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Thierry Ntamack: “Le cinéma camerounais va mal”

Thierry Ntamack, lors du tournage du film "La Patrie d'abord". ©Droits réservés

Nominé dans six catégories aux récents Trophées Francophones du Cinéma 2017, le cinéaste camerounais dresse un état des lieux du cinéma camerounais.

Vous avez été nominé dans six catégories aux Trophées Francophones du Cinéma tenus à Yaoundé. Quelles sont vos impressions?

Ça fait plaisir, c’est une belle reconnaissance pour tout le travail que mon équipe et moi abattons depuis huit ans. C’est un événement international et y être nominé est pour moi un honneur. Je dédie cette nomination à la paix  entre anglophones et francophones de mon pays, au moment où il traverse un moment difficile. Je voudrais être un cinéaste engagé dans la mesure où je me sens utile pour le développement de la société.

Quel regard portez-vous sur les films qui étaient en compétition?

C’est de très beaux films qui traduisent bien la diversité et la richesse de l’espace francophone. Je ne suis particulièrement pas très porté sur les prix.

Comment se porte le cinéma camerounais selon vous?

Le marché se porte mal. Très mal. Regardez la qualité des films. Moche!  Les salles de cinéma sont pratiquement fermées. La piraterie est ambiante, les droits d’auteurs ne fonctionnent quasiment pas. Il n’y a pas d’éléments de rentabilité. Ça va vraiment mal !

C’est pour cela qu’il faut une vraie politique culturelle, une rĂ©elle volontĂ© politique de jeter un autre regard pour qu’on puisse dĂ©sormais voir le cinĂ©ma comme une industrie. Si on ne le vise pas comme industrie, on sera rĂ©duit Ă  des mendiants ou des clochards qui passent le temps Ă  demander de l’aide. Et, actuellement, je ne pense que nous avons besoin d’aide. Nous avons juste besoin qu’on nous fasse confiance. Que l’on voit en nous des personnes qui peuvent rentabiliser le cinĂ©ma, qui vont crĂ©er une industrie, qui vont lutter contre le chĂ´mage. Et dans cet ordre d’idĂ©es nous avons besoin qu’on investisse sur nous, qu’on investisse dans ce secteur. C’est tout ce qui fait la diffĂ©rence entre le Nigeria et le Cameroun. Le regard que ce pays pose sur la culture n’est pas le mĂŞme que nous avons sur la culture au Cameroun. Chez nous, la culture est relayĂ©e au second plan. On y pense quand on a fini avec tous nos problèmes. Nous ne bĂ©nĂ©ficions que d’une aide minime de l’Etat. Tant que l’on verra les choses sous cet angle, il n’y aura jamais de vĂ©ritable Ă©volution.

Que pensez-vous que l’Etat puisse faire pour améliorer la situation?


Si on voit le cinĂ©ma comme un Ă©lĂ©ment de rentabilitĂ© rĂ©el, qui peut lutter contre le chĂ´mage, crĂ©er des valeurs, des emplois, alors les choses changent forcĂ©ment. On peut, par exemple, adopter une loi dont j’ai toujours rĂŞvĂ©, une loi sur l’exonĂ©ration d’impĂ´ts, cela encouragerait tous ceux qui veulent investir dans le cinĂ©ma, car il n’y a personne qui peut investir dans une affaire pour laquelle il n’est pas sĂ»r de rentrer dans ses frais.

Le cinéma ne marche pas, pourtant Thierry Ntamack continue de réaliser des films. Comment fait-il?

On ne dira pas que le cinéma marche parce que Thierry Ntamack fait des films! Non! C’est une vision trop simpliste. Ce serait être purement égocentrique. C’est une vision collective. C’est pour dire que si je m’essouffle demain, ne soyez donc pas étonnez. Je m’endette pour faire des films auprès des micro-finances, auprès des privés. Et cela ne suffit pas. Au bout d’un moment mes comédiens ne sont pas payés. Je ne peux donc pas dire que ça marche.

A travers mes films, j’ai voulu démontrer qu’il n’y a rien que l’on fasse au Nigéria et que l’on ne peut faire ici. Décomplexons-nous, il y a du talent. Nous avons eu des aînés qui ont prouvé que nous avons du talent. Et avec ce talent, nous pouvons faire des choses extraordinaires, si nous laissons le tribalisme et toutes les tares  qui minent notre pays.

Quels conseils donnez-vous aux jeunes qui se lancent dans le cinéma?

Le conseil que je peux leur donner, c’est de se former. ArrĂŞtez de critiquer l’Etat et les aĂ®nĂ©s. Quand on commence, l’humilitĂ© veut que l’on se forme d’abord.  Qu’ils se cultivent et qu’ils arrĂŞtent de penser qu’on vient dans ce mĂ©tier parce qu’on a Ă©chouĂ© dans la vie, on y vient pour se rĂ©fugier et se crĂ©er une identitĂ©. Il faut beaucoup se cultiver quand on est cinĂ©aste, pour ne pas proposer des sujets vides au public. Nous, les artistes, avons notre responsabilitĂ©. Nous n’aidons pas les autres Ă  nous respecter avec la qualitĂ© des Ĺ“uvres que nous leurs proposons.

 

 

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