire. Tout au contraire le rapport de l’Onusida intitulĂ© 90-90-90 Une cible ambitieuse de traitement pour aider Ă  mettre fin Ă  l’Ă©pidĂ©mie du Sida condamne toute mesure coercitive au nom du respect des droits humains. Le rapport de l’organisme international relève très clairement :

« Les approches coercitives violent non seulement les normes fondamentales des droits de l’homme, mais elles entravent Ă©galement l’espoir de mettre fin Ă  l’Ă©pidĂ©mie du sida. Comme l’expĂ©rience Ă  travers le monde l’a montrĂ© de manière rĂ©pĂ©titive et concluante, les approches coercitives Ă©loignent les personnes des services dont elles ont vraiment besoin ».

Le ministre de la santĂ© a-t-il lu ses lignes ? A-t-il lu les rapports des organismes internationaux sur lesquels il prĂ©tend s’appuyer ?

L’Onusida a totalement raison. Si les gens savent qu’en se rendant Ă  l’hĂ´pital il leur sera imposĂ© un test du VIH alors qu’ils n’en veulent pas ils cesseront de se rendre dans les hĂ´pitaux et vont s’en remettre aux guĂ©risseurs traditionnels. Ce qui entraĂ®nera des consĂ©quences plus que dommageables pour l’Etat gĂ©nĂ©ral de la santĂ© publique. On se retrouvera dans nos quartiers avec des milliers d’individus qui sont malades mais refusent de se rendre Ă  l’hĂ´pital parce qu’ils redoutent le test du VIH.

Tous les experts mĂ©decins, biologistes, pharmaciens camerounais de Belgique interrogĂ©s dans le cadre de cette enquĂŞte sont hostiles aux mesures coercitives et plaident pour la sensibilisation. Le Radiologue RĂ©gis Santou se demande comment on pourra imposer Ă  un individu un test qu’il ne souhaite pas faire ? Arsenne Kamdem Cardiologue Ă  Namur et membre de Medcambel essaye d’adopter dans cette polĂ©mique une position de synthèse. Bien qu’il refuse d’entrer en guerre contre la dĂ©cision du ministre, il pense tout de mĂŞme qu’il est plus prĂ©fĂ©rable d’investir sur la pĂ©dagogie. Il pense aussi qu’il faut respecter la libertĂ© d’un individu de refuser le test.
On peut faire le pari de la pĂ©dagogie et le gagner.il suffit de tenir sur le sida un discours positif et rassurant. Or la mĂ©decine et le monde associatif, les mĂ©dias et les gouvernements continuent Ă  entretenir sur cette maladie un discours catastrophiste fondĂ© sur l’Ă©quation VIH=SIDA= MORT PROGRAMMEE.

Or nous savons aujourd’hui qui cette Ă©quation n’est plus tenable. Un traitement suivi rend le VIH indĂ©tectable dans le sang et les spermes. Les statistiques de l’Onusida sur ce sujet sont tout simplement impressionnants. On apprend en lisant le rapport de l’organisme international sur l’objectif « 90-90-90 » qu’Ă  l’Ă©chelle d’un pays comme le Rwanda 83% des personnes recevant un traitement antirĂ©troviral ont vu leur charge virale supprimĂ©e après 18 mois de traitement en 2008-2009.

Le rapport cite par ailleurs l’Ă©tude Partner qui rĂ©vèle que parmi 767 couples sĂ©ro-discordants et après un nombre estimĂ© de 40 000 cas de rapports sexuels, aucun cas de transmission du VIH n’est survenu lorsque le partenaire sĂ©ropositif avait une charge virale indĂ©tectable. Un expert en laboratoire assez bien informĂ© sur tout ce qui touche le Sida nous a expliquĂ© qu’un malade qui suit correctement son traitement aura entre 6 mois et 1 et demi pour que le VIH ne soit plus dĂ©tectable dans son sang. Ce qui signifie qu’il pourra dĂ©sormais avoir des rapports sexuels non protĂ©gĂ©s et faire des enfants.

Toutefois explique le scientifique Camerounais, il faudra qu’il continue Ă  prendre ses mĂ©dicaments car le Sida peut cesser d’ĂŞtre dĂ©tectable dans le sang et se cacher dans le cerveau par exemple.

Pourquoi ne pas admettre au regard de tous ces Ă©lĂ©ments d’information qu’un malade peut se dĂ©barrasser du VIH et dans le cas extrĂŞme qu’il peut guĂ©rir du Sida qu’on doit distinguer de la sĂ©ropositivitĂ© ? Si la population intĂ©grait l’idĂ©e que le sida est guĂ©rissable beaucoup de gens seraient mieux disposĂ©s Ă  se soumettre Ă  un test et Ă  suivre un traitement. Au lieu d’emprunter ce chemin qui paraĂ®t plus lucide et plus rĂ©aliste on a investi sur le catastrophisme et la peur avec l’idĂ©e qu’il fallait effrayer la population pour susciter une prise de conscience.

Une autre question a Ă©tĂ© soulevĂ©e par la note d’information du MinsantĂ© : Un test complet de VIH ne se fait pas dans toutes les unitĂ©s de santĂ©. Les tests rapides souvent faits en pleine rue par des associations n’ont aucune validitĂ© scientifique. Un test complet ne peut se faire que dans un centre agrĂ©Ă© conformĂ©ment Ă  un protocole bien dĂ©fini : Les personnes voulant connaĂ®tre leur statut sĂ©rologique subissent d’abord un test dit « d’Ă©valuation » dont le plus courant est de type Elisa. Simple et d’un coĂ»t abordable, il est rĂ©putĂ© possĂ©der une excellente sensibilitĂ©, c’est-Ă -dire capable de dĂ©tecter avec prĂ©cision la prĂ©sence d’anticorps chez des personnes infectĂ©es.


Si ce premier test est positif, un deuxième test du mĂŞme type est pratiquĂ©. S’il s’avère positif Ă  son tour, on effectuera dans un troisième temps un test dit de « confirmation » gĂ©nĂ©ralement de type Western Blot possĂ©dant une forte spĂ©cificitĂ© c’est-Ă -dire capable de dĂ©tecter avec prĂ©cision l’absence d’anticorps chez les personnes non-infectĂ©es.

Combien de temps tout cela dure ? Dans les pays dĂ©veloppĂ©s pour un test classique le dĂ©lai d’obtention d’un rĂ©sultat peut ĂŞtre d’une semaine. Le dĂ©lai pour obtenir un rĂ©sultat nĂ©gatif fiable après l’exposition Ă  un risque est de 6 semaines.

Tout ce qui a Ă©tĂ© dit dans les lignes qui prĂ©cèdent restitue tout simplement l’articulation du processus de dĂ©pistage.

Les outils utilisĂ©s pour rĂ©aliser les tests suscitent encore la controverse sur leur fiabilitĂ© Ă  l’intĂ©rieur mĂŞme de la communautĂ© scientifique. La mĂ©decine officielle et orthodoxe essaye souvent d’Ă©touffer ce genre de controverses par conservatisme acadĂ©mique et dogmatisme idĂ©ologique.

Etienne de Harven docteur en mĂ©decine et professeur Ă©mĂ©rite d’anatomopathologie Ă  l’universitĂ© de Toronto au Canada restitue si bien le doute qui entoure ces tests. Il Ă©crivait en substance dans un livre tonitruant intitulĂ© les dix plus gros mensonges sur le Sida : « Il n’y a aucune preuve que les protĂ©ines antigènes sĂ©lectionnĂ©s proviennent d’un virus appelĂ© VIH. De plus le phĂ©nomène des rĂ©actions croisĂ©s ne permet pas d’affirmer que les anticorps qui rĂ©agissent sont spĂ©cifiques des antigènes prĂ©sents dans le test-Enfin les Ă©tudes rĂ©alisĂ©es par les firmes fabricantes pour valider leurs tests ne sont pas scientifiquement acceptables-En effet pour prĂ©tendre annoncer la sensibilitĂ© d’un test VIH, on doit l’Ă©valuer sur une population la plus importante possible d’individus dont on sait preuves Ă  l’appui qu’ils sont porteurs du virus. Or Le VIH Ă©tant indĂ©tectables mĂŞme chez les grands malades, ces preuves n’ont jamais pu ĂŞtre apportĂ©es »

Nous autres commentateurs nous ne pouvons que suivre avec un étonnement amusé cette querelle de chapelles entre scientifiques.

Il est important d’insister une fois de plus sur la nĂ©cessitĂ© du consentement personnel dans les tests de VIH. BousculĂ© par la polĂ©mique le ministre AndrĂ© Mama Fouda a tentĂ© un rĂ©tropĂ©dalage en expliquant que le test du VIH n’est pas obligatoire mais une recommandation. Ce jeu de mots ne sert qu’Ă  camoufler une ruse institutionnelle. Ce qui se passera souvent c’est que beaucoup de malades seront amenĂ©s Ă  cĂ©der sous la pression et l’intimidation d’un jeu de pouvoir.

La rĂ©solution de se soumettre Ă  un test de VIH doit ĂŞtre une dĂ©marche libre-Libre car dĂ©coulant non d’une pression exercĂ©e par l’autoritĂ© mĂ©dicale mais de la bonne information du citoyen. Une information qui rassure le malade Ă  l’idĂ©e qu’il pourra retrouver une santĂ© convenable. Ce qui est vrai au regard des connaissances disponibles Ă  ce sujet. Car il est important qu’un individu soit prĂ©parĂ© psychologiquement Ă  recevoir l’annonce de sa sĂ©ropositivitĂ©. En l’absence d’une telle prĂ©paration les perturbations psychologiques provoquĂ©es par l’annonce d’une sĂ©ropositivitĂ© et les rĂ©actions Ă©motionnelles qui en dĂ©coulent induisent les rĂ©actions physiologiques dommageables pour la santĂ©, en affaiblissant les rĂ©actions de dĂ©fense naturelles de l’organisme.

Oui l’homme de la rue a raison de penser que cette maladie commence le jour oĂą ou on est informĂ© et en vient souvent Ă  penser qu’il est peut-ĂŞtre prĂ©fĂ©rable de ne pas le savoir. Le sentiment de l’homme de la rue correspond Ă  une explication scientifique. Le professeur Ă©mĂ©rite d’anatomopathologie Etienne de Harven explique le lien entre le stress intense et le dĂ©clenchement de la maladie : « Dans la majoritĂ© des cas le stress psychologique dĂ©bute avant le test de dĂ©pistage. En effet si l’on fait une dĂ©marche d’aller se faire tester c’est que l’on pense avoir eu une conduite Ă  risque-Une fois connue sa sĂ©ropositivitĂ© l’individu entretien souvent son stress soit en s’isolant volontairement, soit par le rejet de l’entourage. De nombreuses Ă©tudes menĂ©es depuis des annĂ©es ont dĂ©montrĂ©es qu’un stress psychologique sĂ©vère induisait des symptĂ´mes semblables Ă  ceux rencontrĂ©s dans le sida notamment la baisse du nombre de cellules T4 ».

Que faire donc ? Est-ce qu’il prĂ©fĂ©rable de ne pas le savoir ? Non nous pensons qu’il est prĂ©fĂ©rable de le savoir. C’est pour cette raison que l’Etat et le corps mĂ©dical doivent renoncer au catastrophisme en expliquant Ă  la population que c’est une maladie comme une autre, qu’elle peut disparaĂ®tre suite un traitement suivi. Or on continue Ă  expliquer aux gens que cette maladie ne se soigne pas. C’est une mauvaise piste, elle mène Ă  l’impasse et compromet les efforts de l’Onusida pour faire reculer la pandĂ©mie.

Nous allons conclure par un dĂ©tail qui fait couler encre et salive. Certains observateurs pensent que toute cette histoire crĂ©e par Mama Fouda n’est qu’une affaire d’argent. Le Budget de l’Onusida dans le cadre du projet<<90-90-90>> est Ă©tourdissant. Il est donc question de crĂ©er quelque chose et solliciter l’aide internationale.

Sur le même sujet lire:Dépistage obligatoire du VIH: la société civile contre la décision du Minsanté


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