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Thérapie pour une alternance au Cameroun

Dr-Fridolin Nké

Le combat pour l’alternance est noble. Mais l’élection sans développement, sans liberté d’initiation des élus et des gouvernants, ne vaut que le contenu d’une tasse de bouillie de maïs ou, mieux, qu’un plat de beignets-haricots.

La priorité, à mon humble avis, est économique. Et la plupart de ceux qui braillent fort à propos des élections veulent juste (ré) aménager la maison, en modifiant juste l’emplacement des vieux meubles, sans véritablement rénover l’immeuble. Je ne parle pas des citoyens ordinaires en général, puisque la plupart d’entre eux analysent avec sincérité les obstacles à la démocratie et veulent une alternative crédible, en tant qu’ils sont engagés politiquement dans la lutte pour les libertés ; je dénonce plutôt l’hypocrisie et l’opportunisme rétrograde de certains politiciens professionnels adeptes du « Pousse-toi de là, que je m’y mette »…

C’est l’industrialisation qui est à la base de tout. L’alternance n’aura pas lieu s’il n’y a pas un élément perturbateur contre le régime criminel en place. Quelle que soit la durée du mandat présidentiel dont le peuple peut fantasmer – certains demandent d’ailleurs qu’on retourne à cinq ans, – personne ne va nous l’accorder actuellement. Ceux qui sont au pouvoir sont bornés. Je dis bien bornés, c’est-à-dire, ils ont les oreilles dures, l’esprit inondé de compromissions, au point qu’ils sont imperméables aux décrets du bon sens.

Toutes les énergies doivent donc converger vers une perturbation bruyante des mécanismes mobilisés pour la perpétuation de l’asservissement du peuple sous le prétexte du maintien des acquis (imaginaires) du Renouveau, notamment, le fameux ordre public et la paix qui couve la déliquescence des mœurs publiques et l’implosion sociale. Il faut détruire les assises de ce pouvoir criminogène parce que ceux qui gouvernent ne comprennent que le langage de la corruption, de la brimade et du crime.

Des choses précises et fondamentales sont demandées par les citoyens : le travail, l’électricité, l’eau, etc. Mais, les gouvernants s’attardent sur les jeux et les amusements de Grand-père. Ils procèdent, parfois à reculons, à de petits aménagements, au moyen de dérisoires efforts tardifs qui bercent la paresse de ceux qui refusent, ou ceux qui sont incapables, de faire ce qui doit être fait, à savoir, améliorer les conditions de vie des populations et, plus généralement, réformer l’État.

Le négationnisme et le révisionnisme de pure méchanceté des dirigeants de ce pays ne font qu’empirer la situation. Or, tout ce qu’il y a à faire doit être encadré par des consciences élevées et non par des petits esprits combinards. Il est donc plus qu’impératif de laisser de côté la rhétorique des rassasiés et des alignés, si nous voulons que nos enfants aient l’avenir qu’ils méritent et que le pays avance à pas de géants.

C’est pourquoi nos critiques sont souvent si cinglantes qu’elles frisent l’affront insurrectionnel. L’enjeu de cette écriture, c’est de faire honte à ces usurpateurs insatiables. Par rapport aux implications politiques de nos interventions et à la tonalité renversante de cette posture critique, je soutiens ceci : je ne considère pas spécialement « humains » ceux qui traitent inhumainement leurs concitoyens : ce sont des ordures !

Moi, dans ces conditions, je me fais la mouche qui butine les immondices puantes, à savoir, dans ce cas, leur sauvagerie. Fort de ma fabrique philosophico-littéraire de microbes et d’asticots, je les décompose pour garantir une meilleure hygiène des écosystèmes sociaux, économiques, politiques, etc. À mes yeux, ils n’ont pas le droit de bénéficier d’un traitement de faveur, et ni leur âge ni leurs statuts usurpés ne peuvent leur donner une once de crédit à mes yeux larmoyants et enflammés de dépit. En fait, mon cœur tarit à la vue de ces imposteurs, de ces haineux et de ces gouvernants malfaisants.

 Devant de tels brigands, il n’y a point d’empathie, point courtoisie, point d’égards galants, parce que, précisément, leur avènement dans la cité fait le lit de l’immoralité, de la sécheresse de cœur, du dégoût, de la déshumanisation. Je ne ressens point d’amour, encore moins de respect, envers les membres de cette engeance maudite. Je hais ces malfrats. Un ennemi, surtout les « pires ennemis », ça ne se ménage pas : ça se fait « neutraliser » par ….. la pensée.

Ce faisant, on redonne du courage au peuple ; on charge les batteries spirituelles pour la révolution mentale et intellectuelle qui est toujours le prélude de l’émancipation politique, de la libération effective du peuple et du développement économique.

Dans ces conditions, pourquoi voudrait-on absolument éviter l’insurrection populaire ? Est-ce au citoyen de la prévenir ou revient-il au gouvernement de s’en préoccuper, de s’en prémunir, par des bonnes pratiques managériales ? D’autres m’objectent que l’insurrection entretient le risque de faire basculer les citoyens dans une violence crue, avec son lot de massacres et de destructions. Mais, est-ce qu’insurrection populaire rime toujours, nécessairement, avec massacres des populations civiles ? N’est-ce pas le contraire de ce que l’on insinue par ces épouvantails ? L’on a assisté, en Afrique et dans le monde, des dictatures féroces s’effondrer devant un peuple descendu dans la rue, les mains nues.

Je précise, d’un autre côté, que n’aime pas les régimes militaires, mais dans notre cas, pourquoi la prise de pouvoir par les armes, de surcroît, par une « armée républicaine », serait-il « inadapté », dans l’absolu ? Je veux dire par-là que, vu la saignée dans la fortune publique, vu les massacres perpétrés dans nos régions occidentales, il me semble que tout ce qui peut contribuer, de manière républicaine, à faire arrêter l’hémorragie et les crimes abominables en cours, serait le bienvenu.

Dans tous les cas, l’histoire ne se préoccupe pas de ce que d’aucuns jugeraient « inadmissible et adapté » ou anti-démocratique, parce que ceux qui défendant souvent l’indéfendable, sous le prétexte de la préservation de la démocratie, entretiennent à dessein l’obscurantisme, la corruption, l’aliénation pour dissimuler les crimes économiques qu’ils commettent ou laissent commettre pour servir les intérêts de la mafia au pouvoir et ceux des multinationales qui pillent les ressources de l’Afrique. Le cours des évènements dans une nation en construction, comme la nôtre, est essentiellement irréductible et imprévisible.

L’histoire de chaque peuple est toujours une provision d’échecs, d’accomplissements et de bégaiements qui s’entrechoquent et dessinent, par ces télescopages inédits, de quoi construire les repères de toute action citoyenne salvatrice. Ce sont ces dynamiques de démantèlement et de (re)structuration du vécu qui donne sens au présent piétiné et qui façonnent la trame de l’avenir commun.

Dans l’immédiat, les « voies démocratiques » sont obstruées, malheureusement. Il faut envisager d’autres modalités de libération populaire. ON NE PEUT RIEN ATTENDRE, ON N’AURA RIEN DE POSITIF AVEC LE RÉGIME EN PLACE. Les niais qui prônent le pacifisme béat sont des étourdis perdus dans une autre époque, des déracinés qui se trompent de contexte social, économique, politique et culturel.

Il n’y a pas de vote démocratique au Cameroun. Les élections, je l’ai compris d’expérience, sont un cirque malsain qui maintient vivant la flamme de l’abrutissement collectif sous les oripeaux de l’enfumage démocratique.

Seule une révolution (populaire) peut nous tirer d’affaire maintenant. À preuve, ils ont criminalisé la révolution dans le Code pénal. Ils ont compris le vrai risque….

À nous de jouer !

 


A SAVOIR

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